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Coupons le câble !

Il est plus que temps de réaliser le voeu de Voltaire : Écrasons l'infâme !

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par André Léo  -  1899

Début du texte d'André Léo : Coupons le câble !





   Conclusion

Le Catholicisme a toujours été le mauvais génie de la France. Il l'a désolée, ensanglantée, ruinée. Il l'a égarée et corrompue de sa fausse morale ; et elle en est au point de trouver en lui sa décadence complète, si elle ne rompt le lien fatal qui les unit. Depuis la Révolution, suscitée contre Lui, au moins autant que contre les rois, il a fomenté tous nos malheurs et triomphé sur toutes nos ruines. Jamais il ne s'arrête, ni se lasse, dans sa haine pour la liberté de conscience ! Quand la France exsangue râlait sous Louis XIV, il faisait révoquer l'Edit de Nantes. Sous Louis XV, l'affameur du peuple, l'odieux débauché, le clergé, respectueux des crimes royaux, faisait brûler vif le chevalier de la Barre, soupçonné d'irréligion, après lui avoir fait couper le poing et la langue ; tout cela sans preuves, pour une croix qu'on trouva brisée sur un pont. La vraie religion envoyait encore les protestants aux galères pour des actes de leur culte ; en 1762, on pendait les pasteurs, et l'on rouait le protestant Calas pour un crime supposé ! La loi infligeait la marque, les galères, ou la mort, contre les auteurs et colporteurs d'écrits hostiles à la religion.

En 89, il y eut quelques prêtres, assez rares, qui secondèrent la Révolution dans son élan sublime. Mais la majorité, surtout les dignitaires, ne purent l'accepter, et à dater de ce moment, ils se sont acharnés de toute leur haine à la combattre. Quand l'Assemblée Constituante commit l'imprudence de les lier au sort de la République - ou plutôt alors du nouvel Etat constitutionnel - il eût été difficile d'abolir le clergé, dont une part, à ce moment (les curés), se montrait pleine de bonne volonté pour les idées nouvelles. Cela se pouvait d'autant moins qu'on leur enlevait leurs biens pour en remplir les coffres de l'Etat, vidés par la Monarchie. Puis alors, l'opinion littéraire se plaisait à considérer l'Evangile comme un code libertaire, et Jésus comme un républicain ! - L'imagination humaine est une brodeuse éternelle sur toutes les trames.

Cent dix ans se sont passés. Ont-ils profité de ce long délai pour s'assagir ? Se sont-ils repentis de tant de péchés remis ? de tant de fureurs non expiées ? - Ils en ont profité pour tendre autour de nous les filets de l'obscurantisme, s'emparer de la femme, qu'on leur abandonne, de l'enfant qui ne peut se défendre ; ramener Empire ou Royauté, tromper le peuple par des calomnies, mentir, trahir, comploter sans cesse ! Depuis la Révolution, le Catholicisme n'a pas désarmé un seul instant ! On lui a fait cependant une part royale. Ce n'est pas assez ! ?

Il ne désarmera jamais !... A moins pourtant que vous ne lui donniez ce qu'il veut ? Tout ce qu'il veut !... c'est-à-dire la Révolution entière. Tout et pas davantage !...

Et si vous ne la lui sacrifiez pas, il guettera le moment suprême - que tous ses efforts préparent - une heure de désastre, d'effondrement, où Elle râlera, ainsi que la France, pour se jeter sur elles, et les étrangler l'une et l'autre, dans ses mains crispées de haine et de rage !

Est-ce là ce qu'on attend ?... Ne trouve-t-on pas que ce retour offensif actuel du monstre - ce déballage épouvantable de crimes, de faux, de mensonges, de perfidies, qu'on appelle l'affaire Dreyfus, vaut la peine qu'on y prenne garde ? Pas une société qui puisse vivre en de telles pratiques ! C'est l'Enfer même que la Sainte Compagnie de Jésus exhibe sur la Terre !... Jamais occasion fut-elle plus grave, plus justifiée, plus pressante, pour couper le câble qui nous lie à ces malfaiteurs, nous, leurs victimes depuis tant de siècles ?

