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Un chemin de liberté

De la religion à l'athéisme


par Thierry B.  -  17/03/2015




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




Penser sa vie et pouvoir la conduire en homme libre est un grand privilège que bien peu ont la chance d'avoir. Hasards de la vie et choix personnels m'ont permis d'être du côté des chanceux. Les quelques pages qui suivent font état de ma réflexion sur le sujet. J'ai éprouvé le besoin de les écrire pour y voir plus clair face à l'oeuvre de régression conquérante dont les religions sont le terreau. Une fois cette mise au point personnelle rédigée, j'ai effectué une recherche sur Internet pour voir si mon analyse rencontrait celle d'autres personnes. Ce faisant, j'ai découvert votre site dont le contenu a retenu mon attention par sa richesse et sa rigueur, tout en laissant place à l'humour et au débat. J'ai vu que, sur le fond, mon argumentation n'est pas originale et qu'elle est largement développée et étayée dans vos pages. Mais c'est une réflexion parmi d'autres, dont la couleur propre peut retenir l'intérêt de lecteurs qui ont parcouru un chemin analogue au mien pour gagner leur liberté.


Le constat

L'homme a inventé Dieu pour conjurer la peur qu'il éprouve devant ce qui lui arrive et qu'il ne comprend pas : la faim, la maladie, la mort, la guerre etc. Les représentations de(s) Dieu(x) sont donc multiples et variables d'un lieu à l'autre, d'une époque à l'autre selon les préoccupations circonstancielles des sociétés ou des individus. Les religions ont marqué le processus d'hominisation en même temps que se sont développés les outils et les techniques, les arts et le langage. Elles ont conféré aux sociétés et aux individus une place dans un système cohérent de représentation du monde, propre à chaque lieu et à chaque époque. A ce titre, elles ont eu un rôle éminent dans l'équilibre fonctionnel des sociétés tant que celui-ci est resté stable et n'a pas été remis en cause par des changements de toute nature (techniques, environnementaux, politico-militaires etc.), plus ou moins brusques et profonds. À ce titre, elles constituent un matériau anthropologique de grand intérêt. Si le divin et le sacré sont des marqueurs invariants de l'hominisation, ils se sont incarnés avec une grande diversité d'expressions dans la fabrique des religions, en fonction des contextes où celles-ci se sont développées. Aussi, les transformations actuelles et accélérées du monde bouleversent toutes les religions dans leurs fondements et les mettent face à une alternative délicate : soit le repli et la radicalisation qui proscrit tout changement jusqu'à la déraison, soit l'ouverture et l'adaptation qui rendent caduques les certitudes anciennes jusqu'au renoncement. Les convulsions qui traversent les religions sont la conséquence de leur malaise face à un monde dont la connaissance est sortie de leur champ et échappe à leur contrôle. Aujourd'hui, les religions qui cherchent à se dégager de l'obscurantisme, courent derrière la science qui a balayé, sans y prendre garde, leurs mythes fondateurs et les récits merveilleux ou cauchemardesques qui en découlent. En effet, tout en laissant Dieu hors de son propos, la science apporte des réponses plus satisfaisantes que les religions, aux préoccupations concrètes et aux interrogations existentielles des hommes.

Face à ce constat, ceux qui veulent y croire encore, posent Dieu comme être absolu qui a créé l'univers et pensé le destin de celui-ci, de toute éternité, avant le big-bang et au-delà des lois physiques ou mathématiques, ainsi surpassées. Il s'agit d'une spéculation métaphysique à laquelle notre esprit humain, inscrit dans la réalité matérielle, n'a aucun moyen de donner un contenu plus précis et une consistance vérifiable. Une fois le mot prononcé, nous ne pouvons rien dire de plus sur Dieu qui, par essence, échappe à notre entendement, s'il existe. Alors, à quoi bon nous embarrasser d'une question qui n'a, nécessairement, aucun débouché. En tout cas, postuler l'existence de Dieu ne donne aucune légitimité aux religions pour parler en son nom (qu'il leur pardonne ce péché d'orgueil), imposer leur vision du monde et leurs règles de vie à ceux des autres hommes qui ne leur demandent rien et veulent juste s'affranchir de leur carcan de rituels, d'observances et d'interdits. Le spectacle désolant du monde nous montre que cela reste, hélas, un voeu pieux.

