Athéisme : l'homme debout. Vivre sans Dieu et sans religion  >  Votre espace Livre d'or  > Bouddhisme - 14/06/04


Livre d'or et de cendres :

Une présentation du bouddhisme



(par G.H. - 14 juin 2004)


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Objet: contribution


Je voudrais apporter ma contribution en exposant le bouddhisme, après avoir lu le témoignage d'un internaute dans lequel vous proposez d'écrire sur ce thème. C'est suite aussi à un commentaire que j'ai envoyé sur le soutra des kalamas, afin qu'il n'y ait aucune équivoque quant à "Bouddha qui serait le plus sage des athées" (il n'en est rien bien sûr, il était sage, point).

Le bouddhiste est dans l'optique d'atteindre l'éveil (ou illumination, ou encore libération), c'est-à-dire se réveiller du rêve dans lequel les êtres humains sont maintenus à cause de tous les espoirs et de toutes les craintes qui les tourmentent, puis de faire le bien de tous les êtres sensibles. Ils sont destinés dès la naissance à se développer, vieillir, devoir batailler pour survivre, subir des maladies, puis mourir ; ils espèrent ne pas rencontrer les gens qu'ils détestent, ils ont peur d'être séparés des êtres qu'ils aiment, peur de ne pas obtenir ce qu'ils désirent ou de subir ce qu'ils ne désirent pas. Frappé par ces constatations il y a 2500 ans, le prince Siddharta, héritier d'un petit royaume du nord de l'Inde, fugua de son agréable palais bille en tête, en se promettant que quoi qu'il arrive, il trouverait le moyen ou la vérité, s'il y en avait, qui permettrait d'être libre de la souffrance. Ce qu'il réalisa, c'est que toutes les peurs et les peines infinies sont en fait les conséquences d'une tendance erronée à tout faire et penser sur un mode dualiste : à commencer par se considérer soi-même et les autres, le beau et le moche, l'espoir et la crainte, bonheur et malheur, etc., avec un attachement excessif pour soi qui nous entraîne à faire des choix qui font expérimenter ces bonheurs et ces malheurs. Un bon bouddhiste devrait par conséquent, dans l'idéal, se faire chercheur de ce que le Bouddha réalisa, en prenant appui sur les différents indices laissés par lui et les nombreux maîtres qui se sont réalisés au cours des âges après lui, en se remettant sans cesse en question pour éviter de se fourvoyer dans des prétentions philosophiques ou des expériences "mystiques" subjectives intenses qui font penser qu'on a tout compris. Le Bouddha avait déjà résumé en quoi consiste le chemin à entreprendre :

"Faire le bien en toutes choses, ne jamais faire de mal, et maîtriser son propre esprit". Pour cela, les bouddhas des trois temps (passé, présent, futur), proclamèrent les 88000 enseignements qui répondent avec toute la variété et la complexité thérapeutiques requises, à la variété et à la complexité de l'ego humain.

Le but de la pratique est de servir d'antidote aux émotions négatives et à la croyance au moi.

Mais il ne faut pas se tromper sur le mot antidote : par exemple si on prend l'orgueil, la haine ou la jalousie, ils ne sont pas considérés comme des problèmes en eux-mêmes qu'il faudrait supprimer, car ce serait tomber dans une vision nihiliste, détachée de la vie. Pourtant, s'attacher inutilement à ces émotions fait qu'elles ont une emprise sur nous, alors que si on prend la peine de les observer (notamment par la méditation, qui consiste en premier lieu à se transformer en laboratoire vivant en s'asseyant et en analysant se qui se passe en soi), on découvre qu'elles n'ont pas d'existence propre. Non pas qu'elles n'existent pas purement et simplement, ce qui est ridicule, mais qu'elles n'existent pas de façon indépendante et isolée en tant qu'entités solides distinctes.

