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S.O.S. Prêtres abusés


La vie volée des prêtres

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Cette page s’adresse plus particulièrement à ceux qui sont, paradoxalement, les premières victimes de la religion, les prêtres eux-mêmes. Par une habile manipulation et un endoctrinement en forme de lavage de cerveau, l’Eglise leur a volé leur vie. En toute bonne foi, ils ont d’abord pleinement adhéré à la religion, ont même contribué à perpétuer son emprise sur l’homme. Puis, parfois, un jour ils se réveillent, hélas trop tard et ne peuvent que constater qu’ils sont prisonniers d’un système dont il est très difficile de s’évader.

Les prêtres ne sont pas les seuls concernés, tous les "permanents" de la religion, tous ceux qui donnent leur vie à à un dieu, sont dans le même cas.

L’idée de cette page m’est venue à lecture d’un livre découvert par hasard dans un marché aux livres anciens et d’occasion : Journal d’un prêtre de Paul Jury (1878 – 1953).

L’auteur est un prêtre, jésuite et psychanalyste qui, à force d’étudier le christianisme, de le pratiquer et de côtoyer le clergé, est devenu sceptique et incroyant. Il faut beaucoup de force de caractère et de courage à un prêtre pour s’affranchir ainsi de la religion, en s’appuyant sur un rationalisme méthodique.

Paul Jury est décédé avant d’avoir achevé son œuvre. Il a confié à son secrétaire et compagnon de ses dernières années, André Michel, le soin de la publier. Le «Journal d’un prêtre», édité en 1956 (NRF Gallimard), est constitué d’un ensemble de notes, de pensées, plus ou moins bien rédigées, parfois redondantes, sans qu’il y ait toujours un ordonnancement logique des thèmes abordés. Le témoignage de ce prêtre est cependant d’une grande pertinence et ne laisse pas indifférent.
S’appuyant sur son expérience de psychanalyste, il démonte avec précision le mécanisme qui conduit au sacerdoce : le rôle de la mère, de l’Eglise et expose sans fausse pudeur le problème de la sexualité des prêtres. Au final, il y a le réveil douloureux et plein de remords. Apparaît alors le vrai visage de l’Eglise Catholique révélé de l’intérieur par quelqu’un qui, pendant la majeure partie de sa vie, a contribué, de bonne foi, à «la plus grande escroquerie de l'histoire» sic. Dans un élan parfois utopiste, Paul Jury expose également sa vision de ce que devrait être le rôle du prêtre dans la société. On peut cependant regretter que l’auteur n’ait pas exposé dans ce livre sa position par rapport à Dieu, mais ce n’en était sans doute pas l’objet.

Quelques extraits particulièrement significatifs vous sont présentés sur cette page.
(Nota : les regroupements proposés résultent d’un choix personnel)



Sommaire


Introduction

(Pensée n°1, page 69)
Je me décide à écrire mon livre sur le prêtre. Si je n’ai pas le temps de le composer, tant pis. Je l’aurai tout de même fait, rien qu’en écrivant au jour le jour mes réflexions.

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Le problème de la sexualité

(Pensée n°2, page 71)
Autre raison que vous avez de l’ignorance du prêtre. La sexualité. La sexualité est au nœud de toute existence sacerdotale. Et cela on le cache. Songez, ce serait ignoble de penser que ces surhommes, ces anges, ont des corps et qui pèsent terriblement. Pourtant, c’est là le vrai, le simple vrai, le quotidien le plus quotidien. Qui osera le dire, du public ou des prêtres ?
Ce sexuel est si important qu’on le cache, qu’on doit le cacher.
Le prêtre se cache, le prêtre est secret. Il ne parle jamais de la seule chose qui l’occupe. Il a honte le malheureux. Toute la cohorte sacerdotale, toute la hiérarchie en bloc, sans une fissure, jette un voile sur le confrère. Dieu sait si l’autorité est hantée par ce problème, si elle tremble chaque jour de se réveiller ayant à parer un scandale…
Les fidèles ne sont pas moins zélés à ce jeu de cache-cache : tout ça c’est des calomnies ! Quand ils ont la preuve que c’est vrai, ils disent : « C’est une exception. » A ce titre, ils se taisent, étendent un rideau de fumée protectrice, pour qu’on n’égare pas de soupçons sur les autres, sur l’ensemble qui lui est pur. Les fidèles, dans beaucoup de pays, représentent une énorme clientèle même de la presse dite indifférente et prétendue rationaliste. Celle-ci n’aurait garde d’écarter un si profitable cheptel. L’argent n’a pas d’odeur. Alors, les journaux, sous prétexte d’être élégants, de ne pas blesser de respectables convictions – et aussi parce que la direction, incrédule par situation, est au fond, prête à se confesser au premier rhume – les journaux, dis-je n’abordent pas le sujet prêtre si ce n’est pour en dire des choses banales, lénifiantes, insignifiantes, idiotes à vrai dire.
Le prêtre s’ignore, voilà le secret des secrets. Ça a l’air absurde, c’est pourtant la plus simple évidence.
C’est que le prêtre est par essence un refoulé.
Celui qui connaît le refoulement selon Freud, s’explique tout.
Le prêtre répond dans l’ordre masculin à ce qu’est chez les femmes, la femme frigide.

