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Regard sur la Bible

Une bien vieille trilogie


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Par Germinal  -  13 décembre 2003

Début de Regard sur la Bible



Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.



La recherche des noyaux historiques et du sens caché, occulte

Il n'en demeurait pas moins que la Bible existait, même si sa relation avec un quelconque démiurge était largement mise en doute par les esprits éclairés, et même si elle se trouvait reléguée au rang des impostures par ces mêmes esprits.

A la fin du XIX° siècle, un nouveau courant de pensée, issu des communautés juives d'Europe Centrale initia une nouvelle approche de la Bible, par la recherche des noyaux historiques autour et à partir desquels se seraient développées ces légendes.
Rappelons-nous que Schleiman finit par découvrir Troie, Mycènes..., à partir d'hypothèses identiques : la recherche de noyaux historiques à partir desquels Homère avait écrit l'Iliade et l'Odyssée près de trois mille ans auparavant.

Les travaux de ces chercheurs d'origine israélite ne nous sont connus que par les quelques extraits de leurs ouvrages repris par leurs contemporains mieux traités par la postérité. Toutes leurs œuvres ont en effet été détruites par les nazis et leurs auteurs ont péri au cours de l'holocauste. De plus, personne n'a intérêt, nous le verrons plus loin, à rééditer ces travaux.

La tragédie subie par les juifs d'Europe centrale a privé ce peuple de ses plus grands penseurs. Les survivants ont d'abord pensé à se doter d'une terre sur laquelle ils pourraient s'abriter des haines qui les avaient harcelés au cours des siècles avec tant de férocité et de volonté d'extermination.
La construction d'un foyer national juif en Palestine avait pris le pas sur toute autre considération d'ordre philosophique…
Un des facteurs d'unification de ces fils de la diaspora était, bien entendu, la religion; il ne fallait donc pas y toucher

Les émigrants non originaires d'Europe Centrale n'avaient pas été en contact avec des systèmes de pensée transcendant les religions dans la construction d'un paradigme humaniste. L'approche méta-religieuse de l'ouvrage biblique ne faisait pas partie de leur système d'investigation philosophique.
Les réflexes de cohésion sociale exacerbés par un environnement hostile ont relégué l'approche rationaliste et historico-critique de l'histoire des peuples de la bible aux oubliettes..
Le Nazisme avait donc tué deux fois : et les idées, et leurs auteurs..

Les recherches basées sur cette nouvelle approche furent donc brutalement interrompues et nous seraient demeurées totalement inconnues si l'un des plus illustres représentants de ce mouvement n'avait été le psychiatre psychologue et fondateur de la psychanalyse, Sigmund FREUD dont le dernier ouvrage" Moise et le monothéisme" écrit en exil à Londres, à la suite de l'invasion de l'Autriche au cours de l'Anschluss, reprend, en les développant, les principales thèses issues de leurs travaux.



Quelques résultats

Ed Meyer 1905 montre que Moïse, en hébreu Mosché, provient de l'Egyptien "mose". Ainsi ce que nous lisons Ramsès s'écrit en égyptien Râ mose : fils du soleil (Râ) ; mose signifiant "issu de, fils de" comme ben chez les juifs et chez les arabes ou vitch chez les slaves, ou son chez les anglais, sen chez les scandinaves, an chez les Arméniens.

Il trouve d'autres noms d'origine égyptienne, notamment dans l'"Exode" : Mérari, fils de Lévy s'écrit Mrry en égyptien et signifie "bien aimé", Pinhas, petit-fils d'Aaron est, en égyptien, P'nhshy, "le nègre" … et conclut que les hébreux n'étaient pas les seuls à participer à la fuite d'Egypte, mais que des égyptiens les accompagnaient (ou peut-être même était-ce l'inverse…).
En poursuivant son analyse, on retrouve dans le nom Abraham (ou Ibrahim) la racine égyptienne IBR qui se traduit par Hébreux (les égyptiens appelaient Habirou les peuplades sémitiques qui jouxtaient les frontières orientales de leur empire, peuplades qui razziaient régulièrement les postes avancés égyptiens).

Yahuda (1929)étudie l'influence égyptienne sur les plus anciens textes juifs et montre qu'on ne trouve des noms égyptiens que chez les Lévites et dans aucune des autres tribus d'Israël
Les lévites seraient donc les descendants d'égyptiens ayant participé à l'exode.

Sellin 1922 trouve chez le prophète Osée la trace du meurtre de Moise par les juifs eux-mêmes.