On peut prendre un arbre et le voir dans sa globalité, ce qui nous pousse à dire qu'effectivement c'est un arbre, et on peut aussi s'amuser à lui retirer une par une ses innombrables composantes comme les feuilles, l'écorce, les racines, le tronc, les branches, etc., puis à la fin quand il ne reste plus rien, où est l'arbre ? On voit bien que l'entité arbre en tant que telle, non seulement n'existe pas sans ses innombrables sous parties (qui elles-mêmes pourraient être décomposées à leur tour jusqu'aux limites subatomiques connaissables actuellement), mais il lui faut encore, pour exister, les conditions requises de soleil, de pluie, d'espace, de sol, etc. De même, on peut en arriver à cette conclusion quant à tout ce qui se passe dans notre conscience. C'est là la notion bouddhiste d'interdépendance qui montre que la vision habituelle d'un monde matérialiste permanent et solide n'a de réalité que de façon relative. C'est pourquoi le bouddhisme postule deux vérités : la vérité relative, conventionnelle, et la vérité absolue, qui est la nature ultime des phénomènes en vertu de l'interdépendance et du changement incessant. C'est ce qui amène les maîtres à parler de vacuité quand ils exposent le point de vue bouddhiste. Le bouddha est celui qui a réalisé de façon définitive que les choses sont comme un rêve, une illusion magique, un mirage. L'analogie du mirage illustre notre tendance à voir les choses pour réelles, immuables et solides, en abordant ce mirage sous 3 aspects :

L'eau de mirage, produite par l'action de divers facteurs de chaleur et de réflexion de la lumière, est réelle en tant qu'apparition : c'est là son caractère dépendant.

Cette apparition se manifeste au voyageur altéré comme de l'eau véritable : c'est là son caractère imaginaire.

L'eau de mirage est absolument privée de toute propriété d'eau véritable : c'est là son caractère absolu. De même, quand surgissent la conscience et ses modalités, il n'y a pas d'objet extérieur, mais l'idée d'objet surgit. Que la nature dépendante soit tantôt vue comme nature imaginaire, tantôt comme nature absolue montre bien qu'il ne s'agit au fond que de distinctions ou de variations de la conscience. En réalité, les choses sont sans nature propre.

Cela étant dit, nombre de gens associent la notion de vacuité au néant, et le bouddhisme a souvent été accusé de nihilisme, comme si la vérité absolue est que tout est vide et non-existant. C'est une grave méprise. Car selon le bouddhisme, la vacuité n'est pas seulement la nature ultime des phénomènes, mais le potentiel qui permet à ces phénomènes de se déployer à l'infini. Si la réalité était immuable, permanente, et si ses propriétés l'étaient également, il ne pourrait pas y avoir le moindre changement. Les phénomènes ne pourraient pas apparaître. C'est parce que les choses sont dépourvues de réalité intrinsèque qu'elles peuvent se manifester à l'infini. Car ce qu'on appelle interdépendance est un enchaînement de causes à effets : rien ne peut se produire sans causes ni conditions. Telle est la vacuité bouddhiste. Ce n'est pas le néant, mais l'absence d'existence permanente et autonome des phénomènes.

On considère d'ailleurs qu'il y a deux points de vue tout aussi extrêmes qu'erronés : le nihilisme et le réalisme matérialiste (ou éternalisme). Le réalisme matérialiste, c'est notre vision conventionnelle à tous, et parfois, ce point de vue fait qu'on peut se demander, comme Leibniz, "Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien". Cette question présuppose qu'il y a vraiment quelque chose. Mais il faudrait plutôt commencer par s'interroger sur l'existence d'une réalité objective. Selon la voie médiane du bouddhisme il n'y a ni rien (le nihilisme), ni quelque chose (le réalisme matérialiste). Cette vacuité des phénomènes interdépendants, apparents mais dénués d'existence propre, défie le sens commun, car on ne peut les appeler ni existants ni non-existants. Sur ce point, on voit bien que l'intellect a ses limites et ne peut embrasser la nature de la réalité par de simples concepts. Seule une connaissance directe peut appréhender la nature du monde des phénomènes sur un mode non duel, où la notion d'objet vu par un sujet n'a plus de signification. D'où le paradoxe auquel le pratiquant bouddhiste est confronté, car dans sa recherche de la nature ultime de la réalité, l'esprit conceptuel participe de l'apparition causale, émerge de celle-ci et l'alimente. Il ne peut donc pas se placer "en-dehors" de la chaîne de causalité pour déterminer cette nature. C'est pourquoi un maître a dit "Saches que ce n'est pas en essayant d'expliquer les choses que tu la connaîtras (en parlant de la réalité)".

On comprendra aussi, vu ce qui a été présenté, que le bouddhisme réfute l'existence d'un dieu immuable qui serait sa propre cause, et il n'est nullement nécessaire pour un pratiquant bouddhiste d'invoquer un principe organisateur ou une finalité quelconque qui aurait réglé l'univers avec une précision parfaite pour que la conscience apparaisse. Par ailleurs, déclarer que tout ce qui est inaccessible à l'observation (ou qui est hors du domaine expérimental) n'existe pas, est une prise de position métaphysique ! Encore faudrait-il prouver cette inexistence.