(Pensée n°26, page 103)
Quel est le nœud de la vocation sacerdotale ?
Le célibat, la continence. Le jeune homme sait qu’il doit renoncer à la femme, à la sensualité, à l’amour. C’est-à-dire, à ce qu’à son âge on convoite le plus au monde. Il vivra au dessus de lui même, se jettera par dessus bord. Fait horrible, considérable, il cessera de vivre, de vouloir vivre plutôt, car jusqu'ici il n'a guère fait que d'espérer vivre, attendre l'heure où, devenu adulte, il sera enfin à lui même. Non, lui dit on; renonce à jamais à être à toi comme ton père, reste enfant. Toute ta vie, une bonne te fera traverser la rue.

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Les conditions réunies de l’homosexualité

(Pensée n°16, page 93)
La mère (du futur prêtre) a horreur de l'homme, cette horreur se manifeste par une grande force contre l'homme.
Le père est féminisé, il lutte contre la femme non par la brutalité apparente, mais par des moyens subtils qui agissent sur son sentiment de culpabilité. La mère s'acharne à tuer dans son fils ce qu'il a de force. Plus il est fort, plus elle est brutale. Cette mère ne supporte que les filles ou les garçons débiles: eux l'émeuvent. L'enfant qui souffre répond à son idéal sexuel, excite aussi sa culpabilité et l'incline à réparer le mal qu'elle a fait (à son mari).
Le fils en grandissant n'a pas un père capable de lui donner l'exemple des révoltes salutaires. Au besoin, ce faible collabore avec la mère castratrice : il l'oriente vers des activités plutôt contemplatives. Il en fait un intellectuel, un artiste, cette activité s'accommodant mieux de la passivité que d'une vraie activité virile : les combats de la vie.
Le fils s'attache plus à son père qu'à sa mère. Aussi sa sexualité s'oriente vers les hommes sans qu'il s'en doute. Cet état de choses ne nuit pas toujours au développement intellectuel, mais certainement au développement affectif, sexuel. Lui qui devait entrer en compétition avec les hommes et surtout son père, réprime son agressivité. Quand il en ressent un peu, grave culpabilité, il tend à s'en punir d'autant plus qu'il s'est plus détourné de sa voie et a exalté l'amour du père, aux dépens de celui de la mère. Ce qui pourrait un jour le rendre père est mis en échec comme si être homme et père, c'était supprimer le père. Il reste enfant et efféminé pour être épargné. Il prend une peur de plus en plus grande de la virilité de son père qui lui apparaît énorme. La moindre manifestation énergique de sa part et d'un adulte le jette dans une crainte extraordinaire. Aussi il prend et garde la robe pour servir Dieu le Père. Il cherche à gagner son amour pour être épargné au Jugement.
Ces craintes, il ne les avoue pas. Elles sont d'autant plus cachées que le garçon efféminé, inapte à regarder la réalité en face, tend à l'idéaliser. Il est plus commode de prendre ses faiblesses pour des vertus, surtout quand cela répond à un idéal de l'époque et comporte de multiples avantages.

