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Témoignage

Principe des guerres de religion
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Vérité et incertitude

(Slypayne   -   22/06/05)





Voici un extrait du "Dernier des Héros" par Terry Pratchett, qui traduit en des termes très simples et d'une façon si belle le principe des guerres de religion, et celui de la vérité...

Avec un peu d’imagination et de perspicacité, il est possible de voir dans ce texte un peu plus que ce "principe des guerres de religion", ce pour quoi je vous l’envoie au départ. En voici une analyse, qui en vaut une autre. Il est clair qu’on ne peut pas parler en terme de "vérité" lorsqu’on débat avec un athée ou un croyant. Ce mot n’a plus le sens qu’il avait encore quand on pensait qu’un ordre prévalait toujours sur un autre. Il n’y a plus de "barbares incultes" ou d’adorateurs de divinités païennes", mais DES religions. Ce principe de "vérité" appliqué au fait religieux était, on le sait grâce à l’histoire, une façon de défendre des intérêts personnels ou communs, de sauvegarder des acquis, de sauver les meubles face à une masse populaire souvent hostile aux avantages accordés aux pontes pontificaux. Ce qu’on sait aussi, c’est que la religion a toujours répondu à un besoin, et que par conséquent, il y avait bien un "public" doté d’oreilles entraînées aux idées préconçues, qui a trouvé et trouve un intérêt dans la lecture de textes saints.

Ainsi, l’Inquisition a eu un rôle, mais serait un non-sens aujourd’hui, preuve même que le principe de vérité semble être ancré dans l’histoire des religions, et qu’elle n’a d’ailleurs pas fini d’évoluer. De la même façon que l’on suit la trace du serpent dans le désert, on peut suivre l’érosion du principe de vérité dans les écrits. Pourtant, il semble clair que cette érosion n’est pas le fait des religieux eux-mêmes, mais bien celui des peuples, des masses, qui se sont affranchis petit à petit des discours dit "orthodoxes". Ils ont gagné, lentement, le droit d’être athées, non-croyants, ou de se convertir à une religion minoritaire. Certes, il y a toujours et il y aura toujours des conflits d’idées, des intolérances des railleries, même des massacres, qui trouveront leurs causes dans le fait religieux, et cette maudite notion de sacro-sainte Vérité. Au-delà de ça, il y aura toujours des gens qui essayeront de convaincre et de ramener des gens sous leur chapelle. Et c’est ce que le texte que je vous soumets semble dire. La raison semble partir d’un fait pas si simple, mais pourtant accessible. Il n’accorde aucune réponse, mais met à jour notre nature :

Comment se fait-il que l’homme s’accorde à dire qu’il ne voit que quelques couleurs sur la totalité de celles qui existent, qu’il n’entend que quelques sons parmi un éventail encore plus grand, qu’il ne connaît que des millions d’étoiles, et que ce même homme, dès qu’on parle religion et existence, peine à dire qu’il ne sait pas d’où il vient, comme si ça l’écorchait de NE PAS SAVOIR ? Comment se fait-il que le principe de vérité l’emporte toujours sur celui d’incertitude ? Parce que les gens croiront toujours celui qui arrive à les convaincre qu’il a raison ? Pourquoi "ne pas savoir" devrait être une tare ? Peut-être parce que la certitude se transmet par un discours, alors que l’incertitude, on la porte tous en nous, d’une façon ou d’une autre, au départ.

En fait, ce doit être ça. Il n’y a aucun intérêt à convaincre quelqu’un qu’il ne sait pas quelque chose, puisque c’est le porteur du savoir qui fait éclore ce manque. Pointer du doigt le manque, c’est déjà prouver son existence, c’est le révéler, le mettre à jour, ... ou le créer. Ne vivons-nous pas dans une société qui crée du manque et du besoin…, tous les jours, avec la pub ? Apporter un savoir, c’est combler un manque, mais y avait-il réellement un manque à proprement parler au départ. L’individu ne se suffisait-il pas ainsi à lui-même ? Tout manque n’est en fait pas pénible à vivre, et certains se contentent toute leur vie de ce qu’ils savent.

Avec un discours rodé, entraîné, on vend même des volets en pvc à un petit vieux qui n’a pas de fenêtre. Tout est dans le ton, la stature, la posture, l’attitude. Mais quelle stature, quelle posture, quelle attitude a CELUI QUI NE SAIT PAS aux yeux de CELUI QUI SAIT, si ce n’est celle de l’idiot, de celui qui n’a pas lu, qui n’a pas vu, qui ne voit pas ou qui refuse de voir ?

Se moquer des non-croyants équivaut à se moquer de la façon de marcher du goéland lorsqu’il est sur terre, gauche et maladroite. Il hésite, titube, se gamelle. Il est bien plus à l’aise dans le ciel, avec ses courants ascendants, ses mouvements d’air chaud, son monde à lui. Là, au moins, il est sûr qu’il maîtrise, qu’il sait ce qu’il fait. Et bien je pense qu’il en est de même du principe d’incertitude et de vérité. On est plus à l’aise quand on sait, mais on est plus conscient de sa personnalité, de son état et de sa finitude quand on ne sait pas.

Jacques Brel a dit une fois que la bêtise c’est la paresse. Le bête c’est, disait-il, celui qui se dit qu’il se suffit à lui-même, et qu’il ne veut pas en savoir plus. Dite moi, amis croyants, lequel de nous deux se suffit le plus à lui-même : celui qui croit tout savoir, ou celui qui avoue qu’il ne sait pas ? Ne prenez pas cette question à la lettre, SVP, et accordez-lui uniquement le statut de caricature, pas celui de provocation.


Slypayne



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