Il y a plus de cinquante ans, j'étais jeune alors, que le piège de la rue des Postes, dressé pour accaparer les jeunes élèves des Hautes écoles de France, fut révélé devant moi, à l'occasion du départ d'un de mes frères, qui désirait entrer à l'Ecole Polytechnique. Les Jésuites, disait-on, voulaient, par l'enseignement, s'approprier les hauts fonctionnaires ; autrement dit, le commandement de la France. Et ils y réussissaient !

Cette révélation, qui n'était déjà pas un secret, je ne l'ai jamais oubliée. Elle m'a préoccupée souvent. J'en entendis parler quelquefois encore. Mais qui s'occupait de ce mortel danger ? Personne, à ce qu'il semblait ! Et en effet, personne n'agissait. L'Université laissait faire ; le gouvernement aussi.

C'est en de pareilles choses que les gouvernements ont à cour de respecter la liberté !... Y avait-il aussi des jésuites au gouvernement ? - Peut-être ?

On n'a rien fait, et l'ouvre s'étale ! Nous voici pris dans le rets tendu ! et depuis longtemps ! Attendrons-nous que nous y soyions étranglés ?

Pascal ! où es-tu ? - Mais elles viennent d'être publiées de nouveau, tes Provinciales !... Ecrites dans tous les journaux, et jouées sur deux théâtres ! Le monde entier les a lues chaque jour ! Et cette publication est l'arrêt du Jésuitisme !

Et toi, Voltaire ! Toi qui as crié !... qui, depuis un siècle et demi, cries: "Chassons l'Infâme !"

Molière ! A nous ! Tartuffe est ici ! Il nous a confisqué de grands domaines, des milliards !... Il tient en ses mains, infestés de son esprit, les commandants de notre armée !... une grande partie des hauts magistrats, et de nos principaux fonctionnaires, les riches, les grands industriels, le peuple qu'il trompe ! Et il nous dit maintenant : - Tout l'Etat est à moi !... C'est à vous d'en sortir !...

Molière, Voltaire et Pascal répondent : - Nous vous l'avions bien dit ! Il n'y a guère que 250 ans que vous êtes avertis ! Pourquoi les avez-vous laissés faire ?...

Oui ; depuis plus de 200 ans, on crie à l'incendie, et personne n'y court ! Les gouvernants regardent ailleurs. Et rois et empereurs, depuis la Révolution, rient, paradent, banquettent, et n'ont pas le temps de s'occuper de cela ! Ceux qui parlent des jésuites, ce sont des toqués ; on leur rit au nez ! Le Français n'aime pas les redites. Ils ont pourtant été condamnés, en 1762, par un arrêt du Parlement, comme banqueroutiers, et dangereux pour l'Etat ! et chassés deux ans après, par édit royal - malgré la Dubarry, qui les estimait, et qu'ils courtisaient ! Mais ils sont rentrés à la sourdine, et nos bons gouvernants ont fermé les yeux. La Russie déjà les avait chassés !... Le Portugal aussi. L'Espagne de même, leur patrie ! Et la royauté de Naples, quoique bigote, en avait fait autant ! Défendus par un pape, ils furent supprimés par son successeur : Clément XIV, qui les bannit de la chrétienté, et cela sur les instances des pays catholiques. Il y a pourtant là quelque chose ?... Qu'en dites-vous ?

En dépit de cette expulsion de la chrétienté, la Compagnie de Jésus - Pauvre Jésus ! - a trouvé grâce devant la papauté, (ou devant ses garde-malades). L'asile gracieux qu'on lui donne en France est si touchant !... et si tentateur !... que le clergé catholique, maintenant, accepte la complicité de cette société de bandits, si habile et si insinuante, qui arrive à ses fins par tous les moyens. Que voulez-vous ? On fait ce qu'on peut, lorsqu'on sent crouler l'édifice qui vous supporte ! Lorsqu'on se voit pressé par les ennemis, qu'on a jusqu'alors soumis et méprisés : la Raison, la Vérité, la Justice, qui vous blessent de sourires, plus mortels pour vous que des épées !

Ils n'ont pu empêcher la France d'abattre la monarchie ; mais ils nous la ramènent sans cesse ! La monarchie civile chassée - serait-ce jusqu'à dix ou vingt fois - ce ne sera rien, tant que vivra la monarchie religieuse ! Ce siècle l'a démontré : Trois rois et deux empereurs, sans parler d'une république, dont la durée ne fut que celle d'un printemps ; et la République actuelle, toute aristocratique, celle qui acheva le massacre du peuple de Paris, commencé sous la précédente ! Paris, maintenant, s'est peuplé de paysans avides de gain ; ce qui garantit la tranquillité présente. Cependant, ils sont à bonne école ! Espérons !...

