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"Des moines au laboratoire"


Critique du documentaire de la chaîne Arte, Janvier 2007


par B. Sorel  -  24/01/2007




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.




    Sommaire :

    • Points généraux abordés dans le documentaire

    • Points précis abordés dans le documentaire :

    • Critiques d'un point de vue du sujet abordé et pour l'athéisme


1. Points généraux abordés dans le documentaire :

  • Certains types de méditation se laissent scientifiquement mesurer (méditation focalisée et ouverte)

  • Le contrôle des émotions (déclenchées par la présentation de sons et d'images et par des contacts sociaux) testé scientifiquement

  • La prise de conscience de phénomènes corporels et émotionnels automatiques (souffle, motivation à l'action suite à l'émotion)

  • Les principes de la méthodologie scientifique utilisée pour enregistrer les émotions (codage des mouvements faciaux) et pour enregistrer l'activité du cerveau (ondes gamma)

  • L'évaluation dans un contexte scientifique des potentialités d'un méditant par rapport à celles d'un "homme de la rue"

  • Notions bouddhistes présentées (techniques de méditations, méditation et comportement dans la vie quotidienne)

  • La compassion comme nouveauté pour la psychologie occidentale

2. Points précis abordés dans le documentaire :
  • Présentation en temps réel des moines dans les lieux même de l'expérience (casque à électrode, FRMI, présentation de sons et d'images des expériences même)

  • Interviews des chercheurs et présentation de leurs perspectives de recherche

  • Présentation du récit d'un chercheur avec des images inédites et authentiques (voyage de "terrain au Tibet" à la rencontre d'ermites

  • Images de méditants, seuls ou en groupe, occidentaux ou orientaux

  • Images de rituels bouddhistes (célébrations, génuflexions des pèlerins dans la rue, moulins à prières mis en rotation)

  • Interview de moines

  • Images de scènes de vie, dans une métropole occidentale et dans une métropole du Népal

  • Opinion de chercheurs :
    • Alan Wallace : "le bonheur est dans la prise de conscience des phénomènes neutres".

    • Francisco Varela (décédé en 2001) : "L'évaluation scientifique inédite d'un phénomène omniprésent, la prise de conscience, est une voie de recherche prometteuse. Les traditions spirituelles qui incorporent la compréhension et la maîtrise de ce phénomène peuvent contribuer à cette recherche."

3. Critiques

Par rapport au sujet lui-même

Le choix du documentaire télévisuel de vulgarisation scientifique impose en soi la préférence d'une certaine perspective sur cette rencontre entre scientifiques et bouddhistes, qui réponde au cahier des charges de la présentation télévisuelle : force des images, rythme, immersion du téléspectateur, mise en scène, timing... Il faut en être conscient.

Il est positif que ce soient avant tout des faits qui soient présentés : les moyens humains et techniques de cette rencontre, et le contexte intellectuel immédiat (état de la recherche dans ce domaine, attitude bouddhiste de contribution au développement des connaissances sur le cerveau).

Il est regrettable que ce soient les mots de A. Wallace 'le bonheur est dans la prise de conscience des phénomènes neutres" qui aient été avancés comme incitation à la méditation. Cette phrase est rattachée à un système philosophique compliqué, et il est certain que pour les gens qui n'ont pas de connaissances relatives aux philosophies et méditations orientales, la méditation va leur apparaître comme une pratique loufoque où le fait de penser à un marteau tapant sur un clou (un phénomène neutre) doit procurer le bonheur...

Le temps imparti (environ 50 min.) ne permettait sûrement pas de présenter qu'au sein de la communauté scientifique, ces recherches sont tout d'abord peu connues, et ensuite qu'elles sont controversées dans leur utilité.

Sur le plan philosophique aussi, cette mise en contact de la science et d'une religion n'est pas quelque chose d'évident : dans quel courant cela s'inscrit-il, quels penseurs le soutiennent ? La communauté de chercheurs est divisée, car la science s'est largement développée en se séparant des croyances religieuses et culturelles. Quel cadre intellectuel soutient donc cette rencontre à contre courant de l'histoire des sciences ? Les scientifiques sont à juste titre sceptiques car la majorité des programmes de recherche mêlant d'une façon ou d'une autre science et religion émanent des mouvements religieux chrétiens fondamentalistes (créationnisme, intelligent design, principe anthropique fort). Il y a aussi des scientifiques pour qui toute mise en contact d'un phénomène religieux avec la science conduit au pervertissement de celle-ci, et ne peut être que néfaste pour la société (en France il s'agit de l'Union Rationaliste par exemple).

Par rapport à l'athéisme

Nul dieu, nul rite religieux, nulle croyance n'a été invoquée dans le documentaire pour soutenir que la méditation est une pratique qui pourrait être utile à tout un chacun. Comme il a été dit, par méditation est entendu "séances pour développer la concentration et l'attention". Dans le bouddhisme même, la méditation est un moyen et non une fin. L'efficacité de ce moyen, au même titre que les conseils d'un psychologue, n'est pas affaire de croyance, mais s'est confirmée suite à de multiples constatations des effets positifs sur ceux qui la pratiquent (dans le cadre de la relation maître-disciple fondamentale dans la religion bouddhiste).

Dit autrement : les athées peuvent sans crainte s'intéresser et s'interroger sur la méditation, ils n'en perdront par le titre d'athée.


B. Sorel




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