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La chasse aux sorcières


Texte dédié "aux chairs à bûcher"

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Par Georges Timmermans  -  26 novembre 2003




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En 1550, Ronsard, le Prince des poètes, se déchaîne contre une "vieille sorcière" du Vendômois, et regrette que le bourreau se soit contenté de la fouetter.


Du Bellay, accuse de même une autre vieille femme :

Quand la "chasse aux sorcières" a-t-elle commencé ?

De tout temps, ceux qui avaient recours à la magie pour obtenir des biens appartenant à autrui étaient, bien évidemment, condamnés (sans parler des enchantements d'amour ou de mort…), mais, dans les sociétés antiques, ce détournement était assimilé à un délit "ordinaire" (seule la méthode était "extraordinaire").

Par contre, avec l'apparition du christianisme, la magie prend une autre dimension, elle remet en question l'ordre du monde et Dieu lui-même. Selon la Bible, le Coran ou la Torah, il n'y a que deux types de miracles : ceux inspirés par Dieu et ceux inspirés par le Diable. Tous ceux qui ont des dons de voyance, de guérison, etc., sans être des saints, sont donc accusés d'avoir signé un pacte avec le Diable, même si beaucoup d'entre eux essayent désespérément de concilier la pratique de ces dons avec leur foi monothéiste (voir tous les guérisseurs utilisant encore aujourd'hui des formules de prières à la Vierge ou à des saints).

Sur le plan des idées religieuses, il faut cependant considérer deux périodes dans la persécution de la sorcellerie par le christianisme :
Jusqu'au XV° siècle, l'Eglise considérait ces pratiques comme des illusions, les sorcières pouvaient donc être jugées par une juridiction civile (ce qui n'était pas une garantie d'un traitement plus humain…) Mais, comme l'autorité de l'Eglise et du pape remise en question (résistance des juifs à la conversion, confrontation à l'Islam, hérésies cathares, vaudoises, protestants, etc.), il lui faut réaffirmer son pouvoir et redéfinir périodiquement ce qui, en matière de religion, est licite et illicite d'où la nécessité de procès en religion.
La mise en place du système inquisitorial prendra plusieurs siècles et se fera dans chaque pays, en plusieurs étapes.

Vu que sur le plan historique, il fallait choisir une date, la "chasse aux sorcières" a officiellement débuté en France dans le courant du XV° siècle pour se terminer en 1682, grâce à un édit de Colbert. Mais, des bûchers sont encore allumés jusqu'au XVIII° siècle en Pologne et en Autriche, et en 1782 pour la Suisse.
Ces procès n'ont réellement cessé qu'avec le siècle des Lumières.


Qui était accusé ?

Le monde paysan a toujours cherché des boucs émissaires pour expliquer catastrophes, épidémies et mauvaises récoltes. Au Moyen Age, l'Eglise va utiliser des affaires de sorcellerie de campagne en leur donnant une dimension métaphysique démesurée.

Alors que les dénonciations ne parlent que de blé grêlé, de lait tourné, d'enfants ou de vaches malades, les Inquisiteurs recherchent (et trouvent au moyen de la torture…) des hérésies compliquées, des pactes démoniaques cabalistiques inconnus du peuple, des analphabètes reconnaissent - en patois - invoquer des démons aux noms grecs ou hébreux…


Combien de ces prétendus "païens" avaient réellement, ou pas, pratiqué la sorcellerie ?

Jeanne d'Arc et Gilles de Rais, furent brûlés sous l'accusation de sorcellerie. Pourtant, l'un et l'autre se considéraient comme chrétiens et demandèrent la communion et les secours d'un prêtre avant de mourir. Des procès retentissants créent une véritable psychose dans la population. Les Templiers cracheraient sur la croix et adoreraient un Baphomet, l'évêque de Troyes aurait tué la reine de France, Enguerrand de Marigny, grand argentier de Philippe le Bel, est pendu à Montfaucon sous l'accusation d'avoir voulu faire mourir le roi avec l'aide d'un magicien…Toutes ces "affaires d'état" très médiatisées donnent l'impression au peuple que le diable serait le grand maître d'une secte omniprésente, celle des sorciers, devins et magiciens. Et, dans cette vision simpliste et simplificatrice, tous les malheurs du monde trouvent alors une explication, et le rôle des Inquisiteurs est de sauver la population et le monde…

Or, en quelques générations, des guerres (la guerre de Trente Ans, de 1618 à 1648, a fait près de 20 millions de mort), ou des épidémies (la peste noire a tué un tiers de la population européenne) ont décimé les populations. On imagine les effets ravageurs chez les survivants à l'idée que ces catastrophes étaient causées par des malédictions humaines…

Parallèlement, la contestation religieuse des dogmes catholiques et du mode de vie des princes de l'Eglise, les troubles sociaux (les Jacqueries paysannes), firent que le pouvoir temporel et spirituel s'unirent : "le pouvoir civil a plus qu'épaulé l'Eglise dans la lutte contre la secte satanique. L'obsession démoniaque, sous toutes ses formes, permit à l'absolutisme de se renforcer."

Plutôt que de s'en prendre aux vrais problèmes, la sorcellerie devint le bouc émissaire commode permettant d'obtenir un renforcement du "droit divin".

Ainsi, des hommes d'église tout à fait monothéistes dans leurs démarches philosophiques seront qualifiés d'hérétiques et de païens ( !) parce qu'ils chercheront simplement à soumettre les "révélations" de la Bible (toutes n'étaient pas encore devenues des dogmes) au crible de la raison.

Le théologien Abélard, condamné comme hérétique par Bernard de Clairvaux, finira sa vie dans le silence de l'abbaye de Cluny ; Giordano Bruno, faute d'une telle protection, finira lui, sur le bûcher. A Evreux, un autre théologien, Guillaume Adeline, est accusé de sorcellerie. Condamné à la prison perpétuelle, il y mourra quatre ans plus tard.

Parallèlement, poussé par une sorte de logique paranoïaque, l'Eglise va "inventer" une hiérarchie démoniaque extrêmement complexe qui est l'exacte opposition des hiérarchies angéliques, de même que le Diable n'est que l'image inversée et contrefaite de leur Dieu unique.
Alors qu'à ses débuts, l'Inquisition considérait comme hérétique celui qui croyait en l'existence du Diable et des sorcières, au XV° siècle, à l'inverse, celui qui n'y croyait pas, est taxé d'hérétique. Niant l'existence du Diable, il nie la réalité de Dieu lui-même.


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