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Actualité de l’exorcisme
et de la possession diabolique
dans l’effort de prosélytisme catholique

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par Eric Timmermans  -  11/04/2005

"A la mémoire de mon père, Georges Timmermans".



Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.

Sommaire
  1. Le retour des exorcismes catholiques, entre anti-satanisme et anti-paganisme
  2. L’exorcisme dans la tradition chrétienne
  3. Les esclaves du Diable
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"...car, pour grandes que soient ces Ecritures, lumineuses, profondes, sublimes en leur vérité, leur beauté et leur puissance jamais surpassées, il n’en est pas moins vrai que seule l’âme ignorante se fait l’esclave d’un livre..."
(Trois Upanishads – Isha, Kena, Mundaka, Shri Aurobindo, Albin Michel, 1972, p.220)


1 - Le retour des exorcismes catholiques,
entre anti-satanisme et anti-paganisme


Jeudi 17 février 2005, une centaine de prêtres et de séminaristes, étudiants en théologie, ont suivi le premier cours sur le satanisme et l’exorcisme jamais organisé au monde. Sept cours de trois heures doivent être organisés dans le cadre d’un séminaire entre le 17 février et le 14 avril 2005. Ledit séminaire, qui porte le nom d’ "Exorcisme et prière de libération", sera organisé à l’Université pontificale Regina Apostolorum par la congrégation des Légionnaires du Christ.

Cette action a pour but avoué de contrer le développement de la mode sataniste dans la musique, l’habillement et les objets, et de faire face à l’essor de l’occultisme, de la magie et des "expériences mystiques". Le séminaire a encore pour objectif de préparer les prêtres et les séminaristes "à discerner les vrais cas de possession diabolique des cas de troubles psychiques afin de les adresser aux exorcistes", affirme, sans rire et vraisemblablement très sûr de sa propre santé mentale, le père Paolo Scafaroni, recteur de l’université précitée… (1)

Cette information n’étonnera toutefois que ceux qui ont cru en la mutation fondamentale de l’église catholique au lendemain de Vatican II (1962-1965), et ont été abusés par certaines de ses fausses promesses réformatrices.

"En 1999, l’église catholique a défini un nouveau rituel des exorcismes, multiplié le nombre des prêtres chargés de la fonction (ils sont passés de 15 à 120 en France), réaffirmé vigoureusement, par la voix du pape, la réalité de l’existence du Malin." nous dit Robert Muchembled dans son excellente "Histoire du Diable" (2).

Pour sa part, feu le pape Jean-Paul II n’a pas hésité à déclarer dans un livre qui lui est attribué et qui est titré "Mémoire et Identité", que l’avortement est une "extermination légale" comparable à la Shoah et aux autres génocides de l’histoire de l’humanité, et que le mariage homosexuel est un instrument du Diable menaçant la société… (3)

Ces récents développements du prosélytisme catholique nous incitent à rappeler aujourd’hui que la notion de "possession diabolique" est à la base des nombreux crimes commis par le catholicisme à l’encontre des prétendus "sorciers" et "sorcières" à travers les siècles, et de la livraison hypocrite et criminelle d’une quantité innombrable d’innocents, dont plus de 80 % de femmes, au bras séculier.

La "sorcellerie", le "satanisme" ne sont que les noms que l’église catholique a donné aux survivances des anciens cultes païens et ils ne sont aujourd’hui synonymes de "mal absolu" que du seul fait de l’interprétation malfaisante et calomnieuse de ces traditions anciennes par la religion chrétienne.

Certes, une certaine jeunesse, d’ailleurs souvent avide d’informations mythologiques, mais maintenue dans l’ignorance tant par le christianisme que par un certain nihilisme consumériste en vogue, s’est égarée dans les méandres d’un formalisme satanique inventé par le christianisme et véhiculé par des individus tels que Collin de Plancy (4) ou l’abbé Migne (5), pour ne citer que ces deux exemples.

