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Quelle laïcité ?

Courrier International  -  7 février 2008

Revue de presse


En quelques lignes, l'essentiel d'une sélection* d'articles de la presse écrite
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Quelle laïcité ?
Courrier International – 7 au 13 février 2008 (6 pages)

"La religion fait un retour remarqué sur le devant de la scène politique dans plusieurs pays d'Europe."
Le dossier est composé de plusieurs articles :

L’offensive des Eglises en Europe (Josep Ramoneda)
El Païs, Madrid (1 page)
"En 2006 à Ratisbonne, le pape appelait au retour du religieux sur la scène politique. Un message reçu cinq sur cinq par les hiérarchies catholiques.
Le 20 décembre 2007, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours à la basilique Saint-Jean-de-Latran, à Rome. “Un homme qui croit, a dit le président français, est un homme qui espère. L’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.” Sarkozy semblait donner raison à ceux qui pensent que la religion se justi­fie par son utilité, par sa capacité à préparer les citoyens à endurer avec résignation les épreuves auxquelles les soumet un monde paradoxal. Mais le président est allé plus loin : “[…] la morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration de l’homme à l’infini.” Et il a conclu son attaque de la culture laïque par ces mots : “Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.” Sarkozy visait ainsi directement l’institution fondamentale de la laïcité républicaine : l’école. Quelques jours plus tard, le 14 janvier, dans un contexte très différent, à Riyad, devant le Conseil consultatif d’Arabie Saoudite, Sarkozy s’est de nouveau prononcé pour la restauration religieuse. Voilà un vieux programme remis au goût du jour par les droites européennes : le gouvernement gouverne à sa guise et les Eglises étanchent la soif d’espérance des citoyens."
[...]

Vu d'Autriche : L’heure de la reconquête politique (Christoph Prantner)
Der Standard, Vienne (1/3 de page)
"A Paris, à Madrid, à Rome et à Vienne, le catholicisme militant semble reprendre du poil de la bête. L’heure semble être à la Reconquista politique. En Espagne, en France et en Italie, le catholicisme militant reprend du poil de la bête. C’est un clergé décomplexé qui s’invite aujourd’hui dans l’espace public, où les hommes politiques retrouvent la foi, le tout avec une assurance que l’on n’avait pas vue depuis longtemps dans notre Vieille Europe. A Madrid, en ce début d’année, les évêques mènent une fronde contre le gouvernement socialiste à propos de la politique familiale. Le clergé espagnol cache à peine ses tentatives de rapprochement avec le parti d’opposition, le Parti populaire (PP), à quelques semaines seulement des élections légis­latives du 9 mars. Le cardinal Antonio Cañizares, vice-président de la conférence épiscopale espagnole, a accusé le gouvernement Zapatero, devant près de 160000 manifestants, de "mettre en danger la démocratie par son laxisme radical"." [...]

Espagne. Feu nourri contre Zapatero (Antonio M. Yagüe)
El Periódico de Catalunya, Barcelone (1/2 page)
"Les évêques se sont invités dans la campagne pour les législatives du 9 mars. Ils dénoncentla politique mise en place par les socialistes et demandent aux croyants de bien voter… à droite.
Sans le citer nommément, mais de manière claire et nette, les évêques ont appelé les croyants [dans une lettre rendue publique le 1er février] à ne pas voter pour le Parti socialiste (PSOE) lors des élections du 9 mars. José Luis Rodríguez Zapatero essuyait déjà une litanie de reproches concernant la législation sur le mariage gay, l’instauration de l’éducation civique obligatoire ou la loi sur la mémoire historique, mais les prélats viennent d’ajouter un nouveau grief : la négociation avec ETA. La note épiscopale prend aussi position contre les partis nationalistes et invite les catholiques à soutenir des programmes électoraux "qui soient compatibles avec la foi et les exigences de la vie chrétienne" et à défendre "l’unité de l’Espagne". Autant dire que les évêques incitent à voter pour le Parti populaire [PP, conservateur]."
[...]