Les Jésuites haïssent les républiques, toujours en danger d'innovation ; et bien qu'ils aient prêté aux gouvernants leurs duplicités, leurs fausses promesses, l'art de paraître vouloir agir quand on ne produit que des libertés à chausses-trapes, ou des atermoiements indéfinis, cependant, c'est un roi qu'ils veulent, et qu'ils s'efforcent constamment d'instaurer. La monarchie est leur agent de prédilection. C'est le couronnement de la Sainte hiérarchie ! C'est l'image du pouvoir divin ; c'est toute la vie d'un homme qu'ils ont en gage ; et il est plus facile de tirer les fils des passions, ou de la veulerie, d'un seul, que ceux d'un groupe, ou d'une assemblée. C'est enfin le retour décidé à ce qu'ils regardent comme l'état normal : l'esclavage et l'ignorance du peuple. ?

Tous les rois ne sont pas croyants ; mais ils sont dévots. Et puis, il y a la Reine ! A côté de Louis-Philippe, régnait Marie-Amélie, la Napolitaine, protectrice des ouvres religieuses. A côté de Louis-Napoléon, l'Espagnole Eugénie.

Ce fut le jésuite Falloux, à l'éloquence fielleuse, qui excita l'Assemblée des grands propriétaires et des capitalistes, en 1848, à la haine du socialisme et à l'égorgement des ouvriers parisiens, - ces héroïques de l'aspiration indéfinie, - qui, voyant la bourgeoisie fuir le combat, quoiqu'elle y fût intéressée, avaient donné leur sang à une liberté réclamée par d'autres et qui ne devait pas être pour eux ! Loyola et Cavaignac, alliés déjà, égorgèrent et calomnièrent à cour joie. Loyola trouva un prétendant digne de lui ! Lisez l'épître noble et touchante du prince Louis Bonaparte au peuple français. Loyola est doux pour les meurtriers et les parjures : Il sacra Napoléon III, et le protégea jusqu'au jour, où, après avoir rendu la France esclave, le protégé craignant un nouvel Orsini, s'avisa de libérer l'Italie et promit d'évacuer Rome.

Le Jésuitisme soigna nos revers ! Il nous avait élevé des généraux, habiles aux défaites ! Il avait certainement des élèves, dans l'administration de la guerre. Il inspira le gouvernement de la défaite nationale et nous donna Trochu, le plus parfait des siens [8], qui trouva un terrain fertile parmi les Jules de la gauche, comédiens et calomniateurs profonds. Depuis qu'en dépit de ses soins, surnage la République, il nous continue ses bontés, préside aux élections, prodigue ses enseignements, ses conseils, ses corruptions ; s'anime dans ses discours jusqu'à couper des têtes, - en souvenir du bon temps des semaines sanglantes, - assemble et soudoie des bandits pour l'émeute sur les places publiques, persécute les Juifs et les parpaillots comme au moyen âge ; ourdit des complots, et ça et là, par passe temps, souille l'enfance et l'étouffe dans ses embrassements horribles ! Ses élèves les plus chéris, fils des émigrés qui amenèrent l'étranger en France, entrent dans nos grandes écoles, par la grâce de Dieu, ou celle de Satan ? la fin justifie les moyens, et infestent nos principales administrations, aux dépens de la Patrie, qu'ils mettent en danger.

C'est lui qui recrute les faux témoins et leur apprend à dire le contraire de la vérité, en s'aidant de restrictions mentales. C'est lui qui a corrompu, par l'éducation et par l'exemple, la majorité de la bourgeoisie, pour la rendre haïssable au peuple, et fomenter les guerres civiles, dont il profite toujours pour ses fins. C'est Lui qui élève des généraux pour la trahison ! des magistrats sans courage et sans conscience ; des administrateurs infidèles, des préfets dévots. Lui qui énerve et empoisonne la Nation ! Car il travaille à faire de la France une jésuitière, composée de capitalistes, de pauvres et d'ignorantins de toutes classes, qu'il bénira du haut du Sacré Cour ! C'est alors qu'ils jubileront ! et recommenceront litanies et processions, paradant, la tête haute, entre deux haies de peuple agenouillé ! Alors aussi, recommenceront les tortures dans les prisons, l'enfance abrutie et souillée, les condamnations de penseurs et de publicistes, l'abêtissement du monde ! - Et la vraie France sera morte !...

