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La chasse aux sorcièresTexte dédié "aux chairs à bûcher"(Page 2 / 4) >> Début de La chasse aux sorcières Par Georges Timmermans - 26 novembre 2003 Les textes publiés dans Votre espace, en rouge foncé, ne représentent que l'opinion de leurs auteurs. Les ouvrages de démonologie et de sorcellerie judiciaire.Le "Marteau des sorcières"Le pape Innocent VIII ayant envoyé deux moines enquêteurs en Allemagne, leur démarche sur l'extension de la sorcellerie donnera, naissance en 1486, à un rapport intitulé "le Malleus Maleficarum (le Marteau des sorcières)."C'est le premier ouvrage de démonologie judiciaire. Les deux auteurs (Jacob Spenger et Heinrich Kramer) donnent libre cours à leur misogynie et écrivent que "Sans les femmes le monde serait moins dangereux…Que faut-il alors penser, quand maintenant tant de femmes sont des sorcières". Ce livre "a contribué, plus qu'aucun autre avant lui, à identifier la magie populaire comme une forme d'hérésie, joignant ainsi un crime civil à un crime religieux et incitant les tribunaux laïcs à la répression. D'autre part, jamais auparavant on n'avait dit aussi nettement que la secte diabolique est essentiellement constituée de femmes" (La Grande répression de la sorcellerie, la peur en Occident XIV/XVIII siècle de Jean Delumeau). La femme victime arbitraire Yaweh Dieu…A la femme, il dit : "Je multiplierai tes souffrances ; tu enfanteras des fils dans la douleur ; ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi". La femme est responsable du péché originel, et donc, coupable des maux du monde. A l'époque, les femmes sont surveillées par le mari ou par le prêtre, car leurs mœurs et leur moralité sont naturellement mises en doute. Leur sexualité faisait peur, car on ne les comprenait pas. Ce sont les femmes, livrées à elles-mêmes, qui ont développé la médecine par les plantes, car les médecins ne se préoccupaient pas de soigner les femmes. Ces pratiques contribueront à en faire quelqu'un dont il fallait absolument se méfier et firent rapidement l'objet d'enquêtes lors de passages d'inquisiteurs dans les villes et les villages. Pendant longtemps la défense des "sorcières" était d'affirmer qu'elles étaient folles et irresponsables, leurs bonnes connaissances des plantes, étaient la preuve certaine qu'elles n'étaient pas si simples d'esprit… Mais, même si la majorité des victimes sont des femmes, les hommes n'échappent pas à la répression. Pour ne citer que quelques chiffres, on accusa de sorcellerie, entre 1606 et 1650, 31 % d'hommes pour 69% de femmes au Luxembourg, 13% d'hommes pour 87% de femmes en Wallonie. Dans une autre étude, sur 155 cas, 105 sont des femmes ; parmi elles, 32 ont plus de 50 ans, 7 ont moins de 20 ans (dont une enfant de 8 ans et 2 adolescentes de 13 ou 14 ans ). Ce livre connut un grand succès et devint une référence presque obligatoire pour tous les procès en sorcellerie, car il décrivait minutieusement ce qu'était une sorcière, ce qui la caractérisait et comment la contraindre à avouer ses crimes. En exerçant leur horrible ministère, les inquisiteurs et chasseurs de sorcières, se croyaient non seulement investis d'une mission divine mais appliquaient à la lettre les élucubrations écrites dans le Malléus Maleficarum. Le jésuite allemand Friedrich Spee, fut un des rares "justes" à avoir le courage de dénoncer l'imposture fondamentale des procès de sorcellerie. En 1631, son traité "La Cautio Criminalis"… (De la prudence en matière criminelle ou Des procès contre les sorcières) connut un très grand retentissement. Pour avoir accompagné et confessé près de 200 victimes jusqu'au bûcher, il savait bien que toutes étaient innocentes de ce dont on les accusait et il l'écrivit noir sur blanc : "De toutes les malheureuses, que j'ai assistées jusqu'au feu, aucune, je l'affirme sous serment, n'était coupable du crime qu'on lui imputait". L'opposition aux procès de sorcellerie Même au plus fort de la répression, des voix se sont fait entendre, particulièrement chez les médecins, tel Johannes Wier (1515-1588). Né dans le Brabant du Nord, il étudia la médecine en France et devint le médecin personnel du duc de Clèves. Il démontra que ces prétendus sorciers n'étaient que de simples malades qu'il fallait soigner par des médicaments. Les chasseurs de sorcières niaient la véracité des déclarations et l'accusaient de s'être laissé séduire par le diable. L' ouvrage "Le Fléau des Démons et sorciers" - Dernière édition (1616) - de Jean Bodin Angevin (1530-1596) est exemplaire du genre. Le 20 décembre 1579, il présente le livre, à Monseigneur M. Christofle de Thou, chevalier, seigneur de Coeli, premier Président en Parlement, et Conseiller du Roy en son privé Conseil. Dans l'épître, Bodin précise que ce présent est tel une attestation de ce qu'il a appris en "cette eschole souveraine de Justice de laquelle vous êtes le chef, où j'ai employé la meilleure partie de (moi-même) et en laquelle, on oit (ouit), on cognoit (connaît) la vraie expérience et usage des loix, ordonnances et de toutes les actions de Docteurs qui furent, par leurs plaidoiries, les premiers orateurs de l'Europe". Il manie la brosse à reluire pendant trois pages et termine par la formule de politesse traditionnelle : "Votre très humble et affectionné serviteur J.Bodin." Bodin débute le