Eviter la "contagion" du mariage homo (Enric Juliana)
La Vanguardia, Barcelone (1/3 de page)
" Le Vatican craint de voir l’exemple espagnol faire tache d’huile en Amérique latine et en Italie.
La note de l’épiscopat espagnol sur les élections du 9 mars n’obéit pas à un ordre de Rome, pas plus qu’elle ne résulte de la volonté personnelle de Benoît XVI. Les conférences épiscopales nationales ont en effet pleine autonomie pour définir les grands axes de leur action pastorale. Une autonomie que Joseph Ratzinger avait replacée dans le cadre doctrinal quand il présidait, en tant que cardinal, la Congrégation pour la doctrine de la foi. Mais ce texte reflète clairement les craintes que nourrit le Vatican face à l’éventualité d’une nouvelle victoire socialiste en Espagne."
[...]

Italie : Les croyants ont l’esprit libre (Marco Politi)
La Repubblica, Rome (2/3 de page)
"Les interventions répétées de la hiérarchie ecclésiastique dans la vie publique séduisent les politiques mais pas les fidèles. Car ceux-ci ont parfaitement intégré les grands principes de la laïcité. Les récentes polémiques qui se sont déchaînées après que Benoît XVI eut appelé les pharmaciens à opposer l’objection de conscience à la vente de la “pilule du lendemain” ont mis en évidence l’impasse vers laquelle se dirige la hiérarchie ecclésiastique par son interventionnisme permanent dans la législation italienne. Car l’affrontement entre deux camps qui se profile en Italie n’oppose pas les guelfes et les gibelins [au Moyen Age, partisans, respectivement, du pape et de l’empereur], ni les laïques irréductibles et les vrais croyants, pas même ceux qui nient à l’Eglise un rôle dans la vie publique et ceux qui défendent sa liberté de parole. L’affrontement est surtout interne à la vaste communauté de ceux qui se réclament du catholicisme, soit 87 % de la population italienne." [...]

Ingérence. Un réseau de lobbys cathos aussi vigilant qu’efficace (Sandro Magister)
L'Espresso, Rome (1/3 de page)
"L’Eglise renforce son emprise sur la politique italienne grâce à un ensemble d’associations militantes qui font pression sur tous les partis.
Du point de vue de l’Eglise, le fait de ne plus avoir en Italie un parti catholique [comme la Démocratie chrétienne de 1942 à 1994] ne doit pas être considéré comme une perte mais comme un avantage. Elle peut en effet opérer maintenant tous azimuts et parler à tous. Elle ne se contente plus de prêcher ; elle agit politiquement pour que ses paroles se traduisent dans les faits.
Du référendum de 2005 sur la procréation assistée [l’Eglise a obtenu que la loi ne soit pas libéralisée] au Family Day du 12 mai 2007 [une grande manifestation contre la proposition d’un pacs à l’italienne], la hiérarchie de l’Eglise a acquis la conviction qu’elle sait représenter les sentiments communs d’une très large partie de la population italienne, beaucoup plus largement que ne savent le faire les partis, la culture et les médias dominants. Tant et si bien que l’Eglise italienne est devenue un modèle pour les autres Eglises d’Europe. Le 30 décembre dernier, par exemple, l’Eglise espagnole a reproduit à Madrid le Family Day."
[...]

France. Un président néoconservateur (José Vidal-Beneyto)
El País, Madrid (1/2 page)
"En évoquant les fondements religieux de la France et de l’Europe, Nicolas Sarkozy s’est éloigné de son rôle de "défenseur de la laïcité". Un tournant idéologique qui pose question.
Les déclarations de M. Sarkozy sur l’importance de la religion dans la politique montrent que l’influence des néoconservateurs a déjà touché le cœur doctrinal de la France, dont le président est le plus éminent représentant. Il a insisté, lors de son allocution de Saint-Jean-de-Latran, à Rome, sur les racines religieuses de toutes les communautés politiques, notamment en Europe, et sur le rôle essentiel de la morale chrétienne dans leur bon fonctionnement. Son discours à Riyad a été plus révélateur encore : avec des accents qui fleuraient bon le néoconservatisme religieux nord-américain, il a insisté sur le fait que dans toutes les civilisations, on trouve toujours l’empreinte de la religion. Ces propos sont difficilement compatibles avec son rôle institutionnel de défenseur de la laïcité et ont suscité de nombreuses réactions négatives en France."
[...]

