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Les athées vont-ils tomber de Charybde en Scylla ?

Page 3 - Le Nouveau Testament

Début : Les athées vont-ils tomber...


par Guilain Delwiche  -  10/08/2015




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




Sommaire





Le Nouveau Testament


L'enseignement moral de Jésus, si l'on s'en réfère aux Évangiles écrits plusieurs décennies après sa mort supposée et retravaillés ensuite par des anonymes, est généralement mais un peu hâtivement considéré, même par des incroyants, comme ayant une certaine grandeur. Qu'en est-il ?

"Tu aimeras ton prochain comme toi-même", dit déjà l'Ancien Testament (Lv XIX, 18). Mais au vu du nombre de peuples que Dieu demandait de passer par les armes, on peut déduire que par "prochain" il faut entendre les membres de la tribu juive. Jésus, lui, a étendu ce commandement à tous les humains. Il faut pardonner à son frère en cas de conflit jusqu'à septante fois sept fois (Mt XVIII, 21-22), il faut aimer ses ennemis, bénir ceux qui vous haïssent et prier pour ceux qui vous maltraitent et vous persécutent (Mt V, 44). Dans le Sermon sur la Montagne, il proclame "heureux" ceux qui procurent la paix (Mt III, 12). Si quelqu'un veut prendre votre tunique, laissez-lui encore votre manteau (Mt V, 40). Et : "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites le même pour eux" (Mt VII, 12). Cette dernière et intéressante recommandation n'étant pas originale, mais déjà prônée 500 ans avant J.-C. par le Confucianisme, le Bouddhisme et l'Hindouisme.

Par contre, c'est moins sympa, Jésus promet "aux méchants" l'enfer où ils brûleront pour l'éternité. Le Pentateuque (Cinq premiers livres de la Bible) ne donne pas cette menace d'une cruauté sans nom. La punition s'y fait par la postérité : "Les péchés des parents rejailliront sur les enfants jusqu'à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent" (Décalogue. Exode XX, 5). Ce qui n'est pas très juste non plus. Autre innovation loufoque : même ceux qui ne sont pas passés à l'acte mériteront dans certains cas la peine éternelle : "Je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur" (Mt V, 28). Par ailleurs Jésus se laissait parfois aller à une colère injustifiée, comme un humain énervé : un matin qu'il avait faim, il s'approcha d'un figuier où il ne trouva que des feuilles car ce n'était pas la saison des figues. Déçu il maudit le malheureux figuier qui sécha aussitôt (Evangiles de saint Mathieu et de saint Marc).

