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Comment parler de la mort

Réponse de JMF à Foufou de Bassan sur son texte
Expliquer la mort un enfant


par JMF  -  16/11/2007




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




J'aime bien le texte de Foufou de Bassan, avec ce qu'il révèle de douloureux et de compassion laïque, avec sa simplicité et sa sincérité... Toutes qualités que les croyants, particulièrement les catholiques, imaginent qu'ils sont les seuls à pouvoir ressentir grâce à leur foi...

Je ne me satisfait pas des réponses (le recours à l'imaginaire de "l'au-delà" pour apaiser la souffrance) données, mais je comprends fort bien que, confronté dans l'urgence à la souffrance de la disparition d'un proche, on n'ait pas pu faire autrement.

Je vais partir de quelques généralités rapides avant d'en arriver à des propositions concrètes. Si vous souhaitez des précisions et des détails, demandez-les à notre animateur de site préféré qui me les transmettra.

Tout d'abord, je rapproche la situation par rapport à la mort à la situation par rapport aux débuts de la vie : la plupart des femmes citadines occidentales d'aujourd'hui n'ont jamais assisté ni à un accouchement humain ni à une mise bas animale avant de se retrouver elles-mêmes dans cette situation. Et elles ont dû en plus, pendant la grossesse, souvent se farcir les récits catastrophiques des autres. Il y a de quoi angoisser !!!

De même, nos petits citadins n'ont jamais vu de cadavres, ni d'humain ni d'animaux avant que cela ne soit celui d'un de leurs proches !!! A part un pigeon écrasé, amas dégoûtant de plumes et de viscères sanglantes ... Quelle image violente !!

Donc, notre société a peu à peu effacé de l'expérience quotidienne de vie aussi bien les débuts que les fins de vie. On peut encore en voir des représentations caricaturales dans les séries télévisées qui préparent bien peu à l'expérience vivante de ces moments forts.

C'est dans ces conditions-là que s'enracinent aujourd'hui les idéologies, religieuses ou non, sur les débuts et les fins de vie. Comme les gens, et particulièrement les enfants, n'ont pas d'expérience directe, on peut leur raconter n'importe quoi, cela pourra être crédible parce que coupé du vécu sensible ! Et lorsqu'ils sont, brutalement, mis en face d'une expérience à laquelle rien ne les a préparés, les émotions peuvent alors être tellement fortes que l'on panique et que l'on accepte volontiers n'importe quoi qui peut apaiser...

Toute mon expérience d'éducateur et de formateur m'amène à vous faire les propositions suivantes dont je connais les bienfaits pour les avoir souvent vécus.

En gros, il s'agit, par tous les moyens à votre disposition, d'accompagner les enfants dans leurs démarches de découverte du vivant.
"Accompagner" cela signifie pour moi aider à faire, soutenir, encourager, prendre des nouvelles, et surtout, ne pas faire à la place de l'enfant, mais l'écouter, l'encourager à élaborer son discours sur ce qu'il fait et ce qu'il voit. Poser des questions ouvertes (qui incitent à dire plus, à préciser...) ne pas juger moralement, mais éventuellement dire ce que l'on ressent affectivement et aider l'enfant à mettre aussi des mots sur ses ressentis affectifs.

Dès que les enfants s'intéressent aux animaux, accompagnez-les dans des projets d'élevage de petits animaux (mouches, têtards, papillons, poissons... voire araignées, vers de terre... suivant leurs préférences et leurs tendances provocatrices ou conformistes...)

Il y a fort à parier qu'à un moment ou un autre, ils seront ainsi confrontés à la naissance, à la reproduction, à la mort, et c'est beaucoup plus acceptable ainsi.

Ne croyez-vous pas qu'il vaut mieux, pour comprendre quelque chose, petit à petit, à la sexualité, commencer à regarder des escargots en plein coït vers 5-6 ans, puis d'autres animaux plus "proches" (oiseaux, puis mammifères...) et d'en parler à des adultes ouverts que de n'avoir jamais rien vu et de tomber un jour sur ses propres parents au lit, ou de visionner à 11 ans des pornos (que l'on télécharge facilement dès que l'on a un téléphone portable ou un accès à Internet non protégé) ? !

De la même façon, si l'on s'est confronté à la mort d'un papillon, puis d'un lézard, puis d'un canari, puis d'un hamster... et que l'on a à chaque fois pu en parler, participer au devenir du cadavre, inventer des cérémonies funéraires pour tortues ou poisson rouge, et raconter ça à papa, à maman, aux grands frères, aux copines... Et recommencer à le raconter 10 fois, 20 fois, jusqu'à ce que l'expérience soit "métabolisée".... C'est dans ces conditions-là que l'on pourra mieux "apprivoiser" la mort du grand-père.

Vous remarquerez qu'alors, dans ce long processus éducatif, ce qui est le plus important, c'est ce que l'enfant vit et c'est ce qu'il en dit. Ce n'est plus le discours de l'adulte sur lequel on est centré. On n'a alors plus à prêcher une vérité religieuse ou athée à laquelle l'enfant devrait adhérer par un processus éducatif qui reste toujours "religieux" tant qu'il s'impose "du haut" vers "le bas".

L'adulte exerce toujours, et toujours davantage, sa responsabilité éducative en accompagnant, par sa présence, son soutien, son écoute, son aide, plutôt que par son discours autoritaire.

Voilà quelques réflexions de base d'un éducateur laïc.


JMF



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