L'héritage d'une pensée asservie

N'ayant pas de connaissances suffisantes sur les autres religions, j'argumenterai le propos qui suit en prenant appui sur l'expérience que j'ai de la religion catholique dans laquelle j'ai été élevé et telle qu'elle m'a été enseignée. Mais, les personnes qui se sont affranchies des religions juive, musulmane ou autres, se retrouveront sans doute dans mon parcours.

Au delà de la réalité tangible qui retient médiocrement son attention, la religion a élaboré, sous l'inspiration de ses prophètes, une cosmologie parallèle où le paradis s'oppose à l'enfer, et, secondairement, au purgatoire. Chacun de ces sous-ensembles est peuplé, outre les élus et les damnés, d'être chimériques. Au paradis, les anges, les archanges, les principautés, les puissances, les dominations, les vertus, les trônes, les chérubins, les séraphins font chorus avec les élus pour chanter éternellement la gloire de Dieu. En enfer, Satan et les démons torturent à jamais de pauvres damnés qui ont eu le malheur de commettre un des péchés mortels dont la liste est si longue qu'aucun croyant n'est assuré d'échapper au châtiment éternel, même en s'infligeant de cruelles mortifications. Quant à la rédemption et à la miséricorde, il est écrit qu'il y aura beaucoup d'appelés mais peu d'élus ; pas de quoi se rassurer.

C'est avec ces âneries que des curés demeurés, avec l'assentiment de leur hiérarchie, ont remplis nos consciences d'enfants, effrayées par de telles révélations. Il s'agit d'un endoctrinement enjoignant la soumission par la terreur et non d'une école de libération. Remarquons, au passage, que les religions sont promptes à exiger qu'on les respecte et qualifient un peu facilement de christianophobe (islamophobe, ou judéophobe), celui qui argumente contre elles pour réfuter leurs dogmes. Mais, le respect d'autrui s'évade de leur conscience quand elles violent ainsi l'innocence des enfants en les culpabilisant et en les plaçant sous la menace du châtiment divin éternel. Comment qualifier la gravité d'un tel délit ? Il est possible qu'aujourd'hui l'Église ne mette plus en avant, dans son enseignement le jugement dernier et ses sentences pour contraindre ses fidèles à la docilité. Mais, si la religion admettait s'être trompée sur l'enfer, aurait-elle raison sur le paradis ? On est pris d'un doute. Les textes sacrés, soumis à l'analyse historique, se révèlent pleins d'incohérences, d'impossibilités, d'erreurs de transcription, de réarrangements de circonstance, voire de contradictions ; si message divin il y a, il est si dilué et obscurci qu'on peut en faire toutes les interprétations voulues, dictées par les circonstances ou par ceux qui sont en charge de dire la "bonne parole". Les milliers d'exégètes qui, depuis des siècles, scrutent le parchemin des textes sacrés peinent, me semble-t-il, à faire émerger une vision épurée du projet divin en l'expurgeant des invraisemblances et des horreurs dont il a été affublé. En tout cas, on attend toujours la bulle, l'encyclique ou le concile qui rejetteront clairement et définitivement ces absurdités pour en débarrasser l'esprit de millions de gens aliénés et crédules qui craignent pour leur salut. Et l'Amour du prochain, n'est-il pas l'essentiel, me direz-vous ? A-t-il vraiment besoin de ce fatras pour être transfiguré et grandi par la foi ? Il est surtout avili par la crainte. Et si quelques belles figures chrétiennes nous restent, c'est leur humanité et non leur ferveur qui leur vaut notre respect. L'amour est au coeur des hommes ; croyants ou non croyants, il a la même valeur pour eux tous. L'onction divine des prélats n'y ajoute rien.

