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Définition de la laïcité


par Yves Pialot  -  12/06/2005




Les textes publiés dans Vos contributions (rouge foncé) ne représentent que l'opinion de leurs auteurs.



Après le tribalisme des temps préhistoriques, quand l'homme se sédentarise et commence à fonder des sociétés, apparaît la nécessité de les organiser.

Ou bien on continue selon le principe tribal où tel groupe va imposer sa loi aux autres (le plus fort); ou bien on essaie d'harmoniser en respectant les différences sans que la diversité compromette l'unité.

C'est le principe de laïcité (le mot n'apparaissant que récemment dans notre histoire). Il vient du grec "laos", qui veut dire peuple.

La laïcité est donc une conquête de la civilisation, au même titre que la justice, l'égalité devant la loi, plus généralement l'Etat de droit.

Une communauté de droit ne peut être que laïque. L'histoire en effet nous apprend que la domination politique et institutionnelle des religions est incompatible avec la liberté de conscience comme avec l'égalité de droits; d'ailleurs, cela tombe sous le sens. Par définition, religion égale contraire de liberté puisqu'elle soumet l'homme à la divinité, en utilisant le principe de la révélation, elle-même, encore par définition, indémontrable : une chose à accepter sans discussion et surtout sans vérification de sa véracité.

Quel est donc le rôle de la laïcité lorsqu'elle devient institutionnelle ? Elle est là pour garantir la liberté de conscience, qui a une valeur plus générale, remarquons-le, que la liberté de religion (laquelle bien sûr est comprise dans la liberté de conscience) puisqu'elle se réfère au libre choix entre toutes les options spirituelles, y-compris l'absence de religion. A ce titre, la laïcité institutionnelle signifie que l'Etat ne peut pas imposer une religion, pas plus qu'il ne peut l'interdire. Le Stalinisme est à cet égard autant antilaïque que le Franquisme.

La laïcité n'est pas antireligieuse, elle est neutre. Anticlérical ne veut pas dire antireligieux, mais opposé au projet de domination temporelle des religieux. Pour la même raison, la laïcité n'est pas non plus antiathéisme. Les athées comme les croyants ont un droit égal à l'existence dans une société laïque. La laïcité transcende les options spirituelles en définissant les conditions de leur libre affirmation et de leur coexistence pacifique. A ce titre, elle est un facteur essentiel et indispensable de la paix civile.

Transposé à l'Ecole, le principe de laïcité va faire en sorte qu'une culture universelle, valable pour tous, croyants ou non-croyants, soit dispensée. La laïcité ne se limite donc pas à la neutralité. Elle est, comme l'écrit le philosophe Henri Peña-Ruiz, "la promotion du lien commun du fait qu'elle assume un projet d'émancipation de tous et de chacun". Je voudrais vous rappeler deux extraits de la lettre de Jules Ferry aux instituteurs de France, datée du 17 novembre 1883, à propos de l'enseignement de la morale. Le premier explicitant clairement le principe de séparation de l'église et de l'école : "Le législateur n'a pas entendu faire une oeuvre négative. Sans doute il a eu pour premier objet de séparer l'école de l'église, d'assurer la liberté de conscience et des maîtres et des élèves, de distinguer entre deux domaines trop longtemps confondus : celui des croyances, qui sont personnelles, libres et variables, et celui des connaissances, qui sont communes et indispensables à tous". Et il ajoute à l'adresse de l'instituteur : "En vous dispensant de l'enseignement religieux, on n'a pas songé à vous dispenser de l'enseignement moral : c'eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession". (Voilà pour ceux qui prétendent qu'il ne peut y avoir de morale sans religion). Le second est entré dans l'histoire, je serais presque tenté de dire dans la légende de l'Ecole Laïque : "Au moment de proposer aux élèves un précepte, une maxime quelconque, demandez-vous s'il se trouve à votre connaissance un seul honnête homme qui puisse être froissé de ce que vous allez dire. Demandez-vous si un père de famille, je dis un seul, présent à votre classe et vous écoutant, pourrait de bonne foi refuser son assentiment à ce qu'il vous entendrait dire".

Au plan de la République, la séparation des églises et de l'Etat devient dès lors une garantie d'impartialité (elle ne doit pas être considérée comme un châtiment à l'égard des églises). Je cite ici Victor Hugo : "Je veux l'Etat chez lui et l'Eglise chez elle". (Je crois savoir que V. Hugo a toujours été croyant).

Elargissons la question aux communautarismes en général. Une République laïque doit "préserver la sphère publique de tous les communautarismes", déclare Henri Peña-Ruiz, qui ajoute que "l'espace public ne saurait être une mosaïque de communautés mais un monde de référence des individus citoyens libres de choisir leurs appartenances, ou leurs non-appartenances". En d'autres termes, elle empêche la tentation d'un retour au tribalisme.


Conclusion

Laïcité égale : liberté de conscience; laïcité égale donc paix sociale.

Je dirai que le concept est on ne peut plus simple (au meilleur sens du terme), limpide, clair. On voit donc bien que prétendre redéfinir la laïcité, comme certains (notamment de prétendus laïques) s'évertuent à le faire depuis quelques décennies, parlant qui de laïcité "ouverte", qui de laïcité "plurielle", ou encore (vous allez voir que la tartufferie a de beaux restes) de laïcité "rénovée...apaisée...toilettée..." et j'en passe de plus cocasses, est une parfaite stupidité, ou plus exactement une parfaite hypocrisie, pour essayer de se débarrasser de cette laïcité, exception française par excellence, qui gêne tant aux entournures une Europe dont les impératifs économiques ont tout à gagner en maintenant les cléricalismes de toutes sortes. L'affubler d'une quelconque épithète est une absurdité totale. Elle est ou elle n'est pas, mais on n'a pas besoin de la qualifier.

Je reconnais à toute personne le droit de me dire : moi je suis antilaïque. Par contre je ne reconnais à personne le droit de redéfinir la laïcité.


Yves Pialot


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