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Amour sacré, amour castré


Une contribution de Michel Bellin  -  17/11/2005




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Amour sacré, amour castré


A maintes reprises dans le Livre d’or de ce site, de jeunes (?) croyants invoquent l’amour salvateur qui leur brûle le cœur, une effusion pure, non orgasmique (pouah !), gorgée d’altruisme et de pardon. Cela semble bel et bon et ces parangons de charité ambitionnent, semble-t-il, de convertir les jouisseurs que nous sommes censés être (puisque nous sommes athées, privés de la Source vivifiante et de la Bonne Nouvelle du Salut). A mon avis, un tel prosélytisme ne devrait pas nous effaroucher plus que cela. Nous faire sourire à la rigueur, tout en nous invitant à rester lucides. Disons que c’est dans la logique d’un christianisme évanescent et désincarné (toujours l’âme, cette mousse pieuse, cette gélatine virtuelle…). Quant au revers de la médaille (miraculeuse ?), c’est une culpabilité indurée – donc progressivement insensible – et une propension bêlante à toujours vouloir convertir les autres, peut-être pour se rassurer soi-même.

Mais une telle gentillesse zélée n’en est pas moins trompeuse. J’en veux pour preuve ce qui se trame à Rome en ce moment. "Je suis doux et humble de cœur" disait leur Bon Pasteur, mais le Vatican semble préférer quant à lui la fermeté en matière d’amour et de sexualité. Le contraire serait d’ailleurs étonnant. Le pape Benoît XVI s’apprête donc à publier à la fin novembre un texte interdisant l’accès des homosexuels aux Ordres sacrés. Cela sera bien sûr enrobé de douceur et de compassion. Tout procède toujours en fait de la même logique, d’abord des exhortations, puis des exclusions, le dogme l’emportant sans coup férir sur les Droits de l’Homme (et de la femme) et autres éruptions révolutionnaires. Une logique évidente, massive, limpide : à un Dieu mâle, des serviteurs mâles ; à un Dieu pur, des presbytes purs, puisque l’esclave n’est pas au-dessus du maître. Comment en effet le phallus (et ses supposées pratiques infamantes) pourrait-il devenir l’échelle de Jacob permettant d’accéder aux Saints Mystères par le truchement desquels le Corps christique – supplicié et sublimé – devient par transsubstantiation une pâle et molle hostie que les croyants avalent comme un bobard au self dominical ! On pourrait d’ailleurs dire à peu près la même chose sur l’empêchement des femmes puisque, depuis des temps immémoriaux, les "servantes du Seigneur" ne peuvent accéder au sacerdoce à cause de leur sexe. Menstruations, pollutions, éjaculations… mêmes tabous, même interdits. Là où le Sacré commande, le Plaisir débande.

Pour en revenir au scoop de l’automne 2005, selon une indiscrétion de Giornale qui publie de larges extraits en avant-première : "L'Eglise, même si elle respecte profondément les personnes homosexuelles, ne peut admettre comme prêtres ceux qui pratiquent l'homosexualité, qui présentent des tendances homosexuelles profondes ou qui soutiennent ce qu'on appelle la "culture gay", car il s'agit d'une situation qui représente un obstacle aux relations correctes entre hommes et femmes". Cherchez la femme ? Cherchons à mon avis une explication plus subtile, d’ordre freudien sans doute, qu’on pourrait résumer de manière abrupte et imagée : puisque le Dieu chrétien ne bande pas, tout prêtre consacré ne peut être qu’un lévite asexué… à défaut d’être castré ! (Chiche ?)