Elle a osé les combattre ! Ils veulent la perdre afin de pouvoir la dominer. Et comment douteraient-ils du succès ? N'a-t-on pas mis 36.000 chaires en leur possession dans notre France, quand la science n'en possède pas le dixième ! N'ont-ils pas à leur service environ 100.000 apôtres, pour endormir le peuple dans l'ignorance et la superstition ? Ne leur a-t-on pas confié le cerveau débile de nos enfants ? Ils se rient de nos menaces, à nous libres penseurs, pauvres pour la plupart, suspects et maltraités !

"Insensés ! nous disent-ils en leurs âmes démoniaques, vous parlez de liberté ! Et vous entretenez une armée permanente !... Une armée qui nous appartient par ses chefs, obéis sous peine de mort ! Nous avons une aristocratie nouvelle, toujours dominante, et l'ancienne aussi ! Les millionnaires dont nous sommes la sauvegarde ! Nous stipendions la plupart des journaux, ou bien on les paie pour nous. Vous avez, pour rendre la justice, des magistrats professionnels ; et vous les acceptez à seule condition qu'ils sachent le code par cour ; c'est de la folie !... Mais rassurez-vous ! Nous leur faisons un cours de morale légale et... jésuitique, où leur intérêt n'est pas négligé. Puis, ils doivent juger d'après les témoignages ; et nous tenons boutique de témoins !..."

"Vous parlez de justice ! Et vous avez un peuple humilié, surmené, ignare, chargé d'impôts de toute sorte, qui traîne sa pauvre vie entre la famine et le travail forcé ! C'est pourquoi vous lui avez donné le vote, ô dons Quichotte ! Et il en use... contre vous !... Ah ! Ah ! Ah !... Nous lui dicterons sa propre déchéance, et il la signera : car il a confiance en nous ! Ne l'avez-vous pas voulu, afin que sous votre règne, il fut gorgé de résignation et d'obéissance ? Eh bien, attendez un peu : vos voux seront exaucés, et l'on criera bientôt encore : - Dieu et le Roi !"

"Mesurez donc votre faiblesse ! Qui, dans l'Etat, dispose d'une puissance pareille à la nôtre ? Ce n'est pas à coup sur votre gouvernement. On se défie de lui et de vous... non sans cause ! Et vous osez nous menacer ! Si nous n'étions polis, nous dirions que c'est trop bête ! Maintenant, comme toujours, le peuple est notre réserve ; notre vieille garde dans l'humanité ! Elle donnera !... Elle donne depuis le suffrage universel... Vous le savez bien ! ô niais imbéciles, qui lui parlez raison, quand vous n'en avez pas vous-mêmes. Il vous a pourtant déjà fourni un bel Empereur, choisi dans les grands coquins, mais auquel manquait l'envergure. Pour changer, on va vous donner des rois pantagruéliques !... Et vous viendrez à la messe, ou vous direz pourquoi !... Et vous serez heureux de baiser nos mules !... Et l'on festoiera !...» ?

"Oh ! que la victoire sera douce et triomphante, quand tous les mécréants, les libres penseurs, l'ouvrier insolent, les femmes - elles aiment le doux Jésus ! - et les savants pervers ! et jusqu'à des pauvres, - cette canaille qui prétend penser maintenant !... quand ils seront là tous, humiliés, abattus, prosternés dans la poussière, aux pieds des Saints Pères, qu'ils ont osé braver ! - Ah ! tu les paieras cher, tes attaques immondes ! Paris ! Ville insolente et perverse ! !"

- O pensée, ô liberté ! Reines du monde humain, qui malgré les bûchers, les tortures et les trahisons de l'Infâme, nous animent toujours ! Qu'attend-on encore pour vivre en paix dans les voies humaines ?... Entre la vie et la mort, ne peut-on choisir ? Entre le mensonge et la vérité, l'ombre et la lumière, est-il permis d'hésiter ?...