République Tchèque. Klaus réélu par la grâce de Dieu ? (Klaus Brill)
Süddeutsche Zeitung, Munich (1/2 page)
"L’accord-surprise sur la restitution des biens des Eglises pourrait donner un coup de pouce décisif au président sortant.
Le Parlement tchèque débattra prochainement d’un accord historique qui doit poser de nouvelles bases entre l’Eglise et l’Etat, après des décennies de persécutions et de tensions. Le texte, qui a été approuvé fin janvier par le gouvernement et soumis au législateur, prévoit une indemnisation de plusieurs milliards pour la nationalisation des biens de l’Eglise à l’époque du communisme. Les circonstances sont telles que l’adoption du texte est liée à l’élection présidentielle du 8 février [le président tchèque est élu au suffrage indirect par le Parlement].
Le petit parti chrétien-démocrate (KDU-CSL), qui forme le gouvernement avec les Verts (SZ) et le Parti démocratique civique (ODS), joue dans cette affaire un rôle clé. Les chrétiens-démocrates sont proches de l’Eglise catholique et plaident depuis longtemps pour la réconciliation. L’ODS faisait pour sa part preuve de réserve conformément au souhait de la majorité athée de la population."
[...]

Autriche. A quoi joue l’archevêque de Vienne (Barbara Coudenhove-Kalergi)
Der Standard, Vienne (1/4 de page)
"Le cardinal Christoph Schönborn [archevêque de Vienne depuis 1995] a dû affronter ces derniers temps de sévères critiques. On lui a notamment reproché de n’avoir pas élevé la voix face aux déclarations dirigées contre l’islam [le 20 janvier dernier] de Susanne Winter, la tête de liste du FPÖ* aux élections municipales à Graz [capitale régionale de la Styrie]." [...]
Extrait : "L’Autriche a aussi connu cette division et – Dieu merci – elle l’a dépassée. Notamment grâce aux efforts déployés par le cardinal Franz König [archevêque de Vienne de 1956 à 1985, l’un des pères de Vatican II]. Se peut-il que son successeur actuel veuille faire marche arrière ? Christoph Schönborn, dont l’intégrité personnelle est hors de doute, n’est pas un politique. Ses chroniques parues dans le tabloïd Kronen-Zeitungsont des reprises de ses prêches dominicaux, sans rapport avec l’actualité politique. Une approche légitime, même si l’on regrette de temps à autre qu’il ne dénonce pas les campagnes xénophobes dans le pays. Car les paroles prononcées ici ou là publiquement sont – pour parler le langage d’un chrétien – de graves péchés." [...]

Grèce. L’Eglise orthodoxe au-dessus de l’Etat (Taki Kondylis)
I Kathimerini, Athènes (1/3 de page)
"Sous l’impulsion de Mgr Christodoulos, qui vient de disparaître, l’Eglise orthodoxe grecque est devenue un acteur majeur du débat public.
Le décès de l’archevêque d’Athènes, Mgr Christodoulos [le 28 janvier, à 69 ans, des suites d’un cancer], est l’occasion de nous rappeler que le primat de Grèce est souvent intervenu, plus que ses prédécesseurs, dans les politiques menées par les gouvernements successifs. Avant l’arrivée de Mgr Christodoulos, l’Eglise était intégrée à l’Etat, donnant son avis de manière plus discrète. Quand Mgr Christodoulos a été nommé archevêque [en 1998], le ton a changé. Il se voulait au-dessus de l’Etat, et non plus son égal, comme ses prédécesseurs. Une sorte d’homme de la nation. Il intervenait partout et donnait son avis sur tous les thèmes qu’il considérait comme "de dimension nationale" : la lutte contre le retrait de la mention de la religion sur les cartes nationales d’identité ; le refus que Skopje utilise l’appellation de "Macédoine", y voyant une violation d’un patrimoine historique ; les réticences sur la perspective européenne de la Turquie ; ses positions sur le statut des immigrés ; ses appels au vote utile pour les élections nationales, trouvant la droite plus “proche” de l’Eglise ; son rôle pendant la junte ; ses prises de position géopolitiques violentes contre la suprématie du patriarcat œcuménique de Constantinople, l’ouverture vers la Russie et l’Eglise catholique."
[...]



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