Les fondements d'une pensée libérée

Une fois dépouillé de l'habillage baroque que nous venons d'évoquer et dont les religions l'ont gratifié, faisons l'hypothèse que Dieu existe comme être transcendant caché derrière toute chose et hors d'atteinte de l'expérience commune. Supposons encore que, tout en voulant rester caché, il veuille quand même s'adresser aux hommes en s'éveillant à leur conscience. Le vecteur d'une telle communication reste un insondable mystère, les voies du Seigneur étant impénétrables. On se demande pourquoi Dieu qui est infiniment sage a voulu embrouiller ainsi les choses en jouant à cache-cache avec ses créatures pour tromper ceux qui le mettent doute par la raison et "éclairer" ceux à qui une foi spontanée le rend évident (1). À cette aune, on le sait, la foi du charbonnier l'emporte sur la rationalité scientifique qui ignore Dieu ; le curé qui impose une vérité fondée sur la révélation est un meilleur éducateur que l'instituteur qui ouvre les consciences au doute et à l'autonomie de jugement. Cette présentation des choses qui fait la part belle à l'obscurantisme, arrange surtout ceux qui ont besoin de gens crédules pour les soumettre et faire prospérer leurs affaires sous couvert de volonté divine. Si, en poussant plus loin encore les concessions, on admet que Dieu se révèle aux hommes à l'issue d'une libre quête spirituelle, la parcelle de vérité sur le monde et sur nous-mêmes, que nous dévoile peu à peu la science, donne plus d'espoir et de sens à la vie humaine que les prophéties apocalyptiques portées par la religion. Savoir que nous sommes le résultat d'une évolution complexe de 13,7 milliards d'années au cours de laquelle l'énergie et la matière se sont combinées pour faire naître la vie et la conscience de soi (pas seulement chez Homo sapiens) offre une matière à la spiritualité (2) autrement plus féconde et plus consistante que l'espérance du paradis ou la crainte de l'enfer comme issue de notre existence. Pourquoi faudrait-il que l'éphémère éclat de conscience qui fait la vie de chacun se prolonge dans l'éternité ? La matière qui nous constitue a l'âge de l'univers ; elle s'est organisée en systèmes de plus en plus complexes qui ont donné lieu à une vie foisonnante dont l'homme n'est pas l'aboutissement mais un diverticule. Notre espèce s'éteindra comme d'autres avant elle ; d'autres formes de vie intelligente plus élaborées surgiront peut-être. Il y a quelque vanité à penser que les hommes que nous sommes, sont marqués par un destin divin singulier, hors de la règle commune qui régit le vivant. Quand notre vie s'en va, elle se fond dans le devenir de l'univers où d'autres germes de vie et de conscience sont en gestation. Cette perspective est, à mon sens, plus étayée et plus exaltante que celle d'une éternité égocentrée où perdurerait à tout jamais la conscience individuelle de soi, fût-ce dans la félicité d'une parousie enfin advenue.

Arrivé à ce point de réflexion, la question de l'existence de Dieu reste posée et y a-t-il encore un intérêt à y répondre ? La négative nous ouvre le chemin de la liberté.

Le comment et le pourquoi

Portons notre effort pas à pas, vers la connaissance du monde qui nous entoure avec les moyens empiriques dont nous disposons. Au fil de notre expérience et de nos tâtonnements, nous construisons des représentations du monde et de nous-mêmes dont nous pouvons éprouver la consistance : elles ont permis de nous affranchir de certaines limites matérielles contraignant notre vie et de commencer à comprendre comment l'humanité a pris sa place dans l'évolution. L'éthique et la morale, même si elles ne relèvent pas de la science, peuvent en tirer des arguments qui ont bien autant de force et de valeur que les récits édifiants des paraboles bibliques. Par exemple, les fondements des théories racistes sont invalidés par la science alors que la mention du "peuple élu" dans la Bible instille le doute. Le "comment sommes-nous là ?" auquel se borne la science nous ouvre, à mesure qu'elle avance, à une spiritualité créatrice et donc libératrice alors que le "pourquoi sommes-nous là ?" auquel les religions entendent répondre, génère une spiritualité refermée qui procède d'une révélation intangible où tout est écrit et doit ainsi s'accomplir en rendant l'homme prisonnier de son destin.