Tranchons donc ce lien, qui unit le vivant au mort, en gangrenant le vivant ! Plus d'hésitations ! Qui pourrait les justifier ? Plus de terreurs vaines, qu'on ne peut comprendre ! Quoi ! la République française ne pourrait faire ce que fit Louis XV, en 1774 ! La France ne pourrait chasser une société, déjà chassée de tous les Etats européens ?... pour sa malfaisance et son immoralité !... Hâtons-nous de rejeter la compagnie de Jésus par dessus bord !

- Elle reviendra ! s'écrie-t-on. Elle revient toujours !...

Parce qu'il n'y a pas de sanction ! Mais la voici : "Tout jésuite surpris en France, sera transporté aux Îles du Salut ! à l'Île du Diable !..." ?

Les Jésuites n'ayant plus affaire chez nous, leurs domaines seront, naturellement, confisqués, en échange de tous les biens qu'ils nous ont pris, et de tout le mal qu'ils nous ont fait ; ce qui sera justice ! Et ces biens immenses, dont ils ne payaient pas l'impôt à l'Etat, ces biens seront affectés à des associations agricoles, confiés à des paysans sans terres, bien plus nombreux qu'on ne croit ! et qui pour ce motif se trouvent privés du droit de vivre, eux et leurs familles.

Tout bien de main-morte sera liquidé pour une part, au décès de chaque participant, jusqu'à extinction complète ; et alors établi selon la base équitable de la propriété nouvelle, qui doit sanctionner le droit de vivre de chaque humain.

Il y aura du bruit à ce propos ; oh certainement ! Des menaces, des complots ! Cris perçants et sourdes colères ! Mais peut-être moins qu'on ne pense ? A la condition qu'on se trouvera en présence de personnes fermes, que rien n'ébranle. L'affaire Dreyfus où les haines cléricales se sont déchaînées, n'a duré si longtemps que par la complicité du gouvernement, et la facilité de cette bonne bourgeoisie à prendre peur et à s'exclamer ! Il ne faut au pouvoir pour vaincre que de la décision et du sang froid.

Le catholicisme est mort ! Il ne vit plus que d'une vie factice, composée de mensonges, d'habitudes, et de préjugés. La compagnie de bandits qui le continue et l'exploite n'avoue-t-elle pas elle-même, par son infâme conduite, qu'il ne peut plus vivre par la Foi ? ?

A mesure que plus de lumière s'est répandue autour de nous, la religion s'est fondue, pour les hommes en général, dans la politique ; et pour les femmes, généralement toujours dans la mode, un courant donné. Quant au peuple, sa religion c'est le dimanche [9].

J'ai interrogé bien des simples sur ce sujet. Ils ont encore un faible pour le bon Dieu ; mais à peine l'ont-ils avoué, qu'ils se hâtent d'ajouter : mais les prêtres, c'est des marchands ! Un commerce comme un autre ! Et joliment cher !

Je n'affirmerais point que la suppression du dimanche ne causerait pas une révolution ! Les filles tiennent beaucoup à faire toilette pour aller à la messe. Les garçons y vont pour les passer en revue. Les mères y figurent par décorum et pour des curiosités locales. C'est une distraction. Les pères aiment à s'y rencontrer pour causer ensemble sous le porche et de là se rendre au cabaret. Le dimanche est pour tous le jour de fête et de délassement. Mais si on le conserve, en variant son programme, et surtout si l'on sait rendre ce programme plus attrayant, tout ira bien.

Quant aux prêtres non jésuites, ce sera affaire aux catholiques persistants de suffire à leur entretien. Nulle persécution ! Mais il appartient à chacun de payer les frais de sa croyance. Les libres penseurs s'arrangent entre eux pour fournir aux dépenses de leurs assemblées ou conférences ; les ouvriers de même, et cela est juste ! Quant à obliger ceux-là à payer leurs ennemis, qui sont en même temps ceux de la Patrie, pour enseigner au peuple des superstitions, de la part d'un gouvernement qui se prétend laïque, c'est une inconvenance incompréhensible, une hypocrisie coupable ! - Et si réellement nous en avons fini avec les jésuites de gouvernement, si, chose étrange et nouvelle, ce sont, à une exception près, des hommes honnêtes et bien intentionnés qui les remplacent, un tel reliquat de ruse et de barbarie doit cesser immédiatement !

