Argument cosmologique par le mouvement
"Il est évident, nos sens nous l'attestent, que dans ce monde certaines choses se meuvent. Or, tout ce qui se meut est mû par un autre. En effet, rien ne se meut qu'autant qu'il est en puissance par rapport au terme de son mouvement, tandis qu'au contraire, ce qui meut le fait pour autant qu'il est en acte; car mouvoir, c'est faire passer de la puissance à l'acte, et rien ne peut être amené à l'acte autrement que par un être en acte, comme un corps chaud en acte, tel le feu, rend chaud en acte le bois qui était auparavant chaud en puissance, et par là il le meut et l'altère. Or il n'est pas possible que le même être, envisagé sous le même rapport, soit à la fois en acte et en puissance; il ne le peut que sous des rapports divers; par exemple, ce qui est chaud en acte ne peut pas être en même temps chaud en puissance; mais il est, en même temps, froid en puissance. Il est donc impossible que sous le même rapport et de la même manière quelque chose soit à la fois mouvant et mû, c'est-à-dire qu'il se meuve lui-même. Il faut donc que tout ce qui se meut soit mû par un autre. Donc, si la chose qui meut est mue elle-même, il faut qu'elle aussi soit mue par une autre, et celle-ci par une autre encore. Or, on ne peut ainsi continuer à l'infini, car dans ce cas il n'y aurait pas de moteur premier, et il s'ensuivrait qu'il n'y aurait pas non plus d'autres moteurs, car les moteurs seconds ne meuvent que selon qu'ils sont mus par le moteur premier, comme le bâton ne meut que s'il est mû par la main. Donc il est nécessaire de parvenir à un moteur premier qui ne soit lui-même mû par aucun autre, et un tel être, tout le monde comprend que c'est Dieu."
Thomas d'Aquin (Somme théologique, Ière partie, question 2, article 3)
"Supposons que nous soyons dans un train qui :Ce que cela signifie pour Thomas d'Aquin, c'est que le mouvement n'est pas une propriété intrinsèque d'un objet mais une propriété qui doit s'appliquer à deux choses : un corps et un observateur. Cela signifie qu'il ne peut pas exister un "moteur immobile" au sens absolu du terme, le mouvement étant relatif. Il n'y a pas de référence fixe et absolue. Un objet peut donc être à la fois en mouvement et immobile, en acte et en puissance, selon le référentiel adopté.
- soit est arrêté,
- soit avance tout droit, toujours à la même vitesse et sans secousse.
Si, par la fenêtre, nous voyons un train croiser le nôtre, comment savoir si c'est nous qui avançons et l'autre train qui est à l'arrêt, ou l'autre train qui est en mouvement et nous qui sommes arrêtés ?
S'il y avait des secousses, des changements de direction ou des accélérations, nous pourrions en déduire qui bouge et qui est arrêté ; mais il n'y en a pas.
Il se peut même que nous et l'autre train soyons en même temps en mouvement, et il est impossible de connaître ni la vitesse "réelle" de notre train, ni celle de l'autre : on peut seulement connaître celle de l'autre train par rapport à nous.
C'est à cause des référentiels. Nous nous trouvons dans le référentiel de notre train, et les deux trains (le nôtre et celui qui le croise) se trouvent tous les deux dans le référentiel "terrestre". Le référentiel de notre train se trouve donc dans le référentiel terrestre, mais il est en mouvement par rapport à lui. À moins de regarder "dehors" (un arbre, le sol, les nuages), c'est-à-dire de nous repérer par rapport au référentiel terrestre, nous n'avons pas l'impression que notre train avance : par exemple, en fermant les rideaux du train, on pourrait se croire à l'arrêt puisqu'il n'y a pas de secousse, d'accélération ni de changement de direction.
Pourtant, quelqu'un situé dans un autre référentiel que celui de notre train (l'autre train, par exemple, ou le référentiel terrestre) verra notre train (et donc nous) avancer, et à différentes vitesses selon le choix de ce référentiel.
Il y a donc plusieurs points de vue (mouvement, pas de mouvement) selon le référentiel où l'on se situe : c'est le principe de relativité galiléenne."