Pourquoi sommes-nous là, en effet ? Il n'y a pas de réponse évidente à cette question, sinon elle s'imposerait à tous. Plutôt que de la laisser en suspens comme la sagesse requiert de le faire en pareil cas, les croyants comblent ce manque en y mettant Dieu. Ce n'est pas plus satisfaisant puisqu'un mystère prend la place d'un autre et on revient à la case départ. Mais, cet artifice logique qui dissocie intrinsèquement esprit et matière, a permis aux prophètes de s'abstraire de la réalité pour rencontrer Dieu en leur for intérieur, sous l'effet de leurs intuitions, de leur rêves, de leurs hallucinations... ou de leurs intérêts temporels. A l'issue d'un tel reconditionnement, Dieu nous revient avec des propriétés anthropomorphiques bien terre à terre : il est tour à tour vengeur, tutélaire, paternel, colérique... Propriétés à partir desquelles les docteurs de la foi parachèvent l'oeuvre prophétique par des dogmes et des préceptes, posés comme "la vérité révélée". Toutefois, le souffle qui inspire celle-ci semble bien court pour nous convaincre qu'elle émane d'un Dieu parfait. "On prétend que Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu" a résumé Voltaire pour renvoyer les religions à leurs prétentions illusoires de nous faire entrer dans la vérité de Dieu par des passerelles aussi branlantes.

Y a-t-il une vie après la mort ? Tout le monde peut y croire mais personne n'en sait rien. Si l'on y croit, rien ne peut être dit de la forme que cette vie prendra. Toutes les révélations faites à ce sujet restent contenues dans les limites de ce que peut concevoir notre esprit humain. Terribles ou enchantées, les visions de l'au-delà exprimées par la religion ne sont que le miroir de nos craintes et de nos espérances terrestres. Les croyants pourraient épargner au Dieu qu'ils vénèrent, l'offense de l'impliquer dans ces constructions naïves qui relèvent des contes et légendes sans offrir plus de crédibilité.

Accordons nous pour que la vie avant la mort soit notre horizon.

Les vieilles lunes ont la vie dure

Il est vrai que ceux qui se réclament des religions sont partagés. Il y a les fondamentalistes qui s'en tiennent à une interprétation littérale des textes, même quand une analyse rationnelle démontre son inconsistance : le monde a été créé en sept jours il y a quelques millénaires, l'homme a été créé tel quel par Dieu etc. Selon eux, la vérité qui émane des textes, ne souffre aucune remise en cause et tout ce qui la contredit est impie. Cette posture donne ses fondements à l'intégrisme dont on mesure les ravages un peu partout ; cette forme de pensée totalitaire et imperméable à toute argumentation, doit être combattue.

Il y a aussi des croyants qui prennent acte des avancées de la science, de l'évolution qui en résulte sur les mentalités et les pratiques des gens. Ils réinterprètent les textes et les mettent en perspective à la lumière de ces changements. Cette démarche implique évidemment de prendre quelque recul avec l'énoncé littéral des textes ; ce qui aboutit à concilier les grands principes avec l'air du temps sous une forme plus ou moins consensuelle selon les sujets. La liberté prise avec une lecture monolithique imposée des textes fait que la religion est traversée de courants multiples dont les institutions n'assurent plus la cohésion. Chacun, s'affranchissant du dogme officiel, développe sa propre interprétation et réinvente le rapport qui le lie au surnaturel et à Dieu. L'Église rassemble encore ses fidèles mais d'une manière beaucoup plus distendue qu'autrefois, quand l'observance stricte des rites était impérative pour être reconnu comme membre de la communauté. C'est ainsi qu'en France du moins, une bonne partie des catholiques et plus largement des chrétiens, s'est réconciliée avec la république et la laïcité que celle-ci porte comme valeur. La vie sociale s'en trouve apaisée, même si des tensions palpables demeurent ou s'exacerbent. En effet, une partie importante des chrétiens et de leur hiérarchie, toujours à la traîne, notamment sur les questions de société (enseignement, avortement, mariage pour tous et homosexualité, fin de vie...), reste accrochée à des prérogatives d'ancien régime, quand la religion était l'arbitre des bonnes meurs et pouvait imposer sa vision de l'ordre social. Il est curieux de constater que ces catholiques réactionnaires, n'osant plus invoquer la loi divine, lui substitue le "respect de l'ordre naturel" pour légitimer leur refus d'ouvrir notre droit à des libertés nouvelles. L'ordre naturel qu'ils ont dans la tête n'est assurément pas celui que les sciences découvrent en bousculant sans cesse nos a priori mais, celui d'un ordre immuable, irrationnel, celui qui émane de de leur pauvre certitude d'être les messagers de Dieu. Décidément, ils n'en sortent pas.