Ne confondons toutefois pas, à la suite du Vatican, les démarches religieuses païennes, présentes ou passées, l’adoration de Dionysos ou même de Satan – le droit à l’adoration du Diable fait également partie de la liberté d’expression - ou encore certaines provocations juvéniles (croix retournées, t-shirt 666 et autres étoiles à cinq branches sur vêtements sombres), avec une forme de délinquance (profanations, meurtres rituels…) vaguement orgiaque et ultra-minoritaire qui se réclame du Diable pour couvrir certains actes répréhensibles et illégaux d’un vague vernis satanique.

C’est pourtant sous le fallacieux prétexte de combattre cette prétendue "menace satanique" que le Vatican tente aujourd’hui de remettre à l’honneur des rituels grotesques absolument indissociables d’un passé sanguinaire dont il prétend hypocritement s’être éloigné, mais sans pour autant avoir jamais renié ceux qui en furent les principaux artisans, de Nicolas Rémy (6) à Pierre de Lancre (7) en passant par Martin Del Rio (8).

Comme le dit très bien Daniel Hulet, citant Maurice Bessy dans sa BD, "L’état morbide" :
"La représentation des démons étant l’expression d’une incompatibilité entre un être et son temps, les dieux d’une époque deviennent les diables de la suivante. La chrétienté reconnut pour des raisons pratiques la puissance des dieux païens pour finir par la qualifier de démoniaque." (9).

Lucifer, aujourd’hui presque synonyme de Satan, est, à l’origine, une divinité romaine lumineuse. Il est l’Etoile du Matin, soit la planète Vénus annonçant l’Aube, pendant de Vesper, qui est, lui, la planète Vénus annonçant le Crépuscule. Belphégor, n’est autre que le dieu moabite Baal de Pégor (Nombres, XXV : 5) , tout comme Belzébuth est une déformation de Baal-Zéboul (2 Rois, I : 3) dont le titre même de "Seigneur des Mouches" a comme but avoué de ridiculiser cette ancienne divinité du panthéon cananéen. Le nom d’Eurynome se retrouve par on ne sait quelle voie tortueuse, associé dans le "Dictionnaire Infernal" (1863) de Collin de Plancy, à l’image d’un diable cornu, alors qu’Eurynomé, dans la Tradition hellénique, est l’une des toutes premières divinités ; elle est née de l’union d’Océan et de Théthys, et Zeus lui-même tombera amoureux d’elle. Derrière le démon Huccan, cité dans la "Vie armoricaine" de saint Hervé, il faut trouver le visage du dieu Lugh-Lugos. Derrière le nom d’Hellequin, dans lequel tous les théologiens s’accordent à trouver une image du Diable (10), il faut trouver le nom du germanique Odin-Wotan. Les exemples de ce type sont innombrables !

Et relevons encore, à ce propos, l’information suivante, qui concerne des divinités celtiques dans la région de Luxeuil : "La Terre Abbatiale de Luxeuil connut aussi un très grand nombre d’affaires de Sorcellerie. La Sorcellerie y avait déjà eu ses grands jours en 1529 avec le procès Inquisitorial de Desle la Mansenée. Presque soixante-dix poursuites de sorciers devant la justice furent opérées de 1620 à 1630. Un très grand nombre de condamnations à mort furent prononcées. Nous avons vu plus haut (1re Partie, chap. II) les causes sociales de cette épidémie de Sorcellerie et le nom même du Bois de Serve où se tenait l’un des Sabbats du pays est une précieuse indication à ce sujet, de même que les contrées orientales boisées voyaient le plus grand nombre des assemblées nocturnes démoniaques. Enfin les cultes celtiques de Sirona et Bricia, divinités des Sources, assuraient en face du pouvoir ecclésiastique haï, la permanence d’une tradition païenne disparue s’opposant à la religion catholique dominante." (11)