Les "antidotes" à la croyance au moi et aux émotions négatives que sont les innombrables pratiques, sont une manière empirique de procéder tant que le méditant n'a pas été saisi par une réalisation totale et irréversible de la vacuité. C'est en réalité la même approche que les scientifiques utilisent en bâtissant une théorie : le meilleur moyen de savoir si elle est correcte c'est de l'éprouver et la valider par l'expérience. On pourrait donc penser qu'à ce niveau le bouddhiste doit croire en la vacuité pour pouvoir atteindre une "absolue" vision de la nature des choses, mais c'est un danger qu'on doit bien prendre garde d'éviter. Le Traité fondamental de la perfection de sagesse dit : "Ceux qui s'attachent à la vacuité sont dits incurables." Pourquoi incurables ? Parce que la méditation sur la vacuité est le remède qui permet de se libérer des concepts erronés sur la nature des choses, de l'attachement à une réalité solide. Or si ce remède devient lui-même une source d'attachement à une "vacuité" imaginaire, il n'y a plus de cure possible.

Deux notions importantes : renaissance et karma.

Nombreux sont ceux qui considèrent le Dalaï Lama comme un bouddha vivant parce qu'il incarne en pensées, en paroles et en actes la compassion et la sagesse. Par contre, qu'il soit considéré comme un bouddha vivant est aussi dû à la notion de réincarnation, selon laquelle des maîtres tel que lui, ayant obtenu la maîtrise de leur propre esprit, peuvent choisir, à leur mort, soit de se libérer définitivement du cycle des renaissances (car c'est aussi de cela qu'il s'agit quand on veut atteindre l'éveil ou l'illumination), soit de naître à nouveau pour le bien des êtres.

La plupart des gens considèrent que le terme "réincarnation" implique quelque chose qui se réincarne, qui voyage de vie en vie. Mais dans le bouddhisme, on ne croit pas en une entité indépendante et immuable telle que l'âme ou l'ego qui survivrait à la mort du corps. Les vies successives d'une série de renaissances ressemblent plutôt à des dés empilés l'un sur l'autre. Chaque dé est séparé, mais il soutient celui qui est posé sur lui, avec lequel il a donc un lien fonctionnel. Les dés ne sont pas reliés par l'identité, mais par la conditionnalité. Ainsi, la personne qui renaît n'est ni identique, ni différente à celle qui vient de mourir. Quand une flamme de bougie s'éteint et qu'on la rallume, la flamme qui s'est éteinte est-elle la même que celle qui brille actuellement ? Non. Mais la nouvelle flamme n'est pas différente de la précédente. Une chose se produit et une autre cesse, simultanément.

La force motrice qui sous-tend la renaissance est ce qu'on appelle le karma. Il signifie littéralement "action", c'est globalement tous nos actes et le résultat de ces actes. Lui aussi est souvent mal compris car pour beaucoup il est synonyme de destin ou de prédestination. Une meilleure approche est de l'envisager comme une loi inéluctable de cause à effet, qui gouverne l'univers ; cette conditionnalité dont on parlait plus haut. Le bouddha a dit "les différents actes créent les différents êtres en les entraînant dans toutes sortes d'errances". Et aussi : "ne jugez pas à la légère une action négative sous prétexte qu'elle est de peu d'importance ; les plus petites étincelles embrasent des montagnes d'herbe. Ne méprisez pas d'infimes actions positives en pensant : cela n'a aucune conséquence ; les gouttes d'eau, en s'ajoutant, remplissent une grande jarre." Pour finir, Padmasambhava, considéré comme le second bouddha : "Si vous désirez connaître votre vie passée, examinez votre condition présente ; si c'est votre vie future que vous désirez connaître, examinez vos actions présentes."

Pour terminer, un clin d'oeil aux athées et non-croyants en général, puisque c'est leur forum. Le Dalaï Lama :

"Nous sommes environ 6 milliards d'êtres humains sur la terre. Parmi ces 6 milliards, une majorité s'intéresse surtout au confort matériel et guère à la religion ou à la vie spirituelle. Heureusement, pour se comporter de façon humaine, il n'est pas nécessaire d'avoir une croyance religieuse, il suffit d'être humain !"


(G.H. / 14/06/04 - 14h43)


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