Gressmann, après Astruc qui, dès 1753 avait déjà mentionné deux influences dans la Bible, une jahviste, la plus ancienne, avec Dieu nommé "yahvé" et une élohiste, plus récente, avec Dieu nommé "elohim" affirme que "la pluralité des noms est l'indice manifeste qu'il y avait à l'origine pluralité des dieux.", que Yahvé et Elohim étaient deux dieux différents, adorés par deux peuples différents. Par la suite, ces deux peuples ont fusionné et les prêtres des deux camps ont effectué la synthèse des deux religions par la compilation des textes, afin de mettre tout le monde d'accord, le nom de Dieu étant décrété imprononçable… chacun pouvant ainsi rester fidèle à JWH ou ELOHIM, en l'appelant tout simplement ADONAÏ c'est-à-dire "Seigneur ", ce qui évitait toute équivoque, et tout conflit….

ADONAÏ ne signifie rien pour la plupart d'entre nous issus de la culture chrétienne. Ce mot n'existe pas dans les traductions françaises de la Bible, alors que le "credo" monothéiste de la religion israélite s'énonce en hébreu : "schmah Jisroël, Adonaï elohenou, Adonaï ekhad" qui peut être traduit par "écoute Israël, le seigneur notre Dieu, le seigneur est un".

Adonaï est donc traduit par "seigneur" dans la Bible, Mais à l'origine, ce titre s'adressait au Dieu Tammouz de l'antique Babylone, et dont le culte a précédé de plus de mille ans celui de Yahwé dans le croissant fertile (la Palestine).


"il y a lieu de croire que son culte prit naissance chez les sumériens, trois mille ans avant notre ère car, en Sumérien, Tammouz signifie "fils de l'eau profonde". Mais les Grecs, par un malentendu convertirent le titre en nom propre et Adonaï devint alors Adonis." (Sir James Frazer : Le Rameau d'Or, pp 212 et suiv.).

Frazer nous donne plus loin d'autres correspondances sémitiques qui nous aident à lire la Bible autrement : Adon : seigneur ; Baal : maître, Melech : roi, el : Dieu (El et Baal étaient les dieux de peuples sémitiques qui vivaient en Palestine (Canaan dans la Bible ), avant l'arrivée des Hébreux.).
Melchisedek est un des roitelets cananéen de la ville qui sera appelée Jérusalem par les Hébreux, et qui offrait le pain et le vin à son dieu au cours de ses prières. Les chrétiens se réfèrent encore à ce rite au cours de leurs messes.
Le nom de ce roi Mélek Zédek se traduit par "roi de l'équité".


Auerbach 1936 mentionne la découverte des restes d'une ancienne colonie militaire juive en Egypte, près de l'île d'Eléphantine, juste après la première cataracte du Nil. Cette colonie est demeurée plusieurs siècles en cet endroit. Dans son temple, on adorait un dieu Yahou et deux divinités féminines dont une s'appelait Anat Yahou.
Donc, en ces temps, cinq siècles avant notre ère, en Egypte, les juifs n'étaient pas monothéistes…


Pour Freud, le monothéisme n'a pas été le fait des hébreux, mais des Egyptiens, lors de la période dite de "la révolution amarnienne", à la fin de la XVIII° dynastie, soit entre 1375 et 1358 BC, sous le règne du pharaon Aménophis IV qui se fit appeler Akhenaton.

Ce pharaon proscrit l'ancienne religion de Ra et d'Osiris pour instaurer le plus pur monothéisme dans le culte du dieu unique et éternel : ATON, créateur de toute chose et qui se manifeste par l'éclat de la lumière solaire.

En guise de culte, chacun devait se comporter comme "vivant en Maat", c'est à dire en suivant la vérité et la justice. Maat étant la seule déesse - de la Vérité, de l'Ordre et de la Justice - de l'ancien panthéon égyptien qu'ait conservé la religion d'Aton. Mais Maat n'apparaissait non plus ici comme déesse, mais comme principe directeur philosophique régulant la vie et le destin des hommes.
Tout ce qui relevait des pratiques de sorcellerie et de divination fut proscrit, y compris la croyance en une vie éternelle après la mort.

A la mort de ce pharaon, le clergé rétablit les anciens dieux et effaça tout ce qui pouvait rappeler l'hérésie d'Akhenaton. On ne devait retrouver les ruines portant les inscriptions de cette réforme qu'en 1875, et ce n'est qu'à partir de 1880 que la première entreprise monothéiste nous fut connue.

