"Nous voyons que le corps, aujourd'hui, apparemment triomphant, au lieu de constituer encore une instance vivante et contradictoire, une instance de "démystification", a tout simplement pris le relais de l'âge comme instance mythique, comme dogme et comme schème de salut. Sa "découverte", qui fut longtemps une critique du sacré, vers plus de liberté, de vérité, d'émancipation, bref un combat pour l'homme contre Dieu, se fait aujourd'hui sous le signe de la resacralisation. Le culte du corps n'est plus en contradiction avec celui de l'âme : il lui succède et hérite de sa fonction idéologique."
(Jean Baudrillard / 1929-2007 / La Société de consommation / Denoël / 1970, page 212)
"Archevêque : dignitaire ecclésiastique plus sacré d'un cran qu'un évêque."
(Ambrose Gwinett Bierce / 1842-1914 / Le Dictionnaire du Diable)
"Baptême : Rite sacré d'une telle efficacité que celui qui trouve le chemin du ciel sans l'avoir reçu sera plongé dans les affres de la détresse pour l'éternité."
(Ambrose Gwinett Bierce / 1842-1914 / Le Dictionnaire du Diable)
"Ecriture : Livres sacrés de notre sainte religion, à ne pas confondre avec les récits profanes et mensongers sur lesquels sont fondées toutes les autres croyances."
(Ambrose Gwinett Bierce / 1842-1914 / Le Dictionnaire du Diable)
"Quand Dieu a pétri la Terre de ses mains sacrées, il a fait une belle boulette."
(Alexandre Breffort / 1901-1971)
"Nombreux, parmi les poètes et les penseurs, affirment que le plus urgent est de resacraliser le monde et de restituer à la vie sa transcendance originelle. Mais, pour ceux qui ont en mémoire le temps si long et pourtant pas si lointain où cette transcendance ne servit qu'au pouvoir et à l'arrogance des clercs de toutes les religions, cette resacralisation ne peut plus se réaliser que sur un mode laïque et en quelque sorte lavé de toute emprise dogmatique ou théologique."
(Jean-Claude Besson-Girard / Decrescendo cantabile / 2005)
"Toutes les religions ont une explication de la "création" du monde, tous les livres sacrés commencent par là. Pas une seule religion n'a soupçonné quelle est la véritable forme de la Terre, la nature du ciel et des étoiles, les lois de la gravitation, les rapports entre la Terre, la Lune, le Soleil et les planètes, la constitution du corps humain, le rôle des micro-organismes dans les maladies, etc. Tous les livres saints, dès qu'ils se mêlent d'expliquer ce monde créé par le dieu qu'ils exaltent, déconnent à perdre haleine.
[...]
Tout se passe comme si les livres "sacrés", fondements intouchables de la foi, étaient les œuvres d'ignorants fumeux et prétentieux, d'illuminés en état d'excitation, de monomaniaques en proie à une idée fixe et n'en sachant pas plus sur la nature des choses que ce qu'en savaient les bonnes gens de leur époque."
(François Cavanna / 1923-2014 / Lettre ouverte aux culs-bénits)
"Nous disons qu’il n’est pas besoin de croire en Dieu pour ressentir la présence du sacré dans certaines oeuvres de Mozart ou de Bach."
(Georges Charpak / 1924-2010 / article du "Monde des Religions" / Juillet-Août 2004)
"La philosophie doit prendre le relais de la religion, sans textes sacrés, sans le Coran, la Bible ou le livre du Bouddha."
(André Comte-Sponville / né en 1952)
"Car autant le sacré, de par son essence numineuse, est de soi troublant, inquiétant, quoique fascinant, autant la religion est apaisante, calmante. Le sacré émeut, déconcerte, annihile la créature; la religion sauve l'individu de son néant, lui ôte l'inquiétude essentielle et, sous réserve de sa foi, de sa confiance, de sa bonne volonté, lui rend l'être et la paix en lui traçant un chemin à suivre pour aboutir au bonheur. La science moderne qui n'est plus assujettie à la philosophie, n'a pas en vue la vérité pour elle-même, mais comme moyen pour soumettre et dominer; elle est au service de la puissance. La religion n'a pas non plus en vue la vérité pour elle-même, mais comme moyen de salut. Seule la philosophie a en vue la vérité pour elle-même, au risque de la souffrance, peut-être du désespoir. Or, la vérité, qui est le tout de la réalité, enveloppe aussi bien le rationnel que l'irrationnel. La philosophie a donc affaire à de l'irrationnel. Cet irrationnel n'est pas le sacré, lequel suppose l'expérience religieuse et l'ouverture au surnaturel, mais le démonique. Certes, la philosophie est l'œuvre de la raison, "du bon sens", comme dit Descartes. Mais, au contraire de la raison scientifique qui passe à côté du merveilleux et du mystère sans le voir, la raison philosophique reconnaît, identifie l'irrationnel, le merveilleux, le mystère."
(Marcel Conche / né en 1922 / Le sens de la philosophie)