Un cheminement vers la liberté

Ces diverses considérations retracent le cheminement de ma réflexion sur les choses de la vie. Cette réflexion est sous-tendue par l'expérience que j'ai acquise au fil du temps. Ce fut d'abord un combat pour me libérer d'une pensée toute faite dans laquelle le contexte social de ma jeunesse m'a enfermé, sous la férule d'une religion qui régentait la vie et l'esprit des gens. Peu enclin à l'exaltation mystique par le conditionnement dévot (3), j'ai éprouvé, avec résignation, la vacuité aliénante d'une piété obligée, répétitive et incantatoire à mesure que mon esprit s'éveillait à la critique et gagnait en pouvoir de discernement. En me sortant de cet enfermement, l'université a ouvert mon champ de réflexion aux exigences requises par une appréhension scientifique de la réalité. J'ai compris que la prétention des religions à donner un sens à la vie et au monde n'avait d'autre fondement que l'intuition de l'existence de Dieu et que, pour le reste, tout ce qu'elles affirment procède de vaticinations extravagantes, tirées d'un passé où les hommes cherchaient à se concilier des forces occultes qui les dépassaient. Cette forme de religiosité-là n'a pas disparu ; elle est une survivance qui imprègne encore fortement l'enseignement confessionnel tel qu'il m'a été prodigué et qui permet toujours aux religions de garder leur mainmise.

Jouant sur un autre registre, la démarche scientifique, purgée du scientisme qui est une autre forme de religion, se veut plus modeste puisqu'elle se borne à décrire et à comprendre comment fonctionne la réalité (4) qui nous constitue et nous entoure. Ses affirmations ne sont que transitoires, toujours susceptibles d'être remises en cause ou dépassées. A mesure qu'elle repousse l'horizon de notre ignorance, elle prend en défaut les croyances d'hier ; elle ouvre de nouveaux champs d'investigations qui donnent une perspective concrète à notre espoir de vivre mieux même si, on le voit bien, elle ne peut et ne prétend tout régler. Outre l'émerveillement qu'elle procure quand elle nous rend le monde plus intelligible, la science aide l'homme à apprivoiser ses peurs en dominant leur cause et non à s'en consoler ; elle contribue ainsi à le rendre acteur, promoteur de son destin, hors des préconçus religieux ou idéologiques. Il y a bien sûr des domaines qui ne sont pas réductibles au savoir scientifique (la création artistique, l'expression des sentiments, le plaisir d'échanger, de partager, etc.) ; ce sont tous les domaines où la liberté de chacun et de tous peut s'exercer. Y compris la liberté de croire en Dieu pour ceux qui y trouvent du réconfort ou matière à s'exalter.

Pour ma part, laissant les croyants à leur quête pathétique de l'absolu divin et à leurs attentes messianiques, je pense qu'il y a mieux à faire de notre courte vie que de chercher un Dieu qui se dérobe à nos sens, échappe à la raison et regarde les hommes s'empêtrer dans des supputations sans fin sur ce qu'il est et sur ce qu'il leur veut. On le voit, la route est encore longue avant que l'humanité ne se libère de la pensée magique. Aujourd'hui, les croyants informés voient bien que la science donne de meilleurs résultats que les rogations d'antan pour améliorer leur condition matérielle et les protéger des aléas de la vie. Mais, ils se tournent toujours vers Dieu pour qu'il leur épargne le dernier fléau, celui de la mort, et pour qu'il transfigure celle-ci en espoir d'éternité. Le refus de la condition humaine et de la mort qui en résulte les aliènent dans la vie par la soumission à un ordre divin, mystérieux et indéchiffrable. À cet égard, les textes sacrés, confus et remplis d'invraisemblances, nourrissent la perplexité plus qu'ils ne donnent d'espérance, du moins pour ceux dont la lecture n'est pas éblouie par la foi.

