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Dagôn, le dieu-poisson des Philistins


par Eric Timmermans  -  17/08/2010




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




1. Dagôn, un démon biblique.

Il apparaît que ce démon de second ordre, dont une certaine démonologie aussi populaire que fantasque a fait le boulanger et le grand panetier de la Cour infernale, est, en fait, à l’origine, un dieu agraire phénicien, un dieu de la fertilité qui fut également adoré par les Philistins, raison pour laquelle, vraisemblablement, certains souhaitent encore l’invoquer, fut-ce après sa diabolisation par le judéo-christianisme, pour tout ce qui a trait à l’agriculture.

Dans la Bible, Dagôn est crédité de la victoire sur Samson (Juges 16 : 23) :

"Les princes des Philistins s‘assemblèrent pour offrir un grand sacrifice à Dagon, leur dieu, et pour se réjouir. Ils disaient : "Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi"." (Crampon).

"Les princes des Philistins se réunirent pour offrir un grand sacrifice à Dagôn, leur dieu, et se livrer à des réjouissances. Ils disaient : "Notre dieu a livré entre nos mains Samson, notre ennemi (Jérusalem)

Dagôn, qui avait des temples à Ashdod et à Gaza "était anciennement la grande divinité de la région du Moyen-Euphrate. Son culte s’étant répandu en Syrie et en Palestine, cf. le nom de lieu Bet-Dagôn, Jos 15, 41 ; 19 27. Il avait été adopté par les Philistins, qui semblent avoir très vite tout oublié de leur religion originelle. On retrouvera Dagôn dans l’histoire de l’arche, 1 S 5 2s." (Bible de Jérusalem, Cerf, 1998, p.371) Dagôn est donc le dieu des Philistins qui vainquit Samson, mais celui-ci parvint malgré tout, si l’on en croit la célèbre légende biblique, à détruire le temple du dieu (Juges 16 : 29-30).

Dagôn est également cité dans le Premier Livre de Samuel (5 : 1-5), dans le but de le diminuer et de le discréditer par rapport à Yahvé.

"Les Philistins, s‘étant emparés de l‘arche de Dieu, la transportèrent d‘Eben-Ezer à Azot. Les Philistins prirent l‘arche de Dieu, la firent entrer dans la maison de Dagon, et la placèrent auprès de Dagon. Le lendemain, les Azotiens se levèrent de bon matin, et voici que Dagon était étendu la face contre terre devant l‘arche de Yahweh. Ils prirent Dagon et le remirent à sa place. Le jour suivant, ils se levèrent de bon matin et voici que Dagon était encore étendu la face contre terre devant l‘arche de Yahweh; la tête de Dagon et ses deux mains détachées gisaient sur le seuil, et il ne lui restait que le tronc en forme de poisson. C‘est pourquoi les prêtres de Dagon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon à Azot ne posent pas le pied sur le seuil de Dagon, jusqu‘à ce jour." (Crampon).

"Lorsque les Philistins eurent pris l‘arche de Dieu, ils la conduisirent d‘Eben-ha-Ezèr à Ashdod. Les Philistins prirent l‘arche de Dieu, l‘amenèrent dans le temple de Dagôn et la déposèrent à côté de Dagôn. Quand les Ashdodites se levèrent le lendemain, voilà que Dagôn était tombé en avant, par terre, devant l‘arche de Yahvé. Ils prirent Dagôn et le remirent à sa place. Quand ils se levèrent de bon matin, le lendemain, voilà que Dagôn était tombé en avant, par terre, devant l‘arche de Yahvé; la tête de Dagôn et ses deux mains étaient coupées près du seuil; il ne restait à sa place que Dagôn seul. C‘est pourquoi les prêtres de Dagôn ne marchent pas sur le seuil de Dagôn à Ashdod, jusqu'à ce jour." (Jérusalem).

