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Le monde du sens

Le sens que l'homme donne à sa vie


par Augustin Delmas  -  31/01/2005



Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




"Par bonheur une vieille fée m'apparut tout à coup, accroupie et filant dans l'encoignure de sa porte ; je lui dis ce que je cherchais ; et comme cette fée était très puissante, elle n'eut qu'à lever sa quenouille : aussitôt le couvent des Orphelines se dressa devant moi comme par magie..."
(Lettres de mon Moulin, "Les Vieux", Alphonse Daudet)


Le pouvoir de donner du sens !

Bien que vivant dans un monde insensé, par l'esprit nous-nous créons de toutes pièces un monde de finalités, un monde mental où tout doit avoir un sens, une signification. Nous donnons des noms aux objets, aux personnes, aux animaux, à nos concepts… Certes, ce n'est pas pour autant que le monde matériel recèle en lui-même du sens, mais nous attribuons aux choses et aux êtres des objectifs, des finalités suivant nos besoins, et nous concevons, construisons, bâtissons, avec ces éléments définis.

C'est ainsi que furent construits les langages où chacun de leurs mots a un sens, une signification dont les dictionnaires s'efforcent d'établir. Et ces langages sont basés sur le principe de la finalité, de la " cause finale ", car c'est l'idée que nous voulons exprimer qui motive notre discours : nous construisons nos phrases, notre texte, nous développons nos propos en vue de…

Non seulement le langage est basé sur le principe de la finalité, mais toutes nos activités le sont également. En fait nous donnons du sens à la vie, et notre vie n'a de sens que celui que nous lui donnons.

Chaque individu donne un sens à son existence et crée son propre monde mental. Un monde fait de souvenirs, d'expériences vécues, de jugements, d'appréciations, de sens donnés à ce qu'il voit, à ce qu'il subit, à ce qu'il fait, à ce qu'il va faire, à sa propre vie…. Un monde d'une importance vitale, car en lui se forge et repose la personnalité, l'existence.

Étymologiquement le mot existence a un sens plus étendu que le mot être. Il vient du latin exsistencia ("ex" et "sistere"). Il évoque le mouvement et signifie partir de ce que l'on est (ex) pour s'établir (sistere). En ce sens l'homme est et existe. Car, conscient de ce qu'il est et de ce qu'il peut devenir, il modifie volontairement son état. Toutefois, ce passage d'un état vers un autre ne doit pas s'arrêter. Le mouvement doit être transcendant, volontaire et constant. "L'existant" est celui qui, sans cesse, conscient de son être et de ses possibles futurs, choisit librement ce qu'il veut devenir et exprime ses choix en les réalisant.

Voilà ce que nous apporte le monde mental, le monde du sens : il nous apporte l'existence.

C'est étrange ! Car, si notre individualité, notre identité, notre existence même, ne peut se développer que grâce à notre " machine à produire du sens ", alors nous vivons par l'esprit. Ou plutôt nous vivons une double vie : une vie organique, animée, et une vie intime faite de convictions, de volonté, de sens, de conscience. Vue sous cet angle, nous serions plus des esprits, que des êtres physiques.

Même si nous savons que notre liberté est apparente. Même si nos finalités ne sont que l'exploitation plus ou moins volontaire d'expériences causales. Notre vie d'être humain conscient est dans l'esprit, le monde du sens.

Considérons notre mode de perception. Que connaissons-nous des choses ? Ce qu'elles sont réellement ou les effets qu'elles produisent sur nous par le biais de nos sens ? Lorsque nous regardons un objet que voyons-nous ? Ce qu'il est réellement, ou bien les effets de la lumière que celui-ci réfléchit sur notre rétine ? Lorsque nous passons nos doigts sur lui, que perçoit et analyse notre cerveau ? L'objet ou les effets que nos sens nous transmettent ?

Tout ce que nous savons du monde passe par nos sens. Et ce que nous connaissons et analysons de lui n'est que son empreinte plus ou moins nette laissée, grâce à nos sens, sur nos facultés perceptives.

À tel point, que si nous perdons notre sensibilité, nous perdons nos récepteurs d'informations et, pour nous, le monde matériel disparaît. De même, si altérons nos sens ou si nous avons des idées préconçues, comme des pierres dans un bloc d'argile, nous avons une empreinte déformée des objets et nous sommes trompés dans notre perception.

Ce que nous connaissons de notre univers n'est qu'informations délivrées par nos sens. Nous vivons, par l'esprit, dans un monde d'informations. Et notre processus de compréhension est un processus de traitement de l'information.

Comme un scaphandrier dans un océan, nous avons une vie distincte de celle qui nous entoure. Et, chose étrange, ces deux mondes sont très différents.