En revanche, en étant lucide sur les limites existentielles de la condition humaine, l'athée voit entièrement sa place dans l'ordre intelligible des choses et non dans un arrière monde insaisissable. Cette posture rend l'homme libre face à son destin et lui permet de retrouver la sérénité qu'il avait perdue en se croyant chassé du paradis terrestre par le péché originel de ses premiers ancêtres. Mordons à pleines dents dans le fruit défendu de l'arbre de la connaissance. Celle-ci nous libère de la nostalgie du paradis perdu et de l'asservissement qui en résulte. Le devenir de l'humanité est ce que nous voulons en faire, en étant pleinement libres et responsables. C'est là toute la question : à défaut de nous en remettre à Dieu pour entrevoir le meilleur ou éviter le pire, c'est aux hommes et à eux seuls qu'il revient de décider.

Cela étant, le développement des sciences et des techniques est une source de pouvoir considérable, qui ne peut être laissée entre les mains des seuls acteurs concernés (scientifiques et financeurs-décideurs), en raison des enjeux démocratiques en cause. Une société de la connaissance implique que celle-ci soit partagée, au plus haut niveau possible, par tous les citoyens (d'où l'importance de l'enseignement laïc et d'une répartition équitable de la richesse) pour que les avantages qu'elle procure fassent partie du bien commun et ne deviennent pas le privilège d'une élite. À cet égard, l'intégrisme des idéologues néolibéraux partisans d'une "science économique" qui théorise, avec une rigueur démonstrative implacable mais partiale, le bien fondé du bénéfice sans limite accordé au petit nombre au détriment de tous, est aussi redoutable que l'intégrisme qui gangrène les religions mais c'est un autre sujet...


Thierry B.




Notes :
  1. Pour sortir de l'inévitable confrontation entre foi et science, les croyants objectent que la foi est un don de Dieu, qui les distingue et les inspire. A la suite de cet argument, on s'interroge pour savoir de qui la raison est-elle le don. Du diable sans doute. En effet, les conclusions auxquelles la raison permet d'aboutir sentent toujours le souffre car elles mettent à mal les vérités imposées du dogme.

  2. La spiritualité, comme l'éthique, la morale et les bons sentiments, n'est pas l'apanage exclusif des croyants. Le questionnement de l'athée sur lui-même et sur le monde ressort de la spiritualité, mais sans la nécessité d'une référence a Dieu. Le philosophe athée A. Comte-Sponville a argumenté dans ce sens.

  3. Le type de conditionnement que j'ai subi, dès 11 ans, dans les pensionnats catholiques de ma jeunesse, est le même que celui qui est pratiqué par les sectes que l'on dénonce pour cela. L'enseignement religieux est curieusement blanchi de ce reproche. On se demande pourquoi, en effet. En dehors des cours, du sommeil, et de brèves récréations, l'essentiel du temps restant était capté par l'exercice intensif de la piété sous diverses formes : méditations, homélies, messes et offices variés, lectures pieuses (pendant les repas), angélus, prières du matin, du soir, à chaque heure de cours, récitations du chapelet, répétitions de chants liturgiques, confessions hebdomadaires, retraites spirituelles, conférences de missionnaires, moines chanteurs à guitare pour les loisirs... Une sorte d'hébétude est engendrée par ce climat programmé de dévotion perpétuelle : s'élevant ainsi vers Dieu, certains peuvent s'y complaire ; préférant la vie d'ici-bas, je m'en suis sauvé.

  4. La réalité sensible à laquelle l'usage courant du mot renvoie, est-elle même questionnée par la science ; en ce sens, la réalité que la science nous donne à voir et à comprendre est une construction raisonnée dont la validité se fonde sur l'expérimentation. Il lui arrive ainsi de malmener le bon sens et ses évidences trompeuses. La religion entend nous initier à la vérité ultime de ce qui est, mais par des savoirs inopérants, alors que la science nous fournit des clés de compréhension, efficaces et utiles pour composer avec la réalité telle qu'elle s'impose, au-delà de notre perception sensorielle.



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