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Comparaison entre la conception islamique
et la conception occidentale de la loi
et son impact sur les minorités

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par Sami Aldeeb  -  07/03/2007



Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.


Chapitre IV. Comment résoudre le problème de la loi islamique

Nous allons inéluctablement vers une confrontation générale entre la conception laïque occidentale de la loi et la conception judéo-musulmane. Comment est-ce que nous pouvons sortir de cette situation et garantir les droits des minorités en conformité avec le principe de l'égalité entre individus, sans discrimination basée sur religion?

Les musulmans et les pays occidentaux doivent répondre à cette question s'ils ne veulent ne pas se trouver devant une situation semblable à celle de l'Algérie (guerre religieuse interne) et ou de l'ex-Yougoslavie (désintégration du pays selon la religion).


1) Réponse à l'intérieur des pays arabes

Il y a différentes tentatives de remédier aux problèmes créés par la conception islamique de la loi. Quelques penseurs musulmans essaient de faire une division entre les deux sources de la loi islamique: le Coran et la Sunnah. Ils considèrent seulement le Coran comme la parole de Dieu, excluant de la sorte la Sunnah et réduisant la quantité des normes couvertes par l'étiquette "loi islamique". C'est la théorie de Muammar Kadhafi, de son compatriote le Juge Mustafa Kamal Al-Mahdawi et de Rachad Khalifa. Al-Mahdawi a été traîné devant les tribunaux durant de nombreuses années parce que son livre intitulé "La Preuve par le Coran" a questionné la Sunnah de Muhammad et quelques normes islamiques. La cour d'appel de Benghazi l'a acquitté le 27 juin 1999, probablement pour des raisons politiques, mais a interdit la distribution ou la réimpression de son livre. Rachad Khalifa a aussi été considéré comme apostat mais il avait moins de chance: il a été assassiné en 1990.

Muhammad Mahmud Taha, fondateur des Frères du Républicain au Soudan, a présenté une théorie qui réduit la portée normative du Coran. Il a considéré seulement la première partie du Coran révélée à la Mecque comme obligatoire, estimant que la deuxième partie révélée à Médine est dictée par des considérations politiques. Il a été condamné par un tribunal soudanais et pendu le 18 janvier 1985.

Le penseur égyptien Faraj Fodah a rejeté purement et simplement l'application de la loi islamique à travers ses écrits critiques et sarcastiques. Il a été assassiné le 7 juin 1992 par un musulman fondamentaliste.

Le professeur Abu-Zayd de l'Université du Caire a essayé une interprétation libérale du Coran. Comme il n'était pas juriste, il n'a pas présenté les conséquences légales de son interprétation. Un groupe islamiste a intenté avec succès un procès pour apostasie contre le professeur Abu-Zayd, pour avoir tenté une interprétation libérale du Coran. Cette affaire a fini devant la Cour de cassation qui a confirmé sa condamnation le 5 août 1996 et a exigé sa séparation de sa femme. Le couple a dû quitter l'Égypte pour s'exiler aux Pays-Bas, de peur d'être tué.

Sur le niveau philosophique, certains penseurs arabes n'hésitent pas à prôner ouvertement l'abandon du concept de la révélation et la désacralisation des livres sacrés. Ainsi le philosophe égyptien Zaki Najib Mahmud (décédé en 1993), adepte du positivisme scientifique, estime qu'il ne faut prendre du passé arabe, comme du présent occidental, que ce qui est utile pour la société arabe. Pour juger ce qui est utile et ce qui ne l'est pas, il faut recourir à la raison, quelle que soit la source examinée: révélation ou non-révélation. Ceci suppose le rejet de toute sainteté dont serait couvert le passé. Les choses doivent être appréciées en pratique, sans falsifier les données historiques ni tomber dans les généralisations. "La clé du vrai aujourd'hui, écrit-il, est de bien digérer cette idée que nous sommes en transformation, donc en mutation; ainsi, le passé ne saurait régir l'avenir". Il ajoute que pour pouvoir construire une société moderne, les pays arabes doivent extirper de leur esprit l'idée que se fait l'Arabe de la relation entre le ciel et la terre, selon laquelle "le ciel a commandé et la terre doit obéir; le créateur a tracé et planifié, et la créature doit se satisfaire de son destin et de son sort".

Husayn Fawzi (décédé en 1988), libre penseur égyptien, tient un discours similaire. Dans la rencontre des intellectuels égyptiens avec Kadhafi le 6 avril 1972, il lui dit que les sociétés modernes ne peuvent être dirigées par la religion. "Que la conviction personnelle y intervienne dans le domaine des rapports humains, cela ne pose pas de problème. Mais que la religion soit l'élément qui dirige la société moderne, cela est exclu. Chacun garde pour soi son rapport avec son Dieu et ses apôtres. Mais cela ne peut signifier qu'un peuple qui va vers la civilisation soit obligé par des principes ou des normes de conduite établis dans des époques autres que celle-ci. Ce que ma raison n'admet pas, je ne peux l'admettre, quelle que soit la pression qu'exerce le gouvernement contre moi. Ma raison est le dirigeant et le maître, au fond du cœur". En fait, ce penseur rejette toute révélation. Lors de ma rencontre avec lui le 8 septembre 1977, il m'a dit que Dieu avait créé le monde en six jours et qu'il s'était reposé le 7ème jour, et continue désormais de se reposer. Par conséquent, tous les prophètes venus après le 6ème jour ne peuvent avoir été envoyés par Dieu.

Cette méfiance à l'égard de la révélation fut déjà exprimée par le philosophe-médecin Muhammad Ibn Zakariyya Al-Razi (en latin: Rhazes; décédé en 935). Il affirme:
    Dieu nous pourvoit de ce que nous avons besoin de savoir, non pas sous forme de l'octroi arbitraire et semeur de discorde d'une révélation particulière, porteuse de sang et de disputes, mais sous la forme de la raison, laquelle appartient également à tous. Les prophètes sont au mieux des imposteurs, hantés par l'ombre démoniaque d'esprits agités et envieux. Or l'homme ordinaire est parfaitement capable de penser par lui-même, et n'a besoin d'aucune guidance de qui que ce soit.
Comme on lui demande si un philosophe peut suivre une religion révélée, Al-Razi réplique:
    Comment quelqu'un peut-il penser sur le mode philosophique s'il s'en remet à ces histoires de vieilles femmes fondées sur des contradictions, une ignorance endurcie et le dogmatisme?



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