La morale catholique est la soumission basse et vile, sans examen, à toute puissance établie. C'est la mort de l'esprit et de la conscience, Est-ce donc là ce qu'il faut enseigner au peuple pour qu'il soit républicain ? - L'absurdité de ses dogmes est contraire à la raison. Il ne faut pas chercher à les comprendre. Ce sont des mystères ! Peut-on croire ce qu'on ne comprend pas ? - Oui, mais seulement à Bicêtre ou à Charenton. - L'amour d'un Dieu (inconnu) qui doit primer toute affection humaine, éteint l'amour et la fraternité entre les hommes, au point qu'on en a dû faire un devoir chrétien ; on doit aimer ses semblables pour l'amour de Dieu. L'intention est bonne ; mais cela se perd en chemin. Et non sans motifs ; car la créature est vile et méprisable ; on doit donner tout son cour à Dieu seul. - Comment donc serait-il possible d'aimer les autres et de s'estimer soi-même ? - Il faut avoir toujours la mort devant les yeux, et ne considérer que le ciel ! - Voilà de quoi rendre la vie aimable et la patrie prospère ! - Connaissez-vous beaucoup de personnes qui suivent ces prescriptions ? Qui donc voit autre chose que des mots dans tout cela ?

Ce qu'il faut à la République, ce sont des citoyens et citoyennes, qui aiment leur Patrie, leur famille, et qui cherchent la vérité, de toute leur raison et de tout leur cour. Il ne peut donc être permis aux républicains de patronner le catholicisme.

Il est mort, vous dis-je ! si bien mort qu'il est en putréfaction ! C'est la pourriture finale. Tendez l'oreille du côté de Rennes, où le jésuitisme filtra par la bouche de tous les témoins de l'Etat-Major. Voulez-vous un exemple de cet état d'esprit ?

Le colonel Maurel, ancien président du conseil de guerre de 94, qui condamna Dreyfus est interrogé en présence d'un des anciens juges de ce même conseil : le capitaine Freystætter. Celui-ci a condamné de bonne foi, d'après une poignée de pièces fausses - il n'y en avait pas d'autres ! - qui avaient été communiquées par le Ministre de la guerre, Mercier, au président Maurel. L'existence de ces pièces a été constatée déjà par d'autres témoignages, et n'avaient pas, au mépris de la loi, été communiquées à l'accusé. - Cela est acquis !

On demande à Maurel, qui a juré solennellement de dire la vérité : qu'en avez-vous fait ?

Il feint l'indifférence, remâche des redites et enfin : - Je n'en ai lu qu'une seule, dit-il.

Et il se retire.

Tout le monde doit croire que les autres pièces ont été jetées au panier. Mais le capitaine Freystætter est là, et ce n'est pas un compère, mais un franc honnête homme.

- Toutes les pièces, dit-il, ont été lues, et commentées par le colonel Maurel ; et c'est sur elles que nous avons condamné.

On rappelle Maurel : "J'ai dit n'en avoir lu qu'une, répète-t-il, et j'ai dit la vérité.

- Mais vous les avez fait lire ! s'écrie Freystætter et vous en avez fait le commentaire !

- Quel commentaire ? On peut le deviner ! -

- Maurel balbutie :

- Soit : mais ce que j'ai dit est exact.

Il n'en avait lu qu'une, de sa propre bouche.

Et il triomphait l'instant d'avant - dans ce qu'il appelle sa conscience de jésuite - car il avait trouvé le moyen de tromper tout le monde en des termes exacts par eux-mêmes.

Or, si le capitaine Freystætter n'eût pas été là ?...

Il y a cinq ans qu'ils fabriquent des faux et des mensonges pour justifier et maintenir le supplice d'un juif ! Ah ! si l'on était encore au bon temps des bûchers ! Comme c'eût été facile ?... - 1572 ! - 1899 ! Toujours les mêmes !...

Le Jésuitisme est au Catholicisme le ver du tombeau !

