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Pour un athéisme non dogmatique


par Benjamin Wolff  -  25/07/2008




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




Deux essayistes s'efforcent de penser l’athéisme : Michel Onfray et André Comte-Sponville. Alors que le premier est moins athée qu’anti-théiste, le second a l’avantage de prendre son athéisme pour une croyance et non un savoir. Agnosticisme ? Non. Le croyant dit : je crois en Dieu. L’agnostique dit : je ne crois pas en Dieu. L’athée dit : je crois que Dieu n’existe pas. L’idiot dit : je sais que Dieu n’existe pas. L’imbécile dit : je sais que Dieu existe.


Dans son livre, L’esprit de l’athéisme, André Comte-Sponville se pose 3 questions :

Peut-on se passer de religion ?

La réponse dépend du sens qu’on donne à "religion". S’il s’agit de la croyance en un Dieu personnel et créateur, on peut alors se passer de religion (par exemple, les sociétés bouddhistes ou confucéennes).Si on considère en revanche l’étymologie du mot, la réponse est non.
Deux étymologies différentes se concurrencent :

1) Religion vient du latin Religare, c’est-à-dire relier. La religion est ici ce qui relie. Dans ce cas, aucune société ne peut se passer de religion car religion et lien sont synonymes. Mais il s’agit davantage de communauté que de religion. Ainsi, on peut se passer de religion mais pas de communion.

2) Religion vient du latin Relegere, c’est-à-dire recueillir ou relire. La religion est ici ce qu’on recueille et relit (ou ce qu’on relit avec recueillement). Le livre qu’on relit est ici le trait d’union entre les morts et les vivants. Mais il s’agit d’avantage de fidélité que de religion. Ainsi, on peut se passer de religion mais pas de fidélité. Comte-Sponville pense d’abord à la fidélité envers les valeurs gréco-judéo-chrétienne dont nous avons hérité car, dit-il, les deux dangers sont le nihilisme et le fanatisme.

On voit tout de suite la jonction des deux origines : relire crée du lien. Le lien ne se crée qu’à la condition de transmettre. Pas de Religare (communion) sans Relegere (fidélité).

André Comte-Sponville ajoute que la différence entre un croyant et un athée, c’est la dimension d’espérance. Avec Dieu, "on peut espérer une infinité de vie infiniment heureuse" (Pascal), alors qu’un athée lucide ne peut pas échapper au désespoir. Mais, selon lui, le sage vit au présent : il ne désire que ce qui est ou que ce qu’il fait. Seul le désespéré est heureux, car le croyant est esclave de son espoir. En somme, et c’est-ce qui fait la force des religions, c’est que l’espérance lui donne raison.

De plus, le croyant et l’athée ont ceci en commun qu’ils aiment deux la vérité, mais le second a cette spécificité : il pense que la vérité ne l’aime pas.


Dieu existe-il ?

On peut relever 3 arguments donnant des raisons de ne pas croire en Dieu.

1) La faiblesse des preuves de l’existence de Dieu
-La preuve ontologique dit que "si Dieu n’existait pas, il serait imparfait, or Dieu est parfait donc il existe." Mais une définition ne peut pas prouver une existence (on ne s’enrichit pas en définissant la richesse).

- La preuve cosmologique consiste au raisonnement suivant : "les effets s’expliquent par leur cause. Or chaque cause a elle-même sa propre cause mais cet enchaînement n’est pas infini sinon le monde serait inexplicable. Ainsi, la cause première qui n’a pas de cause est Dieu." Mais pourquoi n’y aurait-il pas de l’absolument inexplicable (de la contingence) ? Et même si cet être nécessaire premier existe, pourquoi ce serait un Dieu personnel ? Ce pourrait être le feu d’Héraclite ou la substance de Spinoza.

- La preuve physico-théologique repose sur l’idée que "le monde serait trop ordonné et trop harmonieux pour que se puisse être le fait du hasard : une telle réussite suppose une intelligence ordonnatrice et créatrice." Mais l’ordre (le mouvement des planètes, la téléonomie des Etre Vivants) s’explique de mieux en mieux avec le progrès et les désordres se constatent de plus en plus.

2) La faiblesse de l’expérience
Si Dieu existait, je devrais le voir ou le sentir davantage : pourquoi se cache-t-il ? Pour respecter notre liberté, disent les croyants. Mais prétendre que Dieu se cache pour respecter notre liberté, ce serait supposer que l’ignorance est un facteur de liberté ! Qui accepte ça ?
Et que penser d’un père qui se cache à ses enfants ? Un monstre ? L’idée d’un Dieu qui se cache est inconciliable avec l’idée d’un Dieu père.

3) Une explication incompréhensible
On veut expliquer quelque chose qu’on ne comprends pas (le monde, la vie, la conscience) par quelque chose que l’on comprends encore moins : Dieu. Les croyants expliquent l’inexpliqué par l’inexplicable…


On peut relever 3 arguments donnant des raisons de croire que Dieu n’existe pas.

1) L’excès du mal
C’est un argument populaire mais valable : pourquoi le mal ? Réponse du croyant : le mal est le prix à payer pour la création. Si le monde était parfait, il serait Dieu et il n’y aurait pas de monde. Soit. Mais fallait-il qu’il y en ait autant ?

2) La médiocrité de l’homme
L’homme est trop habité par la vanité pour qu’il soit la créature d’un Dieu. "Dieu créa l’homme a son image" : ça fait douter de l’original... Croire en Dieu, ce serait se donner une bien grande cause pour un si petit effet...

3) Trop beau pour être vrai !
Nous désirons tous : la justice, la paix, être aimé, ne pas mourir…Et bien ces désirs suffisent à nous dissuader de croire car "une croyance qui correspond à ce point à nos désirs, il y a lieu de craindre qu’elle n’ait été inventée pour les satisfaire." Ainsi, Dieu est trop désirable pour être vrai et la religion est trop réconfortante pour être crédible.


Quelle spiritualité pour les athées ?

En conclusion, André Comte-Sponville essaie d’introduire une nouvelle spiritualité sans Dieu : un mysticisme athée ou un athéisme mystique. Il l’a construit essentiellement à partir de plusieurs expériences personnelles : "de plénitude, de simplicité, de silence, d’éternité : tout cela ne faisait qu’un." Mais en quoi consiste cette spiritualité ? "Je répondrai volontiers : une spiritualité de la fidélité plutôt que de la foi, de l’action plutôt que de l’espérance, de l’amour plutôt que de la crainte ou de la soumission." A voir…


Benjamin Wolff



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