(Pensée n°56, page 137)
Le docteur P.... psychanalyste, m'a raconté: « Un protonotaire quelconque vient me trouver: « Je suis pédéraste pratiquant. J'en ai des remords. J'ai eu des histoires ennuyeuses; je voudrais changer. On dit que les psychanalystes ont des moyens... »
Oui, Monseigneur. Mais je dois vous avertir que je ne fais pas de miracle : je ne puis vous arracher à la vie sexuelle. Je ne puis que vous faire changer d'objet. Vous aimez les garçons, vous aimerez les filles. C'est plus normal, ça fait courir des risques moindres.
Les femmes? Jamais, je suis prêtre! »
Là dessus, le violet s'enfuit et court encore. Il préfère le vice à la femme, car la femme c'est le Mal absolu, le reste est faiblesse, matière à miséricorde.
Ah! dit X... qui nous avait écoutés, tu parles de ce pauvre Monseigneur...? Il a couru tous les psychanalystes de Paris. P... n'aurait pas dû lui dire où il le conduirait. Où il en était, il ne pouvait songer à quitter ses garçons pour courir aux filles. On prend le malade comme il est pour le rendre ce qu'il doit être. Lui indiquer trop tôt le but, c'est corser ses résistances. Ce qui l'a conduit où il est tend à l'y maintenir.
A... me raconte d'un nouveau nonce : Il avait voulu entrer dans le comité de l'Oeuvre d'Orient; nous l'avons écarté: il est pédéraste pratiquant. Eh bien, on en a fait et on savait qui il était un nonce! Nonce, cardinal et Italien, il pourrait bien être pape, un jour!
Je suis obligé de le dire, ayant longtemps écarté par ignorance cette idée. Mais il est trop sûr que L’Église, qui fait tant de manière devant le péché de la chair, accepte volontiers de purs cochons parmi les hauts dignitaires de L’Église, leur faire porter les oriflammes du Seigneur.

(Pensée n°59, page 40)
Comment la vie de séminaire nourrit l'homosexualité.
Le collège jusqu'à vingt-quatre ou vingt cinq ans.
L'homosexualité existe chez le prêtre. Elle n'est pas un accident chez lui, elle est nécessaire. Ce qui est accidentel, c'est l'hétérosexualité, la sexualité normale; voilà ce qu'il faut comprendre.
Je heurterai tous les prêtres, je ne dis pourtant que des banalités psychologiques. Le malheur est qu'elles sont ignorées du clergé. Elles ne le seront heureusement pas toujours.
En fait, il y a beaucoup de cas d'homosexualité réels dans le clergé. Beaucoup trop. Ça devrait attirer l'attention.

(Pensée n°78, page 169)
Ce qu'il y a, d'extravagant, c'est qu'on nous somme d'avoir à garder la continence au nom de la Vierge Marie qui a eu un mari, Joseph, et sept enfants, cinq garçons : Jésus, Jacques, José, Jude, Simon (Mc, VI, 3; Mt., XIII, 55) et au moins deux filles.
Ce qu'il y a d'énorme, c'est qu'on nous impose la continence au nom des Apôtres qui ont tous été mariés (I Cor.).
Sauf un, Paul, qui ne s'est pas marié parce qu'il attendait la fin du monde et qu'il avait d'ailleurs une grâce particulière que tous n'ont pas reçue.

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La vocation : le rôle de la mère

(Pensée n°15, page 87)