Le crime justifié, la bonne foi bannie, l'être humain arraché à ses voies naturelles, livré à toutes les tortures ; la soumission aveugle, conduisant à toutes les bassesses, à toutes les hypocrisies, l'apothéose du mensonge, pour lequel tout moyen est bon, pourvu qu'il profite... la justice, une risée... la misère et l'abaissement des peuples, voilà ce que le catholicisme, sous la conduite de chefs de plus en plus infâmes, a donné au monde et lui promet encore - sans parler des flots de sang qu'il a versés, de ses haines toujours vivaces, des douleurs profondes qu'il a causées dans les familles, ainsi que des troubles dans l'Etat, pour arriver à ses fins quelles qu'elles fussent ; brisant au nom de l'amour de Dieu les liens les plus sacrés ; trahissant la Patrie comme la vérité - car ils n'ont d'autre patrie que Rome - toutes les fois que la caste y trouve son avantage.

Le Catholicisme est devenu la peste de l'Humanité et sa ruine. Malheur aux nations qui l'ont conservé dans leur sein ! Il faut qu'elles périssent, comme le malade attaqué par un cancer rongeur ! Il ne tient plus dans ses griffes que trois nations en Europe : l'Espagne est ruinée ; l'Italie est très malade. La France l'est aussi ; mais elle lutte ; il faut la sauver !

La générosité, la liberté grandissent les hommes ! Le catholicisme ne songe qu'à les abaisser pour les gouverner plus facilement. Il est toujours avec le pouvoir civil, surtout quand celui-ci est régressif et arbitraire ; avec toute force, fût-elle crapuleuse et criminelle, il traitera de puissance à puissance et imposera ses conditions. Car il est le pouvoir spirituel, et il sait bien, quoiqu'il en dise, que l'esprit et le corps ne font qu'un.

Toutefois, ne nous exagérons pas sa puissance ! Il est la mort, et nous sommes la Vie ! La force morale est de notre côté. Lui céder, c'est-à-dire le conserver encore, serait lui sacrifier la République. Il faut choisir entre Elle et lui.

Nous sommes à une époque où, par la force des choses, tout en est à devoir changer de fond en comble. Il nous faut passer de l'autorité divine implacable à la fraternité humaine ; de l'inégalité à la justice, de la force brutale à la douceur. C'est une évolution à faire pour continuer sainement et heureusement notre grande Révolution ! Que les hommes sérieux et de bonne volonté se chargent de cette mission sublime, à la fois, énergique et délicate ; ils trouveront des appuis dévoués ! Pour cela, il suffit que les servants de la religion nouvelle - de la religion de l'Humanité - en soient pénétrés eux-mêmes ; qu'ils ne tombent pas dans les violences qui tuèrent, pour plus d'un siècle, notre Révolution, si magnifique dans son premier essor ! Il faut pour cela nous débarrasser de nos ennemis intérieurs. Il faut que le Dieu des tonnerres et des éclairs du Sinaï, le Dieu de la guerre et de l'Enfer, se retire pour toujours en son tabernacle, et cède la terre à celui qu'il a égaré et tourmenté depuis tant de siècles : l'Individu humain, le simple travailleur !

Au nom du respect de nous-mêmes, au nom de nos enfants, dont le cerveau s'étiole et se rétrécit sous cet enseignement stupide et barbare, qui dévore l'avenir avant qu'il soit né ! Pour le rachat de ce siècle, avant qu'il s'éteigne ! Pour l'honneur, la régénération et l'avenir de l'Humanité !... En hommage à l'ère nouvelle, inaugurée depuis plus de cent ans, et si longtemps retardée par eux !... Délivrons-nous du prêtre et de la superstition antique !... Fermons définitivement l'ère barbare qu'ils nous ont faite ! Abandonnons le mensonge et la mort, pour entrer enfin dans la Vie. Proclamons la religion de la Conscience humaine, et à notre tour développons-la, d'après son principe : l'individu humain ! - Et maudits soient les gouvernants pleutres et indécis, qui se réfugieraient en des considérations mesquines, et de faux prétextes, pour ne point enterrer enfin le cadavre corrompu qui nous putréfie ! Au lieu de cette crainte d'agir, qui semble dans le parti républicain la maladie énervante de la moitié du XIXe siècle, qu'ils soient fiers d'attacher leurs noms à une ouvre des plus généreuses et des plus saines !