Pour rappel, Sirona, dont le nom, qui signifie "la Stellaire", nous est également connu sous l’orthographe "Thirona", est une déesse celtique dont on retrouve la trace non-seulement à Luxeuil et dans d’autres régions de France, mais aussi en Allemagne, en Suisse, en Roumanie, en Italie et en Autriche. Quant à "Bricia", il faut en fait lire Bricta ou encore Brixta. Elle est connue à Luxeuil sous la forme Brixtae (CIL XIII 05426), alors que Sirona y est connue sous la forme Sironae (CIL XIII 05424). (12)



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Voir un autre texte d'Eric Timmermans : Pazuzu's Advocate



Notes :

(1) D’après AFP et Belga.

(2) Une Histoire du Diable, XIIe – XX e siècle, R. Muchembled, Seuil, 2000, p.9.

(3) D’après Reuters.

(4) Jacques Collin de Plancy (1793-1887) : Libre penseur, Jacques Collin de Plancy écrit plus de 80 textes sur l’occulte et les superstitions. En 1825, il publie un "Dictionnaire infernal" dont Victor Hugo se serait inspiré pour "Notre-Dame de Paris". Il vit à Bruxelles, de 1830 à 1837. Cette même année, il doit faire amende honorable et abjurer ses écrits. D’anticlérical Plancy devient catholique fervent, moins du fait d’une quelconque "grâce" que par opportunisme. Il marche sur les traces de l’abbé Migne et remanie complètement son "Dictionnaire infernal" en 1863. Agrémentée de nombreuses gravures, cette édition se révèle être un véritable ouvrage de propagande catholique visant à faire croire en l’existence des démons.

(5) Abbé Migne : Auteur, notamment, d’un "Dictionnaire des sciences occultes" (1860) , ouvrage de propagande catholique qui vise à accréditer la thèse de l’existence du Démon et dépeint certaines croyances et divinités païennes (ex. : les Cabires) sous des traits démoniaques.

(6) Nicolas Rémy (décédé en 1616) : Avocat, historien et diplomate, il avouait avec fierté ses 3.000 condamnations à mort. Seuls les enfants étaient épargnés par sa "justice" inquisitoriale, mais toutefois les faisait-il malgré tout fouetter et les obligeait-il à danser ou à courir autour du bûcher de leurs parents. Auteur de la "Démonolâtrie" (1582) .

(7) Pierre De Lancre (1553-1631) : Grand érudit et poète de talent, De Lancre passait pour goûter "fort le bal et la vie de société". Auteur du "Tableau de l’inconstance des mauvais anges et démons". Le même De Lancre se distinguait par ses condamnations impitoyables dans le cadre des procès de sorcellerie. Il se chargeait lui-même des recherches de la "marque diabolique" dans les "parties très secrètes" des jolies femmes. On lui attribue 500 condamnations à mort.

(8) Martin Del Rio (1551-1611) : Ce jésuite , théoricien de la démonologie, pratiquait neuf langues. Il fut procureur général au Conseil de Brabant. Auteur de "Controverses et recherches magiques" qui influencera les juges chargés des affaires de sorcellerie jusqu’à la Révolution. Il recommanda de se montrer impitoyable à l’égard de toutes les personnes convaincues de sorcellerie, y compris les enfants, et mit en garde les juges contre toute clémence qui les mettrait en état de péché mortel.

(9) L’état morbide, acte premier : la Maison-Dieu, Daniel Hulet, Glénat, 1987, p.33.

(10) Le Charivari, Henri Rey-Flaud, les rituels fondamentaux de la sexualité, Payot, 1985.

(11) La Sorcellerie, Jean Palou, Que sais-je ?/PUF, 1960, p.79 (cf. F. Bavoux, Hantises et Diableries dans la Terre Abbatiale de Luxeuil, Monaco, 1956) .

(12) Répertoire des dieux gaulois, Nicole Jufer et Thierry Luginbühl, Errance, 2001, p.31, 62, 63 et 66.



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