Par exemple, sur le plan matériel, lorsque nous partageons un bien, nous en donnons une partie. Si je partage 500 € et vous en donne la moitié, j'en perds 250. C'est simple et sans appel. C'est le principe d'équivalence. Il est universel dans le monde physique. Pourtant, en ce moment même, je partage, que dis-je, je donne dans ces quelques lignes des idées sans pour autant les perdre. Je les mets en commun avec vous afin d'avoir votre avis. Car, partager des idées, des opinions, des sentiments, des émotions, n'entraîne aucune perte, bien au contraire.

Prenons un second cas qui montre bien cette différence entre le matériel et le mental. Notre démocratie française a pour magnifique devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Elle sous-entend, que tous les hommes naissent libres et égaux en droits. Et l'on est tenté de croire qu'il est possible de créer les conditions favorables pour que cet épanouissement de la Liberté, de l'Égalité, et de la Fraternité, soit réel.

Cependant, malgré toute notre bonne volonté et tous nos efforts, cela restera toujours utopique. Jamais nous ne parviendrons à créer un monde juste, car ce monde physique n'obéit pas à nos principes spirituels. Certes, il y a dans la nature ce principe d'équivalence évoqué plus haut et que l'on peut symboliser par une balance avec ces deux plateaux bien équilibrés. Mais ce principe est aveugle et bien qu'il lui soit très proche, il n'est pas la justice qui est une volonté ferme et attentive de rendre à chacun ce qui lui est dû. Il n'y a pas de volonté, pas de dessein dans le monde physique. De plus, celui-ci ne tient pas compte des aspects affectifs, moraux, intellectuels… Et aucun homme, aucun organisme humain, ne peut posséder cette volonté ferme et attentive, cette capacité de connaître ce qui est dû à chacun, ni ce pouvoir suprême de le lui rendre . Or, sans justice, il n'y a ni liberté, ni égalité, ni fraternité.

Est-ce à dire que nous devons baisser les bras, abandonner tout espoir de justice ? Certainement pas ! Celle-ci est un idéal, et, comme tous les idéaux, c'est un concept inaccessible, basé, non pas sur le principe causal mais sur celui de la finalité. Or, sans idéal, nous perdons tout élan, toute motivation, toute inspiration, tout sens de la vie.

Comme un scaphandrier, nous sommes immergés dans un océan matériel extraordinaire qui nous émerveille. Mais notre vie à l'intérieur de notre scaphandre est différente de celle que nous percevons par les hublots de nos sens. Elle n'obéit pas aux mêmes lois. Elle est faite de sens, de volonté, d'idéaux. Par elle nous franchissons les frontières physiques. Nous goûtons à des notions idéales, des notions de justice, d'éternité, d'absolu…

Nous comprenons pourquoi parler de religion n'est pas chose facile. On touche à des convictions profondes en rapport étroit avec le sens que nous donnons à notre vie, à notre existence.

D'autre part, la dualité esprit/matière crée la confusion.

En effet, ceux qui s'appuient sur le principe causal rejètent, à juste titre, l'existence de dieu. C'est une constatation, dieu n'existe pas dans ce monde physique. En revanche, ceux qui ressentent, plus ou moins consciemment, le sens que génère l'esprit, se mettent à espérer en des idéaux, en l'incorruptible, en l'absolu, en un dieu esprit.

Pour nous, le sens c'est la vie. Par l'esprit nous-nous créons de toutes pièces un monde de finalités, un monde mental où tout doit avoir un sens, une signification. Nous avons la capacité intrinsèque de créer le sens de notre vie et ce faisant, nous-nous créons nous-mêmes. Nous avons la vie en nous.

Sur ce plan, comme le disent certains, nous sommes des dieux, car, non seulement nous donnons sens à toute chose, mais surtout, nous donnons un sens à notre vie, nous-nous donnons l'existence. En effet, puisque le propre de l'esprit c'est de donner du sens, si dieu il y a, il est esprit. Il est créateur dans la mesure où il donne du sens, où il donne un nom, une finalité, une raison d'être, à toute chose.

Rarement la notion de dieu est exposée ainsi. La plupart des croyants expliquent leurs dieux de façon complexe, obscure, dogmatique, contradictoire, avec tout un chapelet de traditions, de rites plus ou moins curieux, plus ou moins absurdes, plus ou moins abêtissants (pour ne pas dire plus), de contrevérités et de mystères où la raison se perd. Ce qui est un comble, pour un dieu esprit qui doit éclairer et donner du sens.

Alors, dieu existerait-t-il spirituellement ?

N'oublions pas que nos pensées, nos conclusions, ne sont que le résultat d'expériences personnelles mémorisées. Nous avons l'illusion de jouir de la liberté de pouvoir donner une finalité à nos actes. Mais nous ne sommes que ce que l'univers nous permet d'être.

Comment ce monde matériel sans cause, ce monde insensé, a-t-il débouché sur des êtres comme nous, des esprits vivant de finalités, capables de s'engendrer ?

Il y a là une inversion de principe...


Augustin Delmas


Du même auteur, le premier volet de cette réflexion : Un monde insensé

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