Cette femme, en jalouse, surveille les vicaires, si étourdis, si piaffants. Elle se méfie de leurs relations, elle coupe court aux intrigues des jeunes filles qui papillonnent et séductionnent autour d'eux. Elle défend en eux cette pureté qu'elle aime par dessus tout. C'est qu'elle aime le prêtre parce qu'il est pur, sentimental, délicat. Elle l'aime pour tout ce qui faisait qu'elle détestait son mari et l'homme, Elle l'aime parce qu'il n'est plus un homme et elle veille à ce qu'il ne le redevienne pas par quelque voie indirecte.
« Comment, disait l'une d'elles, ne vous aimerait-on pas? Vous êtes les seuls qui apprécient les femmes pour autre chose que leurs corps, pour leur coeur, leur âme, leur dévouement. Ce que nous avons tant le désir de donner, ce que nous donnons avec tant de bonheur, les hommes ne l'apprécient pas, ne l'aperçoivent même pas, eux qui n'aiment que ce que nous détestons en nous. »
Mais il n'y a pas de curé ou de vicaire qui tienne.
Elle aime surtout son fils. Son fils qui est sa chair et qu'elle aime parce qu'il est pur, innocent!
Ah! Le garder, le conserver pur, toujours, voilà son rêve. Elle le fait donc vivre dans un milieu pur, c'est à dire faux, irréel. Elle veille sur tout. Dans la petite enfance, elle impose la plus stricte pudeur, évite toute rencontre, tout regard, toute familiarité avec une fillette. Elle surveille les garçons eux-mêmes. Il faut que le fils ne puisse rien savoir, c'est-à dire ne rencontre rien qui l'instruise.
En même temps, il faut qu'il ne puisse rien chercher. Elle l'enveloppe pour qu'il ne pense qu'à sa mère. Tu m'aimes? Tu n'as besoin que de ta maman. Elle te suffit. Quand on a une mère! Une mère qui pense à toi, qui ne vit que pour toi. Tu ne la quitteras jamais, hein, ta maman? Cela d'une voix qui roule jusqu'au fond de l'âme.
Elle lui montre des joies, mais aussi lui en cache d'autres qu'on lui présente de façon à lui faire peur. Elle lui cache ses camarades, ils sont grossiers, brutaux, désobéissants, voyous! Tu seras un bon élève, un bon enfant, tout le monde voit comme tu es propre, bien mis, travailleur, obéissant! On l'attache à ne vivre que pour l'opinion, la façade. Et quand il y a une faute, comme on la fait regretter : Tu as affligé ta mère. Oublions le, veux tu? Sur le ton d'une chose inoubliable. Reprends toi : la moindre chose, l'acte le plus normal pour un garçon est flétri de façon à marquer la vie. Il y a peu d'éclats, mais des dessous indéfinis, des souvenirs ineffaçables de fautes d'ailleurs confuses et d'autant plus virulentes. Et la joie d'être ensemble! Comme on se passe des autres! Un jour tu me quitteras? Les garçons sont ingrats : ils ne comprennent pas les sacrifices des mères. Ils vont ailleurs.
- Non, maman, je ne le ferai pas, se dit l'enfant, qui pense qu'aimer une autre que sa mère est un crime, le crime d'ingratitude par excellence autant que d'impureté.
La mère lui apprend le plaisir de parler à Dieu, d'aller à la messe (nous y allons ensemble, Dieu nous y soutient, Il est notre Père), de voir M. le Curé, M. le Vicaire, d'aller au patronage (pas trop), d'y rendre service, d'y être moniteur, ah oui, d'y avoir des prix; on s'occupe des études, même si on ne sait rien, on a l'oeil : c'est bien écrit. On est flatteur : «Tu es pour les études, pour les livres, toi!»
On fait l'éloge de M. le Curé, des prêtres. Ah! Ce sont des hommes, ceux là, si distingués, si savants, si bons. L'enfant n'a pas d'autre idéal.
L'enfant aime à dire la messe, on s'empresse de lui faire un surplis, une soutane. Il dit un jour «J'aimerais dire la messe.» On enfile cette voie. On lui rappelle le mot. Il semble qu'il n'ait ainsi voulu que cela. On lui montre le bien que fait le curé, l'importance qu'il a : il est roi dans la paroisse, et alors l'enfant dit : «Je voudrais être prêtre.»
On dit : «Tu feras ce que Dieu voudra, on ne sait pas. Il faut prier. Prions.» Et tout en disant: «Oh! Je ne lui en parle jamais, je ne voudrais pas le pousser. Que la volonté de Dieu se fasse», on ne pense qu'à ça, on oublie le reste, les autres désirs, les autres tendances. On pousse tout ce qui va à ça, un coup de pouce, on écrase soigneusement ce qui pousserait dans un autre sens. On a une excuse : il l'a dit. Dieu lui a parlé, je ne le pousse pas, mais je soutiens sa vocation.
On lui dit : «Tu as du goût pour les études.» Pourquoi n'en aurait il pas, puisqu'on lui enlève tout le reste : les batailles entre garçons, la campagne et ses animaux si peu chastes! Les camarades qui ne songent qu'à gagner de l'argent de leurs mains. On lui fait peur de tout ce qui n'est pas un bureau, des plumiers, du buvard, des gommes. On lui fait prendre des leçons du vicaire, qui, dans les intervalles, en fait son commissionnaire, « son vicaire », lui fait connaître ses amis, les autres vicaires du pays. Dès l'enfance, le gosse pousse cléricalement, si bien que peu à peu il ne fera rien à la façon des autres gamins de son âge. Le pli est pris. Il ne connaît que la soutane, bien que ne l'ayant encore portée que rouge. Le reste est inconnu, effrayant, car le reste, c'est le monde, l'intérêt, l'impureté, le profane, le danger pour l’âme, la damnation.