Freud émet l'hypothèse que Moïse était un haut militaire, proche d'Akhenaton et acquis à ses idées monothéistes. Il dut s'enfuir lors de l'effondrement de la religion d'Aton en emmenant avec lui un groupe de Sémites qu'il avait soumis lors d'une de ses campagnes contre ces "habirous", parfois appelés "Israal." ou Hyskos dans les textes égyptiens. Voici pour Freud quelle fut la réalité de l'Exode.

Ce Moïse essaya de convertir ces hébreux à la religion d'Aton, mais ce peuple avait "la nuque raide" et ne manquait aucune occasion de se tourner vers d'autres dieux : Baal, veaux d'or, Astarté (Ishtar en Akkadien) Tammuz (Dumuzi) etc..

La bible mentionne plusieurs épisodes relatifs à de tels détournements et à de telles révoltes que Moïse réprima dans le sang. Mais il en fut une qui se déroula autrement : Moïse fut tué et les hébreux, sans chef, sans repère errèrent pendant quarante ans ; ils adoptèrent le culte des divinités cananéennes et des autres peuples qu'ils côtoyèrent dans le désert et avec lesquels ils fusionnèrent.

Seuls, les lévites, qui étaient des égyptiens et qui devaient constituer la garde rapprochée de Moïse, continuèrent de proclamer les principes de la religion Mosaïque, jusqu'à ce que les prophètes reprennent le message d'Akhenaton, en incitant le peuple à n'adorer qu'un seul Dieu, et à vivre en "vérité et justice".

Bien évidemment, la thèse de Freud fut violemment contestée par les rabbins et par les tenants de l'orthodoxie hébraïque, et cet ouvrage ne fut traduit en français que dans les années 60, et en tirage très limité. Ce fut le mouvement de 1968 qui le ressuscita. Je me souviens l'avoir étudié sous forme ronéotypée en 1969.
Par contre, l'église romaine, dès les années 1900 était toute fière de pouvoir affirmer que les juifs n'étaient pas les premiers monothéistes…, ce faisant, elle diffusa la connaissance d' Akhenaton et Néfertiti, sa bien-aimée, dans tout l'occident, mais poursuivit son anathème sur la psychanalyse et sur son fondateur lequel faisait preuve d'un athéisme quasi militant..

A ces travaux, nous devons joindre le témoignage de Flavius Josèphe, au 1° siècle de notre ère, qui, dans un traité contre un historien alexandrin Appion, se fait l'écho d'une tradition conservée par Manéthon, un prêtre égyptien qui vivait à Sebennitos au III ° siècle avant JC, et selon laquelle, Moïse était un prêtre égyptien, d'Héliopolis (On), appelé Osarsyph qui aurait changé de religion et pris le nom de Moïse et aurait, contre l'avis d'un pharaon que Manéthon nomme Aménophis, fait sortir d'Egypte des asiatiques lépreux.
Pour les égyptiens, tous les étrangers étaient impurs d'où "lépreux".
En effet, la description qu'Hérodote (Ve siècle av. JV) fait des comportements des égyptiens laisse perplexe :

"Ils sont de beaucoup les plus religieux des hommes et ils observent scrupuleusement toutes les prescriptions de leur religion. Ils s'opposent à l'introduction chez eux des coutumes grecques et de tous les autres peuples en général.

Ni un homme ni une femme d'Egypte ne consentiraient à embrasser un grec sur la bouche, pas plus qu'à user de couteaux ou de broches ou de chaudrons d'un grec ou de manger de la viande, même pure, coupée à l'aide du couteau d'un grec."

"Au décès d'un proche, ils se laissent pousser la barbe et les cheveux."

"Le porc, chez les Egyptiens passe pour une bête impure" : quiconque en frôle un au passage va aussitôt se plonger dans le fleuve tout habillé pour se purifier."

La circoncision qui, selon la bible constitue l'acte par lequel s'effectue l'alliance du peuple élu avec le dieu, était connue et pratiquée par les Egyptiens et par d'autres peuples d'Orient. Hérodote affirme que cette pratique est justifiée par des raisons d'hygiène."



Exégèse et herméneutique freudiennes


L'ouvrage de Freud est intéressant à plus d'un titre:

Tout d'abord, sur le plan historique, il donne un sens et une cohérence - autres que religieux - à un de nos plus anciens ouvrages.

Sur le plan de la méthode, celle ci reste scientifique et s'apparente aux efforts de déduction d'un paléontologue rassemblant les débris épars du squelette d'un animal dont l'espèce est disparue depuis des millénaires.
Mais Freud croise plusieurs approches, notamment historique, ethnologiques, psychologiques, géographiques, ce qui constitue la première approche pluridisciplinaire dans l'histoire des religions.


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