"Leur Dieu n'est point l'Être vigoureux et puissant, le Dieu brutalement positif de la théologie. C'est un Être nébuleux, diaphane, illusoire, tellement illusoire que, quand on croit le saisir, il se transforme en Néant : c'est un mirage, un feu follet qui ne réchauffe ni n'éclaire. Et pourtant ils y tiennent, et ils croient que s'il allait disparaître, tout disparaîtrait avec lui. Ce sont des âmes incertaines, maladives, désorientées dans la civilisation actuelle, n'appartenant ni au présent ni à l'avenir, de pâles fantômes éternellement suspendus entre le ciel et la terre, et occupant entre la politique bourgeoise et le socialisme du prolétariat absolument la même position. Ils ne se sentent la force ni de penser jusqu'à la fin, ni de vouloir, ni de se résoudre et ils perdent leur temps et leur peine en s'efforçant toujours de concilier l'inconciliable."
(Mikhaïl Bakounine / 1814-1876 / Dieu et l'Etat / 1882)
"Et ce qu'on doit dire des religions consacrées, on doit aussi le dire des religions soi-disant libérées et hérétiques, ces retours à l'Évangile, réformes superficielles, en habit civil, de la malfaisante superstition. Enfin, ceux qui croient en Dieu croient aussi, par conséquence et par analogie, à bien d'autres fétiches ou fantômes. Une fois admise cette intrusion de l'inexplicable, on peut admettre toutes les hypothèses qui déracinent l'homme de l'humain."
(Henri Barbusse / 1873-1935)
"Fantôme. Signe extérieur évident d'une frayeur interne."
(Ambrose Gwinett Bierce / 1842-1914 / Le Dictionnaire du Diable / 1906)
"Ah ! Pourquoi n'ai-je plus, comme dans mon enfance,
la croyance au réveil qui succède au trépas,
cette foi qui console en donnant l'espérance
de retrouver là-haut ceux qu'on pleure ici bas !
Mais à scruter les lois de la nature humaine,
à chercher la lumière et la réalité,
ma foi s'est dissipée, ainsi que l'ombre vaine
des fantômes des nuits, fils de l'obscurité."
(Paul Broca, chirurgien /1824-1880 / poème)
"c'est [la fin du monde, la parousie] un vain épouvantail destiné à effrayer les âmes faibles, comme les spectres et les fantômes qu'on fait apparaître dans les mystères de Dionysos pour frapper l'imagination. Tout cela est fondé sur de vieilles histoires mal digérées. Ils [les chrétiens] ont entendu dire qu'après un cycle de plusieurs siècles, au retour de certaines conjonctions des astres, des conflagrations et des déluges pouvaient se produire."
(Celtus, dit Celse / IIe siècle ap. JC / Discours véritable)
"La papauté n'est rien d'autre que le fantôme du défunt Empire romain, siégeant couronné sur sa tombe."
(Thomas Hobbes / 1588-1679 / Léviathan / 1651)
"L'athéisme, dont jusqu'ici les principes n'ont point été suffisamment développés, semblent alarmer les personnes même les plus dégagées de préjugés. Elles trouvent l'intervalle trop grand entre la superstition vulgaire et l'irréligion absolue; elles croient prendre un sage milieu en composant avec; elles rejettent les conséquences en admettant le principe; elle conserve le fantôme sans prévoir que, tôt ou tard, il doit produire les mêmes effets et faire, de proche en proche, éclore les mêmes folies dans les têtes humaines..."
(Paul-Henri, baron d'Holbach / 1723-1789 / Système de la nature)
"Tant que le sacerdoce aura le droit d'infecter la jeunesse, de l'habituer à trembler devant les mots, d'alarmer les nations au nom d'un Dieu terrible, le fanatisme sera le maître des esprits, l'imposture à volonté portera le trouble dans les Etats. Le fantôme le plus simple, perpétuellement alimenté, modifié, exagéré par l'imagination des hommes, deviendra peu à peu un colosse assez puissant pour renverser les têtes et culbuter les empires."
(Paul-Henri, baron d'Holbach / 1723-1789 / Système de la nature)
"Notre monde parviendra un jour à un raffinement tel qu'il sera aussi ridicule de croire à un Dieu qu'aujourd'hui de croire aux fantômes."
(Georg Christoph Lichtenberg / 1742-1799 / Aphorismes)
"Il y a pour moi plus d'inexplicable dans le protoplasme que dans l'ectoplasme, dans la division d'une cellule que dans toutes les histoires de tables tournantes et de fantômes."
(Jean Rostand / 1894-1977 / Ce que je crois)
"Inutile d'employer un thermomètre de haute précision pour prendre la température d'un fantôme."
(Jean Rostand / 1894-1977)
"La crainte qui a fait les Dieux a fait aussi la Religion et, depuis que les hommes se sont mis en tête qu'il y avait des anges invisibles qui étaient cause de leur bonne ou mauvaise fortune, ils ont renoncé au bon sens et à la raison, et ils ont pris leurs chimères pour autant de divinités qui avaient soin de leur conduite. Après donc s'être forgé des Dieux, ils voulurent savoir quelle était leur nature, et s'imaginant qu'ils devaient être de la même substance que l'âme, qu'ils croient ressembler aux fantômes qui paraissent dans le miroir ou pendant le sommeil; ils crurent que leurs Dieux étaient des substances réelles ; mais si ténues et si subtiles que, pour les distinguer des Corps, ils les appelèrent Esprits, bien que ces corps et ces esprits ne soient, en effet, qu'une même chose, et ne diffèrent que du plus ou moins, puisqu'être Esprit ou incorporel, est une chose incompréhensible."
(inconnu / Livre des trois imposteurs / chapitre III, parag. II / 1721)