John Milton renchérira à propos de Dagôn dans son Paradis perdu, précisant qu’ "après Thamnuz, il en vint un [démon] qui pleura amèrement, quand l’Arche captive mutila sa stupide idole, tête et mains émondées dans son propre sanctuaire, sur le seuil de la porte où elle tomba à plat, et fit honte à ses adorateurs : Dagon est son nom ; monstre marin, homme par le haut, poisson par le bas. Et cependant son temple, élevé haut dans Azot, fut redouté le long des côtes de la Palestine, dans Gath et Ascalon, et Accaron, et jusqu’aux bornes de la frontière de Gaza." (Le Paradis perdu, I : 457-466, p. 55-56).

2. Dagôn dans l’affaire des possessions de Louviers (1642-1643).

C’est le démon Dagôn qui, dit-on, obséda la malheureuse Madeleine Bavent dans sa cellule du couvent de Louviers, l’affaire des possessions de Louviers étant au moins aussi célèbre et aussi scandaleuse que celle des possessions de Loudun. Madeleine, déflorée à l’âge de quatorze ans et qui servit de maîtresse peu consentante à au moins trois "directeurs de conscience", fut ainsi accusée d’avoir conclu un pacte avec Dagôn.

3. Dagôn chez Lovecraft

Dagôn est également le nom d’un monstre "lovecraftien", H.P. Lovecraft utilisant même le nom de la divinité phénicienne pour titrer l’un de ses ouvrages (écrit en 1917). "Soudain, je vis la chose, écrit Lovecraft. Dans un léger remous au-dessus des eaux troubles, elle émergea. D’un aspect répugnant, d’une taille aussi imposante que celle de Polyphème, ce gigantesque monstre de cauchemar s’élança rapidement sur le monolithe, l’étreignit de ses grands bras couverts d’écailles, tandis qu’il inclinait sa tête hideuse en proférant une sorte d’incantation. Je crois que c’est à ce moment précis que je suis devenu fou." Et l’auteur de faire ajouter à son personnage, témoin de l’infâme apparition : "Un jour j’ai rencontré un célèbre ethnologue que mes questions sur l’antique légende philistine du Dagon, le Dieu-poisson, amusèrent. Mais je m’aperçus bientôt que ce savant était désespérément conventionnel, et j’arrêtai là mon enquête." (Dagon, H.P. Lovecraft, J’ai Lu, 1973, p.12 et 13). Lovecraft a donc fait entrer Dagôn dans l’univers, totalement imaginaire, rappelons-le, du Necronomicon dans lequel il est notamment conseillé de porter l’emblème de Dagôn pour évoquer le Grand Cthulhu (Ibid. , p. 164). Une précision aussi sur la source d’inspiration de Lovecraft : "comme à Providence, la présence de l’Océan, père de tous les monstres, "demeure insondable", résidence de Dagon et des amphibies étranges de Lovecraft, suggère l’horreur de l’informe." ("Lovecraft et son environnement", Angela Carter, Le Necronomicon, Appendice C, Belfond, 1996, p.213)

4. Visualisation

On voit apparaître Dagôn sous la forme d’un être hybride, dont la tête et le buste sont humains, mais dont le bas du corps est celui d’un poisson. Il serait ainsi apparut à Madeleine Bavent, totalement nu, les cheveux levés comme des cornes et étincelants, le visage d’une rare noirceur.


Eric Timmermans



Sources : Bible de Jérusalem, Cerf, 1998 / Dagon, H. P. Lovecraft, J’ai Lu, 1973 / Dictionnaire du Diable, Roland Villeneuve, Omnibus, 1998 / Dictionnaire du diable, des démons et sorciers, Pierre Ripert, Maxi-Poche Références, 2003 / Le Paradis perdu, John Milton, NRF-Gallimard, 1995 / Le Prince de ce monde, Nahema-Nephtys et Anubis, Editions Savoir pour Être, 1993 / Le Necronomicon, "Le livre de l’Arabe dément Abdul Al-Hazred", George Hay, Belfond, 1996) / Livre des Superstitions, Eloïse Mozzani, Robert Laffont, 1995.




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