Plus sérieusement, j’ai trouvé sur ce sujet dans le livre d’Alain Tête "CONTRE DIEU" (aux Editions Phébus) un passage éclairant dans son chapitre intitulé "De l’amour". Parenthèse : ce livre – publié en 1997 – est autrement argumenté et percutant que le récent fourre-tout de Michel Onfray, la caricature en moins, la sagacité et l’humour en plus !
      "(...) Poser que l’amour exclut le désir et que la concupiscence est la dénégation de l’amour a pour corollaire que l’homme ne sait pas aimer, qu’il est dans l’illusion s’il croit s’en faire une idée et qu’il se trompe quand il imagine qu’il aime.
      L’amour profane et l’amour sacré, Eros et Agapè, sont incompatibles parce que l’un est faux et l’autre vrai. Dans l’un, le corps jouit. Dans l’autre, l’âme parle.
      Sa jaculation n’est pas éjaculatoire !
      C’est bien dommage. Ça laisse croire que l’homme ne peut aimer que dans le déchirement de soi, le renoncement à une partie de lui-même. Si l’amour sacré renonce à la chair, l’amour profane renonce à l’âme. Le christianisme a capturé l’amour, l’a délibérément dénaturé pour en faire le paradigme de Dieu et de Dieu seul. A un point tel que nous sommes incapables, depuis, de nous représenter au juste ce que signifiait l’amour pour des Grecs ou des Romains.
      Désormais, l’homme est incapable d’aimer, il convoite ; quand il préfère sa mort à celle de l’être aimé, il ne pense encore qu’à lui. L’amour humain porte le stigmate de la faute originelle. Non qu’il soit une erreur, un manque de discernement, une trop grande hâte dans le choix qu’il fait de son objet. L’amour humain n’est que concupiscence. S’il se trompe dans son élection, son erreur ne tient pas à ce qu’il oublie la précarité de la personne aimée. Ce n’est pas l’objet d’amour qui est en cause mais le sujet ; l’amant, non l’aimé.
      La Sainte Thérèse du Bernin jouit-elle, oui ou non ? Telle est la question qu’écarte avec horreur tout parangon de l’amour chrétien pour qui elle ne jouit évidemment pas, ne connaît pas d’orgasme. Le ravissement mystique implique une frigidité du désir. "Ce n’est plus moi", pourrait-elle répéter après St Paul, c’est Dieu qui aime en moi. Et sa lévitation supposée ne la fait pas décoller du sol mais de son propre corps. Ce transport, toutefois, n’est que localement désincarné. Tout se passe comme si elle n’avait plus de bas-ventre mais il lui reste le cœur qui, seul, peut se permettre d’être brûlant !
      L’amour sacré est l’amour castré d’un humain qui ne l’est pas assez (castré) : un humain trop humain en quelque sorte. (…) Que le christianisme soit hanté par le déni du phallus et que ce déni prenne la forme de l’amour mystique, en sacralise la vérité, en fasse pour l’homme un devoir, resterait inintelligible si Dieu bandait. Mais nous savons que le dieu chrétien ne bande pas. Il aime. DIEU INCARNÉ MAIS DIEU VIERGE, NÉ D’UNE VIERGE, JESUS EST LE DÉNI DU CORPS SEXUÉ ET LE CHRISTIANISME SA HANTISE PERPÉTUÉE. On leur doit une forme d’érotisme qu’ignoraient Athènes et Rome, celui du conflit d’Eros et d’Agapè, qui donna à la volupté un piment, une odeur, un râle que l’humanité avait jusqu’alors ignorés. EN INVENTANT UN AMOUR PUR, LE CHRISTIANISME A BRISÉ POUR LONGTEMPS L’UNITÉ HUMAINE puisque l’aimé a une âme avant d’avoir un corps. De là ce trouble spécifique que le christianisme a introduit dans le langage du sexe. Ne relevant plus de la fascination antique (regard d’effroi devant le "fascinus", pénis tumescent), l’amour profane est désormais une profanation."
Or, le sanctuaire catholique ne tolère pas la profanation. Ni Pythie ni vestales. Les saintes femmes resteront donc sacristines, les clercs de (vieux) célibataires consacrés et les homos de pauvres zozos ! Pourquoi le dicastère romain ne créerait-il pas à leur intention un nouvel ordre (mineur) : celui des jongleurs de Notre-Dame batifolant sur le parvis ad majorem gloriam Dei ?! Rions, mes frères, pour ne pas avoir à en pleurer. Juste un mot pour finir : le génie, c’est de fuser (!) en restant économe. Démonstration : Nietzsche. En quelques mots, il disait déjà la même chose et mieux qu’Alain Tête : "Le christianisme a donné du poison à boire à Eros ; il n’en est pas mort, mais il a dégénéré en vice."

L’air du temps étant au sursaut moral et à la cure de désintoxication biblique, raison de plus pour résister et ne pas nous amender. Ayant quant à moi goûté successivement à ces deux liqueurs (la première nettement plus amère !) – le déni du corps consacré et la rédemption par l’amour sexué – ma religion est faite depuis longtemps et mon ivresse assumée : pecca fortiter !


Michel Bellin



Compléments pour comprendre l'attitude d'une partie de l'Eglise catholique vis à vis de la sexualité. Par JB (19/05/2007)

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