Que toutes nos communes soient consultées pour décider si elles veulent ou non conserver le prêtre. Mais il ne s'agit pas en ceci de majorité et de minorité : le vote sera, pour chacun, nominal et personnel. - Pour les majeurs, naturellement, et pour les femmes aussi bien que pour les hommes. - Ceux qui ne voudront pas de curé seront libres. Ceux qui voudront le conserver devront subvenir à son entretien. Ce sera, suivant le nombre des persistants, quelques francs à ajouter, en particulier, à la feuille des contributions. En certains cas, précités, l'Etat pourrait même fournir un appoint à la somme insuffisante. On sera humain avant tout. Mais, très légitimement, on entend se débarrasser d'un culte, déjà fort délaissé, qui abaisse l'esprit de la Nation et trouble sa sécurité par des complots permanents, un culte qui n'est aujourd'hui qu'un anachronisme stupide et dangereux.

Toutefois, il y a eu pacte entre l'Etat et les prêtres, et ceux-ci se sont engagés pour la vie dans cette carrière promise. Il ne serait pas juste de leur fausser parole. On continuera donc de servir à tous les prêtres congédiés une retraite suffisante pour d'honnêtes gens, et que recevront également les évêques, archevêques et cardinaux. Mais ceux-ci seront envoyés au Saint Père, avec défense de rentrer en France. Il en sera de même de tout fanatique déclaré.

L'Eglise est un monument communal. Elle sera prêtée le dimanche, dans toutes les communes où l'on aura conservé le culte. Il y aura un jour consacré dans cette même église à l'enseignement de la morale humaine, qui depuis longtemps aurait dû alterner avec l'enseignement religieux. L'Eglise pourra servir encore à d'autres conférences, destinées à l'instruction du peuple, si longtemps négligée.

Les religieuses ne seront licenciées qu'à leur volonté, avec une petite rente viagère, ou bien elles resteront dans leur communauté (mise en régie) à charge de prendre part au travail. Il ne leur sera plus permis d'enseigner, à moins d'un diplôme comme le veut la loi ; et de plus une autre condition, générale désormais pour tout instituteur : celle du mariage. Double garantie, d'abord, dans l'intérêt des mours, puis de l'éducation elle-même. Pour enseigner les enfants, ménager leur intelligence et leur sensibilité, pour toucher leur cour, il faut les connaître et les aimer.

Il est à prévoir que beaucoup de prêtres, secrètement dégoûtés de la fonction qu'ils remplissent, et assurés d'une rente viagère, seront satisfaits de ne plus être esclaves du pape et du haut clergé. Ceux-là se rallieraient à la démocratie. Ne pas licencier les couvents de moines, sauf par extinction. Privés sévèrement de la faculté d'enseigner, ils feront la culture de leurs terres, le commerce des liqueurs et des onguents. Le gouvernement pourrait leur concéder une fabrication. Leur domaine étant en régie, ils seraient eux-mêmes surveillés. - Oui, beaucoup de surveillance, mais aussi de douceur et de liberté relative. Point de persécution, de menaces, ni d'insultes. Le pouvoir du supérieur étant atténué, ils se trouveront mieux qu'auparavant. En agissant de cette façon, on évitera bien des troubles et des dangers, et l'on arrivera peu à peu à l'extinction sans violence, de cette plaie de notre civilisation.

Les chefs seuls sont à craindre ; aussi doivent-ils être impitoyablement chassés. Il va sans dire que dès l'abord, les séminaires ont été fermés.

GUERRE ET SUPERSTITION ! Quand ces deux fléaux auront disparu de notre terre - libérés du mysticisme oriental, des croyances divines, du mensonge et de la misère, les humains concevront l'amour et le respect de l'Humanité ! Ils dégageront facilement l'intérêt commun (l'association) qui doit les unir, détruisant du même coup les divisions qui neutralisent leurs efforts, et empoisonnent leur existence. Alors, ils aimeront la Vie et croiront en elle. Prêtres et rois d'eux-mêmes, associés, frères de travail, ils ne comprendront plus, ni les fureurs religieuses, ni la rage de régner sur ses semblables.


André Léo




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Notes

    8. On ne voyait que chapelets, bénitiers et saintes images dans l'appartement de M. et Mme Trochu.

    9. Un des griefs du peuple contre la révolution de 89 fut la substitution du decadi au dimanche. Faut du système décimal, pas trop n'en faut ! "Nos boeufs même, disaient-ils, ne voulaient pas travailler le dimanche !"



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