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L'évangélisation des Amérindiens du Canada par les Jésuites   -   2/5


Par Georges Timmermans  -  23 juin 2004




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




Les méthodes des missionnaires (suite)


Les Jésuites sont aussi aidés par les Etats européens car la conversion des Hurons favorise les intérêts des colonisateurs.
"Monsieur de Champlain et Monsieur le Général du Plessis Bochatt, nous obligèrent grandement l'année passée, exhortant les Hurons en plein Conseil, à embrasser la Religion Chrétienne, et leur disant que c'estoit-là l'unique moyen non seulement d'estre un jour véritablement heureux dans le Ciel, mais aussi de lier à l'avenir une très étroite amitié avec les Francois lesquels en ce faisant viendroient volontiers en leur Pays, se marieroient à leurs filles, leurs apprendroient divers arts et métiers, et les assisteroient contre leurs ennemis et que s'ils vouloient amener quelques-uns de leurs enfans l'an prochain, qu'on les instruiroit à Kébec [et] que nos Pères en auroient un grand soin".

Les Jésuites créèrent une école religieuse pour sortir les enfants de leur milieu et les éduquer plus facilement, et ils envoyèrent à Québec "une bande de braves petits Hurons, à fin de donner commencement au séminaire, duquel on peut espérer avec raison de grands fruits pour la conversion de ces peuples". Et ils n'oublièrent pas les petites filles, "s'il y avoit à Kébek des Religieuses, je croy qu'on vous pourroit envoyer de petites séminaristes il y a icy quantité de braves petites filles, lesquelles si elles estoient bien élevées ne cederoient en rien à notre jeunesse Francoises".

Les missionnaires ayant réuni les convertis pour prier Notre Dame des Hurons, à la fin d'une neuvaine, la pluie tomba en abondance, ce qui "étouffa toutes les mauvaises opinions (envers les missionnaires)" L'épouvante de la population face à la guerre est un moyen supplémentaire pour "instruire les Sauvages du secours qu'ils doivent attendre de Dieu". Les Jésuites se rendent utiles, distribuent des fers de flèches, reçoivent le secours de quatre soldats français "munis de bonnes arquebuses". Les jésuites aident les Hurons à construire des forts carrés avec une tourelle à chaque coin, dans lesquels les quatre arquebusiers français pourront défendre tout le village. Les luttes inter tribales furent ravivées par le commerce de la fourrure avec les Français, ils devinrent plus puissants que les Iroquois qui eux avaient épuisé les ressources d'animaux à fourrure de leur territoire.

Mais par la suite, des épidémies de variole affaiblirent tellement les Hurons, que, en 1649, les Iroquois, parvinrent à exterminer la nation huronne. En 200 ans, typhoïde, diphtérie, grippe, peste, rougeole, tuberculose, maladies vénériennes et scarlatines firent des milliers de victimes. Comme les chamans étaient impuissants devant les maladies nouvelles et que certains traitements traditionnels (les séances de sueries par exemple), ne servaient qu'à répandre plus encore la contagion, les missionnaires soulignaient cruellement cette impuissance, la tournaient en ridicule, et sapaient ainsi davantage l'autorité des hommes médecines et les fondements de la culture et des croyances indiennes.
En 1666, suite aux "Traitez de paix conclu entre S.M. le Roy de France" les Iroquois demandent "qu'on transmette chez eux des Familles Francoises, et quelques Robes Noires [c'est-à-dire des Jésuites]... promettent la construction des cabanes pour les loger, mais encore qu'ils travailleront à leur construire des Forts..."


Dans la seconde partie de son rapport sont décrites les croyances et les moeurs des Hurons, mais seulement pour y trouver contradictions, illogismes et souligner l'absurdité de ces fables : "Quand, ces pauvres gens éclairez du ciel riront de leur sottise, comme nous l'espérons...". Ainsi, les Hurons se disent venus du ciel, et ils considèrent que ce monde céleste ressemble à la terre et est habité par d'autres peuples, assertion qui est jugée blasphématoire par les missionnaires, tant vis-à-vis des croyances chrétiennes que des connaissances scientifiques de l'époque.

Parallèlement, la Bible est adaptée aux circonstances : la destruction biblique de Sodome et Gomorrhe se transforme en un incendie qui épargne les maisons des convertis.

Dans une légende indienne, une femme tombée du ciel devient la mère et le chef de la tribu. Cette genèse matriarcale va à l'encontre de ce qu'enseigne la Bible et, de ce fait choque profondément les missionnaires... Comme cette première accouche tout d'abord d'une fille (lignée matrilinéaire) et que celle ci "tomba aussi grosse", cette parthénogenèse permet au missionnaire d'ironiser : "Si vous leur demandez comment, vous les mettez bien en peine, car il n'y avait point d'homme sur terre". Une autre question pertinente à poser, sur le plan de la morale chrétienne et de la prescription de l'inceste, aurait été de demander au missionnaire quels étaient le nom et l'origine de la femme de Caïn. Mais les Jésuites, fort prudemment, se gardent bien d'en parler, pas plus qu'ils ne tentent d'expliquer le dogme de l'Immaculée Conception de la Vierge et les rapprochements mythologiques possibles entre tradition païenne et biblique. Toutes choses qui auraient pu amener à des réflexions et conclusions peu orthodoxes, tant sur leur sens, que sur leur origine (les légendes païennes étant bien antérieures à la Bible). Et, lorsque l'on sort du domaine symbolique pour tomber dans le dogme, démontrer la vraisemblance historique et physiologique de la légende biblique leur aurait certainement donné bien du souci...

Mais revenons à la légende indienne...
L'aînée de cette femme céleste donna naissance à deux garçons qui s'affrontèrent très vite, l'un armé d'un bois de cerf, l'autre de branches de rosier sauvage.
Ce dernier fut blessé à mort et laissa s'écouler son sang en une longue traînée, qui se transforma "en pierres semblables à celles dont nous nous servons en France pour battre le fusil". Ce mythe avait le mérite d'expliquer mythiquement et poétiquement l'origine du silex, du fait de sa ressemblance, le narrateur s'empresse de faire la comparaison avec Caïn et Abel, oubliant que le mythe des frères ennemis fait partie des convergences universelles qui peuvent se retrouver partout et de tout temps.
Et le Jésuite de conclure qu'il "y a quelque apparence qu'ils ont eu autrefois quelque cognoissance du vrai Dieu par dessus la nature... comme il se peut remarquer en quelques circonstances de leurs fables".


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