premier chapitre par le compte rendu du jugement "qui a été conclu contre une Sorcière, auquel je fus appelé le dernier jour d'Avril 1578". L'accusée s'appelle Jeanne Hatuillier, native de Verbery près de Compiègne. L'accusation lui impute le meurtre de plusieurs hommes et d'avoir fait mourir des bêtes "comme elle confessa sans question, n'y torture : combien que de prime face elle eut denté (démentie) opiniâtrement, et varié plusieurs fois (ces aveux)". Elle confessa que sa mère, l'avait présentée, dès l'âge de douze ans, au diable, un grand homme vêtu d'un drap noir lui disant qu'elle lui était destinée dès sa naissance. L'homme lui promit de bien la traiter, de la rendre heureuse, mais qu'elle renonce à Dieu et qu'elle serait au diable. "Et qu'au même instant elle eut copulation charnellement avec le diable, (ceci) continuant depuis l'âge de douze ans, jusque cinquante, ou elle fut prise". L'accusée précisa que le diable se présentait quand elle le voulait, toujours en habit noire, portant éperons, botté, ayant une épée au côté. Son cheval était à la porte, mais personne ne le voyait. "Et si avait quelquesfois copulations avecques elle, sans que son mary couché auprès d'elle l'aperçut." Elle relate ensuite qu'elle fut dénoncée comme "grande sorcière" et qu'il fut très difficile d'empêcher les paysans de la ravir des mains de la justice pour la brûler sur-le-champ. Elle fut transférée à Verbery, lieu de sa naissance, pour s'enquérir de sa vie, là et dans d'autres villages où elle avait demeuré. On rapporta aux inquisiteurs que trente ans auparavant, elle avait eu le fouet pour le même crime et que sa mère fût brûlée vive par arrêt de la Cour du Parlement, confirmant la sentence du Juge de Senlis. De même, il fut trouvé qu'elle était coutumière du fait de changer de nom et de lieu de résidence. Mais, partout, elle fut identifiée comme sorcière. Reconnue, elle demanda le pardon en se repentant. Elle nia beaucoup "de meschancetez qu'elle avait commises" mais rétracta ce qu'elle avait avoué auparavant. "Mais elle persista en la confession qu'elle avait faicte du dernier homicide, ayant jeté quelques poudres que le diable luy avait préparées, qu'elle mit au lieu où celuy qui avait battu sa fille devait passer." Un autre homme passa en ce lieu et sentit aussitôt une vive douleur dans son corps. Les voisins avaient vu l'accusée entrer dans ce lieu et voyant l'homme frappé "d'une maladie si soudaine" crièrent qu'elle lui avait jeté un sort. Elle promit de guérir le malade, hélas pour elle, l'homme mourut deux jours après. Elle alla se cacher dans une grange où elle fut faite prisonnière. Tous ceux qui assistèrent au jugement étaient bien d'accord qu'elle avait mérité la mort. Parmi les assistants, un seul fut d'avis qu'elle méritait une peine charitable : la pendaison. La majorité fut d'avis qu'elle devait être brûlée vive : ce qui fut arrêté. Elle fut exécutée, "à la poursuite de Maître Claude Dofay, Procureur du Roy à Ribemont." Après sa condamnation, elle confessa que le diable lui fit présent d'un onguent ; après s'en être enduite, elle se déplaça à une grande distance et se retrouva dans une grande assemblée. Cette foule adorait un homme noir, d'environ trente ans, au nom de "Beelzebub". Suite à ce témoignage, elle accusa un berger et un couvreur de Genlis, d'être des sorciers. L'auteur affirme qu'il fait ce traité " Le fléau des sorciers" pour dénoncer la rage qu'ils ont de courir après les diables. Dans les pages suivantes, il dénonce avec force tous ceux qui, par écrit, s'efforcent de défendre les sorciers, tel le Médecin Pierre d'Apone qui prétend qu'il n'y a pas d'esprits infernaux. Satan a des hommes "attitrés" pour écrire, publier, dénoncer ce qu'on dit des sorciers. Il cite l'exemple d'un nommé M.Guillaume de Line, Docteur en Théologie, qui fut accusé et condamné comme sorcier le 12 décembre 1553, car il confessa qu'il fut transporté avec d'autres sorciers, la nuit, pour adorer le diable. Satan avait ordonné au Docteur de prêcher publiquement que tout ce qu'on disait des sorciers n'était que fables. Ce qui montre que "Satan a des loyaux sujets de tous états et de toutes qualitez" La parano du sieur Bodin est à son comble quand il cite le Cardinal Benon, qui écrit qu'il y a plusieurs papes, empereurs et autres princes, "lesquels se sont laissés piper aux sorciers" Ces grands personnages riaient et faisaient rire par leurs traits d'esprit quand on leur rapportait "des choses fabuleuses" et ainsi amollissaient le cœur des juges. M. Barthelemy Faye, président aux Enquêtes de la Cour, se plaint de la souffrance de quelques juges face à la condamnation des sorciers à être brûlés vifs. Il dénonce l'impunité dont jouissent les sorciers, ce qui permit un "merveilleux accroissement" en ce Royaume (la France), où ils arrivent de partout. Mais, Dieu veille ; irrité, il a envoyé de terribles persécutions, car il a menacé d'exterminer les peuples qui souffriront de vivre avec les sorciers. Pour conforter ses prises de position il cite S.Augustin, les Epicuriens, Plutarque, Origène, Arioste, Aristote et Pythagore. Il philosophe, parle en physicien, discourt sur la métaphysique et les mathématiques : bref, le sieur Bodin est un homme instruit. L'auteur a divisé son ouvrage en quatre livres :
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