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La vocation : le temps du séminaire et de la sexualité refoulée


(Pensée n°15, page 89)

On le met, puisqu'il a du goût aux études, puisqu'il sait ses déclinaisons, que c'est gratuit et si édifiant, si pur, au petit séminaire, oh sans engagement, non! Au petit séminaire, il découvre des choses dont sa mère ne se doute pas que les petits séminaires sont pleins. Les enfants entre eux font des cochonneries, n'ont pas d'autre souci que de déniaiser les nouveaux, de leur apprendre ce que les maîtres appellent des «mauvaises habitudes». Les surveillants, les professeurs ont beau leur faire la chasse, plus ils la font, plus les mauvaises habitudes fleurissent, solide chiendent. On finit par les découvrir, mais il faut des prêtres, aussi ferme t on les yeux, tout en croyant que c'est épouvantable. Les enfants avancent dans la direction du grand séminaire. Le grand point est de garder ceux qui se sont fourvoyés une fois dans l'accueillant bercail de Monseigneur. On les garde malgré vices, mensonges, hypocrisies, lâcheté, paresse, bêtise. Le petit garçon, heureusement, s'est défendu, ne veut pas savoir, se réfugie auprès d'un prêtre ami, il passe à peu près indemne. Mais seul il se tripote, il a des poussées de sève. Il découvre la masturbation avec délices, il rêve de jambes de garçons ou de filles indifféremment, car voilà le malheur, son éducation est bisexuelle. Il a des amitiés brûlantes. Le confesseur est indulgent. Entre garçons ce, n'est pas dangereux. Mais il insiste sur le détachement du coeur. D'ailleurs, le brave homme chargé de conduire les âmes, que connaît il aux trois voies qui sollicitent ses pupilles? Ou l'enfant n'aime personne. Alors il est parfait: il travaille, ne pense qu'à soi. Nul n'envisage qu'il y ait danger qu'un prêtre soit égoïste, sans coeur. Ou il aime ses camarades et il devient doucement homosexuel. Là encore tout va bien. L'essentiel, le fin du fin de la vertu pour le prêtre, c'est de n'aimer pas les femmes. Les leçons de la mère servent. On n'aime que sa mère, une femme asexuée. Si, malgré tout, on rêve à des jambes mal protégées par les jupes si courtes aujourd'hui aperçues à l'église, sur la place, au lit on les imagine à loisir, ces jambes, on se mêle à elles, on y trouve des langueurs divines où traîne une culpabilité dont on se dit qu'il faudrait bien en parler à la confession, mais est ce possible? Ah! Que la vie est difficile! On est élevé dans le silence de ces choses. On y pense beaucoup mais on n'en parle jamais.
Un jour vient où la pollution jaillit. Quel émoi! En parlerai je enfin? Mais non, c'est venu sans qu'on l'ait prévu ni voulu. Et l'émoi passe. Après avoir été convulsivement effrayé, on est pris du désir de reproduire ça. On se rappelle et ma foi très bien comment c'est venu, les images où l'on se complaisait, le livre qu'on lisait, le geste que l'on faisait, et ça revient. Cette fois on abandonne, on appuie, on recommence.
Dans l'intervalle, au petit séminaire où l'on ne parle que de sacerdoce, ces messieurs vous traitent tous comme si vous étiez déjà prêtres, on trouve un saint, un homme bon, qu'on admire, on veut être comme lui : on le lui dit et il vous prend en amitié. Un jour on dit à l'oreille de sa mère en rougissant : Je veux être prêtre. La mère qui est arrivée à ses fins prend un air désintéressé : Tu y penseras plus tard, mon chéri, en ce moment on ne sait pas encore. Il faut la grâce de Dieu. Mais désormais cette grâce on la demande, on en parle peu mais bien. Le mot : quand tu seras prêtre, revient souvent. N'en parle pas. Les gens n'ont pas à savoir, c'est entre nous. Et on fait des rêves d'avenir. Je tiendrai ta maison. Je t'achèterai un bureau. Tu auras tes livres, ton jardin. Je ferai ton patronage ou le choeur... Nous travaillerons ensemble, qu'on sera heureux!
