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A propos de l'utilitarisme,

des sciences et de la religion


(extrait de l'article "Science et Religion : l'irréductible antagonisme"

par Jean Bricmont  -  12/04/2000




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Voir une définition de l'utilitarisme



On entend souvent dire - et on cite Hume à ce sujet - qu'on ne peut pas déduire logiquement des jugements de valeur à partir de jugements de fait. C'est certainement vrai, mais cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas une façon scientifique de raisonner en matière éthique qui, à nouveau, s'oppose à l'attitude religieuse. Cette approche est l'utilitarisme qui repose sur un seul principe éthique non factuel, à savoir qu'il faut globalement maximiser le bonheur. Ce principe ne peut évidemment pas être justifié scientifiquement. Mais, une fois qu'il est admis, à cause de son caractère intuitivement évident, tous les autres jugements moraux sont ramenés à des jugements du type : est-ce que telle ou telle action tend à augmenter le bonheur global ? Et ces jugements-là sont factuels.

Évidemment, les adversaires de cette approche font vite remarquer que la notion de bonheur est vague et que les calculs utilitaristes sont souvent impossibles à effectuer. Tout cela est vrai, mais quelle alternative proposer ? On peut justifier a contrario l'utilitarisme en faisant remarquer qu'il est difficile d'imaginer une action qui serait moralement justifiée alors que celui qui la commet sait qu'elle tend à diminuer le bonheur global.

L'approche utilitariste choque souvent parce qu'elle s'oppose à deux aspects profondément ancrés dans notre réaction spontanée face aux problèmes éthiques : l'une, c'est le respect des morales traditionnelles, obéissance à l'autorité, à la communauté, à l'État ou aux préceptes religieux ; pour un utilitariste, toutes ces traditions doivent être critiquées et évaluées à l'aune de la maximisation du bonheur total. L'autre aspect, sont toutes les volontés de vengeance ou de punition. D'un point de vue utilitariste, toute sanction doit être justifiée uniquement en fonction du bonheur global et non pas par un désir de punir les méchants. En particulier, l'utilitarisme met entre parenthèse le problème de la responsabilité et du libre arbitre ; il n'a pas besoin de nier le libre arbitre ; simplement, il ne se préoccupe pas de savoir si les actions humaines sont "vraiment" libres et en quel sens, ce qui est probablement la position philosophique la plus prudente.

Finalement, pour un utilitariste, il existe des progrès en éthique, comme en sciences, et l'on y arrive également par l'observation et le raisonnement. On peut, en comprenant mieux la nature humaine, découvrir, par exemple, que l'esclavage est mauvais et que l'avortement ne l'est pas. En fin de compte, non seulement une religion dont on aurait évacué tous les jugements de fait se vide de tout contenu, mais la façon religieuse d'aborder les problèmes éthiques s'oppose radicalement à l'approche basée sur une conception rationnelle du monde.

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L'attitude des laïcs face à l'évolution de la religion est également surprenante : au fur et à mesure que la religion devenait floue et vague, l'opposition laïque devenait floue et vague. Au nom d'une volonté de dialogue et de respect, on en vient à ne plus affirmer ce que l'on pense. Mais le véritable respect part d'une affirmation claire des positions des uns et des autres, et le dialogue ne peut pas se baser sur un vague consensus humaniste qui occulte, en bioéthique par exemple, les profondes différences qui opposent des morales basées sur l'utilitarisme et sur la révélation.


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