Mais il peut y avoir pardon pour autant qu'on se repente en cette vie. La contrition c'est le repentir sincère d'avoir offensé Dieu, l'attrition c'est la contrition imparfaite fondée sur la seule crainte des châtiments éternels ; depuis le concile de Trente, dans le sacrement de la pénitence, appelée maintenant en novlangue réconciliation, cette dernière attitude suffit. La rémission du "péché originel" d'Adam et Ève, et des péchés commis depuis, ne semble avoir été possible pour le Dieu des Chrétiens qu'en faisant mourir son fils (Fils ne formant qu'un avec le Père et l'Esprit saint) dans les souffrances de la croix (supplice atroce mais courant du temps des Romains). Quiconque affirmerait des choses semblables maintenant, sans les deux mille ans de christianisme que nous traînons avec nous, se verrait conduire gentiment mais fermement dans une institution spécialisée ! Mon professeur de catéchisme à la Cathédrale qui me préparait à la communion solennelle avait des comparaisons marquantes pour semer la crainte : "La félicité des justes sera éternelle. Mais les terribles souffrances de l'enfer aussi. L'esprit humain ne peut concevoir l'éternité ! Imaginez un bloc d'acier correspondant à la masse de notre cathédrale et, tous les mille ans, une hirondelle viendrait l'effleurer d'un coup d'aile. Quand ce bloc serait complètement usé nous ne serions encore nulle part car l'éternité n'a pas de fin." Ah, on savait encore faire peur aux enfants à l'époque ! Maintenant, dieu merci, cela va mieux. Depuis les années 80, lorsqu'on discute de religion avec des amis, qui auraient refusé d'en débattre quelques années auparavant seulement, ils vous disent à peu près : "Non, ne me dis pas que tu penses que l'on croit encore en un Dieu barbu et grognon assis sur un trône, il faut évoluer mon vieux !" Ces amis ne sont plus pratiquants (sauf baptême, mariage et enterrement) mais tout de même croyants. Généralement peu au courant des dogmes et des textes sacrés, ils y picorent en superficie des choses qui les arrangent et s'autoproclament "humanistes", "droitdelhommistes". Je ne peux que leur répondre que mes livres et mes professeurs n'ont pas été désavoués par le Vatican (même par Vatican II) et que je n'ai pas entendu dire que Dieu était revenu sur terre pour mettre son enseignement à plat et commencer autre chose; mais que de toute façon, étant incroyant, et leur religion relevant maintenant de la sphère privée, cela ne me regarde plus. Méfiant et pour me voir confirmer la tournure prise par la foi catholique, j'ai demandé à un petit fils, élève dans une école confessionnelle chrétienne, de quoi on leur parlait au cours de religion. La réponse fut immédiate : "De tout sauf de religion."

Jésus est, en quelque sorte, un original prônant la plupart du temps le peace and love. Relax : "Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi serons-nous vêtus ? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. À chaque jour suffit sa peine" (Mt VI, 28-24). Les Chrétiens au fil des siècles ne tinrent guère compte des enseignements de Jésus : ils torturèrent, massacrèrent, emprisonnèrent (croisés, inquisiteurs, conquistadors et autres persécuteurs d'hérétiques s'en donnèrent à coeur joie...) et veillèrent d'autre part, lorsque c'était possible, à prévoir leur nourriture ou à dominer leurs semblables. Mais que se serait-il donc passé de pire si l'enseignement de Jésus avait été guerrier ?

On voudra bien comprendre qu'au départ je n'attribue à aucune religion du livre, ni à aucune autre d'ailleurs, de mérite particulier. A celle dans laquelle je fus élevé, je sais toutefois gré de m'avoir épargné la circoncision malgré celle de Jésus (Luc II, 21), grâce aux Romains qui faisaient de son abandon une condition pour leur conversion. Ah ! le Saint Prépuce, vénéré au Moyen Âge en tant que relique dans les nombreuses églises qui se vantaient de le détenir ( ? ? ). Ce goût macabre pour les reliques est une caractéristique des Chrétiens en général. Et puis tout de même, j'acte avec satisfaction que les Chrétiens contemporains s'humanisent en même temps que la pratique de leur culte recule. L'acceptation par ces croyants de faire de leurs dogmes une affaire privée, leur besoin de tolérance et de relativisme ne va toutefois pas sans risque pour toute la société occidentale qui s'est forgée autour de l'Église, et parfois contre elle depuis le siècle des Lumières. Cette société devenue maladivement compassionnelle et repentante, surtout en Europe, en est rendue fragile face à l'islam qui, par son prosélytisme exacerbé, sa victimisation, ses méthodes d'expansion tantôt brutales tantôt patientes et son refus de déplacer la moindre virgule du Coran ou de se réformer risque d'imposer ses vues liberticides à nos "humanistes" croyants ou non. Une parole du lucide Jean Rostand me semble importante à méditer : "Il est permis de se demander, hélas ! si le fanatisme, par le jeu même de ses méthodes, ne confère pas une survie préférentielle dans la concurrence des groupes. La bonne foi, le scrupule, le respect de l'homme, etc., seront peut-être demain des caractères létaux."


Conclusion (Que doivent craindre les athées ?)


Guilain Delwiche



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