Mais voilà, la nature a parlé; le garçon a beau vouloir ne pas entendre, ne pas comprendre, un jour il apprend que les mauvaises habitudes sont un péché. Ce n'est pas permis. Il les combat, mais flûte, c'est plus fort que lui. Il faut se confesser mais il n'ose. Il est seul au monde à avoir ça. Et il communie. Confession et communion sacrilèges. Enfin, il en parle à la retraite. Le confesseur ne sait que dire. Il faut lui dire : Vous n'êtes pas fait pour le sacerdoce, un prêtre n'a pas de vie sexuelle, et quel confesseur prend sur lui d'exclure un candidat par ailleurs bien doué, docile, travailleur, pieux? Il lui dit : Priez bien la Sainte Vierge, ne pensez pas à ces choses, ce n'est rien. Le jour vient où il lui laissera entendre que modérément ce n'est rien. Masturbez vous sans y penser, sans fantasme. Le confesseur sait bien qu'il en fait autant. Mais le jeune homme se dit : Si je décide de me marier, que diront mes camarades, mes professeurs qui m'estiment? Ils se diront : Il est vicieux, la femme l'a saisi. Quelle perte de face! Et ma mère? J'en aime une autre qu'elle. Et ce rêve que nous avons fait de vivre ensemble? Je l'ai trahie, je la tue. Et avoir à rougir devant elle! Car elle le saura. Souviens toi de ce jour où elle a fait une remarque sur ta chemise et une autre fois sur les draps. Tu as fait l'idiot, mais tu as compris et tu en as eu une honte inexprimable. Lui dire, à elle qui t'admire, qui a fait fond sur toi : je renonce, je n'ai pas la force, je ne suis pas pur. Mais elle n'acceptera pas une autre femme. Il faudra la fuir, pour emmener sa femme, et elle mourra d'isolement, de dégoût, de désespoir, elle qui n'a vécu que pour moi, moi qui lui ai promis de ne vivre qu'avec elle, c'est à dire pour elle.
Un peu que le confesseur ferme les yeux, encourage ou retarde les résolutions, on reste et on finit par être engagé. On ne peut se dédire sans héroïsme, sans tout briser. Il n'y a que cette route ouverte.
Elle est triste maintenant la voie de la perfection, plate, ce sont les travaux forcés à perpétuité. On a été engagé, on y est, on reste. Et toujours à côté de nous la mère avec laquelle on ne parle plus. On ne saurait lui dire la vérité : elle nous admire et nous sommes ignobles, impurs, hypocrites, sacrilèges, menteurs. Elle nous croit heureux, nous sommes désespérés. Un jour peut venir où cette vie paraît ce qu'elle est, haïssable, fausse, impossible; le sacerdoce est une blague, une fausse prétention, on cesse de croire, on continue quand même, mais comment voulez vous parler avec la mère qui croit que tout y est bien, que tout y est vrai.
Et qui sait si cette mère toujours aux aguets ne se rend pas compte du crime qu'elle a fait, et si, son fils lui disant : Je quitte tout, elle ne dirait pas : Tu as raison, pars, je te suivrai.
Quand Renan quitta tout, sa mère, l'ayant appris car il s'était caché d'elle , l'approuva plutôt que de le voir souffrir injustement. Qu'un évêque écrivît un mandement contre la Vie de Jésus, la vieille qui continuait d'aller à la messe, écrivait au prélat pour protester : son fils était un saint (ce qui était vrai) et l'évêque méchant (ce qui était encore vrai).

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La vocation : la souricière

(Pensée n°25, page 102)

Ce que tu veux être, sois le; voilà la vocation.
Ceux qui veulent des prêtres essaient par tous les moyens d'amener leurs hommes à endosser le sacerdoce. Quand c'est fait, ils les tiennent.
On ne regarde pas un instant ce qu'ils sont, pour voir s'il est dans la ligne de leur développement normal et facile de donner un prêtre. Non, on l'amène par la séduction, l'illusion systématiquement cultivée, à s'engager, qu'il le veuille ou non, dans le sacerdoce. Quand il y est, on dit : Tu y es? Il faut bien y rester! C'est le principe de la souricière qui n'a jamais été qu'une façon de tuer les rats. On n'amène pas ainsi à être marin (on le faisait autrefois : on faisait du recrutement par les pires procédés, les sergents recruteurs n'ont pas laissé une bonne réputation), commerçant, industriel, peintre, musicien, explorateur, écrivain, politique, n'importe quoi. On étudie les goûts du sujet et on ne cherche qu'à les approfondir en les satisfaisant, car c'est ainsi qu'on les amènera à donner un excellent bien.

(Pensée n°25, Page 103)
Le curé malgré lui.
On le met au petit séminaire sans qu’il sache ce qu’on veut de lui.
On le tient sous cloche, que personne ne le touche, ne lui enseigne rien. Gardons-le en serre le plus longtemps possible.

(Pensée n°27, page 104)
Sois un surhomme, un saint, un ange; un homme, jamais.
Cette vie est extraordinaire. Elle est surnaturelle, toute de foi, de grâce, de miracle. Elle ne ressemble plus à sa vie passée, à la vie des autres non plus. Toute la vie est maintenant ferveur, austérité, amour de Dieu. Il rêve sur la vie des saints, où les hommes passent leur temps à bafouer ce que les autres aiment : L’argent, le pouvoir, les honneurs, la femme, la paresse. Ces saints, il les imite sans avoir l'occasion de toucher la vie réelle : il est dans la «réduction» du séminaire, monde factice au possible : sans femmes, sans sorties, sans contacts, atmosphère surchauffée. Il imite au hasard des détails.

(Pensée n°30, page 107)
La vocation.
On cherche des prêtres. Pourquoi?
C'est que ce n'est pas drôle d'être prêtre. Aussi doit on faire de la propagande, du racolage. On a dessein de tromper les gens par cette propagande.
On cherche les prêtres chez les pauvres, chez les candides, chez les enfants.
On les lie ensuite par l'honneur : Tu es engagé, tu ne peux plus reculer! Plus ils ont d'honneur, moins ils s'en vont. On fait de ceux qui restent des hallucinés ou des hypocrites.

(Pensée n°32, page 110)
Ce bon système (celui du sergent recruteur des armées d’autrefois) s'applique au sacerdoce.
Un homme habillé en violet ou de réputation d'un saint fait de la retape. Les mamans pauvres qui ont un idéal (la mère d'un curé est toujours au dessus de sa condition) offrent leur fils. Ça répond à leur idéal et on peut être sûr qu'elles collaboreront à l'oeuvre du séminaire.
On met l'enfant, qui n’y entend encore rien, au séminaire, cela est essentiel, exactement comme de saouler le petit paysan à engager. On le met dans un milieu faux, chargé de tenir l’enfant le plus longtemps possible dans l'ignorance. On lui cache le réel, c'est à dire la continence, horrible prison. On lui montre le sacerdoce sous son meilleur jour : volonté de puissance, tu prêches, tu réconcilies les pécheurs, tu conduis les âmes, tu règnes sur une paroisse, cinq cents, mille personnes, tu es quelque chose comme un colonel spirituel. Tu as la plus grande maison du pays, un monument historique comme piédestal. On lui prédit le nid, un presbytère douillet, jardin, confort, la mère pour servante et adoratrice, les saintes femmes du bourg lui assurant du poulet. On l'initie à la musique, aux études, voluptés de garçon. Il a des prix, il voit briller au loin la mitre ou l'auréole de saint, selon les natures. Il s'amuse à la messe, à la soutane, à prêcher...
L'enfant mord, ne voyant que du sucre, se déclare, s'affiche devant les gens, les camarades, la famille. Il sera prêtre, il est déjà prêtre : tout le monde le sait, l'a enregistré. Déjà on l'admire, on le vénère. On fait pour lui des exceptions.

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